RSS

Archives de Tag: PENSEE UNIQUE.

Chemtrails:Pourquoi ces épandages?

 

Quand aurons-nous le bonheur de voir plusieurs jours d’affilées

un ciel d’azur pur et limpide qui ne soit pas lacéré

et défiguré par ces traînées blanches que font certains avions dans le ciel ?

 Ce qui est le plus incroyable et agaçant c’est de se retrouver devant l’ironie

et les sarcasmes ou encore l’indifférence de la plupart des gens

quand on essaie d’aborder le phénomène Chemtrails.

 Et pourtant il suffit de lever les yeux

pour constater l’incontournable réalité des faits !
 
  Pour ceux qui pensent encore que ces traces qui quadrillent le ciel sont dû à un effet de condensation que font les avions en volant à une certaine altitude,

alors qu’ils me disent pourquoi certains jours on en voit aucunes ?

Ce pourrait-il qu’il y ait des jours où tous les vols sont suspendus ? 

 Bien sur que non !

 Il est clair que tous les avions ne sont pas de même nature, ne volent pas à la même altitude,

 mais SURTOUT n’ont pas la même MISSION !

 

La suite ici: http://behappyhumanity.spaces.live.com/blog/cns!484F9B55724925C!3026.entry?wa=wsignin1.0&sa=79274536

Moi-même je le constate quand l’état du ciel le permet,alors vous aussi,levez les yeux et voyez par vous-même que tout ceci n’a rien de naturel!

Quelques unes de mes photos sur le sujet:

:

J’ajouterais d’autres clichés par la suite…..

En ce Lundi de Pâques,8h du matin,voilà ce que j’avais au dessus de la tête !!!!!!!!!!!!

Je me suis levé vers 8h et ce balai macabre a duré jusqu’àux environ de 10h30!!!!!!

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Il est midi et malgré les nuages qui viennent obscurcirent le ciel et qu’ une trouée daigne me le montrer ,les avions sont toujours là à déverser leurs merdes!!!!
 ————————————————————————–
Mardi 6 Avril 2010
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le Grand Serment des Fils d’Ignace

cet article est tiré de la revue: « Undercover » n° 3
40 rue du Paradis
76530 Grand-Couronne
France
Avec la permission de Joël Labruyère, publieur.

Le SERMENT DES FILS D’IGNACE est la traduction du « Complete Oath Of Extreme Induction » de la Société de Jésus, enregistré à la Librairie du Congrès de Washington, sous le numéro 66-43354. Rendu public en 1883, ce Serment est encore utilisé de nos jours.

Quand un jésuite est sur le point de s’engager dans les niveaux plus élevés de l’Ordre, il s’agenouille sur une croix rouge devant le Supérieur. Il y a deux drapeaux devant lui, le drapeau jaune et blanc bien connu de la papauté, et le drapeau noir avec une dague et une croix rouge au-dessus d’un crâne, avec des tibias croisés. C’est celui de l’Ordre des jésuites, conforme au symbolisme maçonnique du grade de maître. La signification des  » deux drapeaux  » est hautement initiatique.

Sur le drapeau jésuite il est écrit : IUSTUM, NECAR, REGES, IMPIOS – l’extermination des rois, des gouvernements et des dirigeants impies – d’après les lettres INRI apposées sur la croix du Christ.
Le supérieur de l’Ordre tend au novice élu parmi des dizaines de candidats un crucifix noir qu’il presse sur son cœur. Il lui présente ensuite une dague que le novice saisit par la lame nue et dont il presse la pointe contre son cœur. Alors, le Supérieur tenant toujours la dague par la garde, lui adresse ces paroles :
 » Mon fils, jusqu’ici on vous a enseigné à tenir le rôle de dissimulateur ; parmi les catholiques romains, à être un catholique romain, et à surveiller même votre confrère ; à ne croire en personne, à ne faire confiance à personne ; parmi les huguenots, à être un huguenot ; parmi les calvinistes, à être un calviniste ; parmi les protestants, à être un protestant, à obtenir leur confiance pour chercher à prêcher même depuis leurs pupitres et dénoncer avec toute la véhémence de votre nature notre sainte religion et le Pape ; descendre aussi bas qu’il le faut, être juifs avec les juifs, afin que vous puissiez être capable de réunir toute information pour notre Ordre en tant que fidèle soldat du Pape.  »

Note : Pour les Jésuites, leur Général est le  » pape noir  » – représentant le Pape céleste -Lucifer.

 » On vous a enseigné à planter insidieusement les graines de la jalousie et de la haine entre les communautés, les provinces et les états qui étaient en paix, à les inciter à des actes de sang, les impliquant mutuellement dans la guerre, et de créer des révolutions et des guerres civiles dans des pays indépendants et prospères, cultivant les arts et les sciences et jouissant des bienfaits de la paix. De prendre parti avec les combattants et d’agir secrètement de concert avec votre frère Jésuite qui peut être envoyé de l’autre côté, mais ouvertement opposé à celui dont vous pourriez être l’allié. Seule l’Eglise devra être le gagnant à la fin, dans les conditions fixées par les traités de paix et dont la fin justifie les moyens. « 

Note : En tant qu’agents du chaos dans l’âge noir, les Jésuites ont la mission de tout subvertir par le conflit pour établir des conditions de paix favorables à l’extension de leur politique mondiale. Ce discours n’est donc pas surprenant puisqu’il s’adresse à un novice déjà averti des buts de l’Ordre, et qui a été mis à l’épreuve durant de longues années avant de mériter l’initiation suprême..

 » On vous a enseigné votre devoir en tant qu’espion, à réunir toute statistique, fait et information en votre pouvoir depuis toute source ; de vous intégrer dans la confidence du cercle de famille des protestants et hérétiques de toute classe et caractère, aussi bien le marchand, le banquier, l’avocat, parmi les écoles et les universités, dans les parlements, les législatures, et dans les conseils judiciaires de l’Etat, et d’être  » toute chose pour tous les hommes « , par égard pour le Pape dont nous sommes les serviteurs jusqu’à la mort. « 

Note : ce texte a été transcrit par des protestants américains qui l’ont sans doute interprété selon leurs préjugés en se plaçant comme la cible des Jésuites, alors qu’en réalité, ces derniers ont infiltré toutes les religions depuis quatre siècles. Déjà au 17 ième siècle ils se vantaient d’avoir pénétré le Brahmanisme, le Shintoïsme et le Confucianisme, en évitant de nommer le Lamaïsme à l’ombre duquel ils installèrent la pseudo  » grande loge blanche « . En Europe, la Franc-maçonnerie fut investie peu après sa fondation, et la plupart des écoles ésotériques dont les chefs étaient maçons.

 » Vous avez reçu toutes vos instructions jusque là en tant que novice, que néophyte, et vous avez servi comme coadjuteur, confesseur et prêtre, mais vous n’avez pas été investi de tout le nécessaire pour commander dans l’armée de Loyola au service du Pape. Vous devez servir au bon moment comme instrument et exécutant de vos supérieurs ; car personne ne peut commander ici s’il n’a pas consacré ses labeurs du sang de l’hérétique : car  » sans effusion de sang, personne ne peut être sauvé « . Cependant, pour vous adapter dans votre tâche, et rendre votre salut assuré, vous allez, en plus de votre précédent serment d’obéissance à votre Ordre et votre allégeance au pape, répéter après moi :

 » Moi, X ; à présent, et en présence de Dieu Tout puissant, de Marie la Vierge Bénie, de Michel l’Archange Béni, de St Jean le Baptiste Béni, les saints Apôtres St Pierre et St Paul et tous les saints et les hôtes sacrés du Ciel, et à toi, mon Père Spirituel, le Supérieur Général de la Société de Jésus, fondée par St Ignace de Loyola, durant le Pontificat de Paul le III ème, et se poursuivant jusqu’à aujourd’hui, de faire par l’utérus de Marie, la matrice de Dieu, et par la verge de Jésus-Christ, de déclarer et jurer que sa Sainteté le Pape est le vice-régent du Christ et le vrai et seul dirigeant de l’Eglise Catholique Universelle sur la terre ; et qu’en vertu des clés qui ouvrent et qui ferment données par mon Sauveur Jésus-Christ, il a le pouvoir de détrôner les rois, les princes, états, commenwealths et gouvernements hérétiques, tous étant illégaux sans sa confirmation sacrée, et qu’ils doivent être sûrement détruits. Par conséquent, au summum de mon pouvoir, je défendrai cette doctrine ainsi que le droit et l’usage de Sa Sainteté contre tous les usurpateurs de l’autorité hérétique ou protestante et tous leurs adhérents au regard du fait qu’ils sont des imposteurs et des hérétiques, s’opposant à la Mère Sacrée de l’Eglise de Rome.

Je m’engage à présent à renoncer et à désavouer toute allégeance due à quelque roi, prince ou état hérétique nommés protestants ou libéraux, à refuser l’obéissance à n’importe laquelle de leurs lois, magistrats et fonctionnaires. Je déclare de surcroît que les doctrines des églises d’Angleterre et d’Ecosse, des calvinistes, huguenots et autres du même acabit que protestants et libéraux comme étant damnables, qu’elles se sont damnées elles-mêmes et que soient damnées ceux qui ne les abandonneront pas.
Je déclare de surcroît que j’aiderai, assisterai et conseillerai tous, quel qu’ils soient, les agents de sa Sainteté partout où je me trouverai, dans n’importe quel autre royaume ou territoire où j’irai, de faire mon maximum pour extirper toutes les doctrines hérétiques protestantes ou libérales et de détruire tous leurs prétendus pouvoirs royaux ou autres.

De plus, je promets et déclare que, malgré ce dont je suis dispensé, d’assumer toute religion hérétique, pour la propagation de l’intérêt de la Mère Eglise, de garder secret et privé tous les conseils d’agents, au fur et à mesure du temps, selon ce qu’ils peuvent me confier, et de ne pas divulguer, directement ou indirectement, par paroles, par écrits ou autres circonstances ; mais d’exécuter tout ce qu’ils iront me proposer, tout ce dont ils me chargeront ou découvriront, en ton nom, mon Père Spirituel ou pour quelque convent sacré.

De plus, je promets et déclare que je n’aurai aucune volonté par moi-même, ou même une quelconque réserve intellectuelle, aussi mort qu’un cadavre, mais obéirai sans aucune hésitation à chacun et tout ordre que je peux recevoir de mes supérieurs de la Milice du Pape et de Jésus-Christ ; que j’irai dans n’importe quel endroit du monde où je puisse être envoyé, sans murmurer ou rechigner, et que je serai soumis à toutes choses ordonnées.  »

Note : attention, la suite est insoutenable, et l’on comprend la fureur de certaines autorités laïques à l’encontre des Jésuites lorsqu’ils lurent ce qui suit :

 » Je promets et déclare de surcroît que je ferai, dès que l’opportunité se présentera, une guerre implacable, secrètement ou ouvertement, contre tous les hérétiques, protestants ou libéraux, comme je suis dirigé pour le faire, de les extirper et les exterminer de la face de la terre entière, et que je n’épargnerai personne quel que soit son âge, son sexe ou sa condition, que je pendrai, brûlerai, ferai dépérir, abîmerai, écorcherai, étranglerai, et enterrerai vivant ces infâmes hérétiques ; que j’arracherai les ventres et les matrices de leurs femmes, écraserai les têtes de leurs enfants contre les murs, afin d’annihiler à tout jamais leur exécrable race.

Que au cas où cela ne pourrait pas être fait ouvertement, j’utiliserai secrètement le récipient empoisonné, la corde à étrangler, le fer du poignard ou le plomb de la balle, sans égard pour le rang, l’honneur, la dignité ou l’autorité d’une ou des personnes, quelle que puisse être leur condition de vie, publique ou privée, puisque je puis être sommé de le faire par n’importe quel agent du Pape, ou par un supérieur de la Fraternité de la Sainte Foi, de la Société de Jésus.

En confirmation duquel, je dédie par la présente mon existence, mon âme et tous mes pouvoirs corporels, et qu’avec cette dague que je reçois maintenant, je signe de mon nom écrit de mon propre sang, pour attestation ; et s’il est avéré que je manque par fausseté ou faiblesse dans ma détermination, que mes frères et soldats de la Milice du Pape me tranchent les mains et les pieds, et la gorge d’une oreille à l’autre, que mon ventre soit ouvert et qu’on y brûle du soufre, avec toutes les punitions qui puissent m’être infligées sur terre, et que mon âme soit torturée par les démons dans un enfer éternel.  »

Note : les châtiments du renégat Jésuite sont identiques à celles dont on menace l’initié Franc-maçon, ce qui confirme à l’évidence l’origine réelle de la Franc-maçonnerie moderne dont on voit mal les adeptes, bourgeois libre-penseurs, inventer de telles menaces pour eux-mêmes. La signature du pacte par le sang est le rite ultime de l’engagement sataniste.

Cette déclaration de foi explique les génocides modernes et pourquoi des témoins affirment avoir vu des jésuites diriger des massacres en personne durant la dernière guerre mondiale.
Et le Rwanda, et le Cambodge ? Nous savons qu’au Rwanda les appels au meurtre furent lancés depuis la chaire des églises.

 » Par tout cela, moi X, jure sur la Sainte Trinité et le saint Sacrement, que je suis sur le point de recevoir, de célébrer, quant à moi, invariablement ; que je dois faire appel à tous les hôtes célestes et glorieux du Ciel pour être témoins de mes réelles intentions de conserver ceci en tant que serment.
En témoignage de cela, je prends ce haut et saint sacrement de l’Eucharistie, et de surcroît m’en porte témoin, de mon nom écrit de la, pointe de cette dague trempée dans mon propre sang et scellé devant ce saint convent.

Le supérieur :  » Tu te tiendras à présent sur tes pieds et je t’enseignerai le catéchisme nécessaire pour que tu fasses connaître à tout membre de la Société de Jésus appartenant à ce grade.
En premier lieu, en tant que Frère Jésuite, tu feras avec un autre Frère, le signe ordinaire de la croix comme n’importe quel catholique romain le ferait ; ensuite l’un de vous croise ses poignets, paumes des mains ouvertes, l’autre croise ses pieds l’un par-dessus l’autre ; le premier pointe de son index droit le centre de sa paume gauche, tandis que l’autre de son index gauche pointe le centre de sa paume droite, puis le premier de sa main droite fait un cercle autour de sa tête, en la touchant ; ensuite l’autre de l’index de sa main gauche touche le côté gauche de son corps juste sous son cœur, puis le premier de sa main droite mime le geste de trancher la gorge de l’autre, puis l’autre de sa main droite fait le geste de couper à la dague l’estomac et l’abdomen du premier.

Le premier dit alors IUSTUM ; l’autre répond NECAR ; puis le premier dit REGES, et l’autre répond IMPIOS. Le premier va alors présenter un petit morceau de papier plié d’une façon particulière quatre fois, que l’autre va couper longitudinalement en l’ouvrant, on trouvera le nom IESU écrit sur la tête et sur les bras trois fois. Ensuite vous donnerez et recevrez les questions et réponses suivantes :
Q : D’où venez-vous ?
R : Des rives du Jourdain, du calvaire, du St Sépulcre et pour finir de Rome.
Q : Qui servez-vous ?
R : Le saint Père de Rome, le Pape, et l’Eglise catholique Romaine universelle partout dans le monde.
Q : Qui vous commande ?
R : Le successeur de St Ignace, le Fondateur de la Société de l’Eglise ou Soldats de Jésus-Christ.
Q : Qui vous a reçu ?
R : Un vénérable homme aux cheveux blancs.
Q : Comment ?
R : Avec une dague nue, et moi m’agenouillant sur une croix sous les drapeaux du Pape et de notre Ordre Sacré.
Q : Avez-vous prêté serment ?
R : Oui, de détruire les hérétiques ainsi que leurs gouvernements et dirigeants, et de n’épargner personne quel que soit l’âge, le sexe ou la condition. D’être comme un cadavre sans aucune opinion ou volonté par moi-même, mais d’obéir implicitement à mes supérieurs pour toutes choses sans hésitation ni murmure.
Q : Le ferez-vous ?
R : Oui.
Q : Comment voyagez-vous ?
R : Dans la barque de Pierre le pêcheur.
Q : Où voyagez-vous ?
R : Aux quatre coins du globe.
Q : Dans quel but ?
R : Pour obéir aux ordres de mon Général et de mes supérieurs, et exécuter la volonté du pape, et accomplir fidèlement les conditions de mon serment.
R : Alors, va partout dans le monde, et prends possession de toutes les terres au nom du Pape. Celui qui ne l’acceptera pas en tant que Vicaire de Jésus et de son Vice-Régent sur terre, qu’il soit maudit et exterminé.  »

Note: Certains papes se sont dressés contre la main-mise des Jésuites sur l’Égllise. L’ordre des Jésuites fut supprimé par le pape Clément XIV en 1773, mais n’en continua pas moins son oeuvre.

Note de Nenki: maintenant que vous avez lu ce etxte, vous comprendrez que toutes les initiations des hauts degrés de la « Fraternité » (Skul & Bones, Crane et Os, Bohémian Club, etc..) exigent les mêmes serments soit le don total de soi et de son âme. Ceci semble un pacte diaboliquement dessiné pour obtenir un candidat de Manchourie parfait. Car existe-t-il plus haut idéal que de servir Dieu et sa cause. Mais de quel Dieu fait-on mention ici ? Je ne peux vous le dire car mon Dieu n’a pas de cause et n’exige pas de moi que je le serve et lui donne mon argent ou mon énergie. C’est plutôt l’inverse.

http://www.conspiration.cc/sujets/religion/serment_fils_dignace.html

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Pensée unique,quésako ?

 

Nous vivons sous une dictature de pensée qui s’impose par le terrorisme intellectuel. Le citoyen n’a plus son mot à dire si ce n’est de suivre les consignes des élites qui ne proposent plus de débat politique réel. Le but de cette dictature tente à réduire chaque individu au rang de consommateur dans un monde ultra-liberal dont les nouveaux détenteurs de pouvoir sont les élites bien pensantes au service des mega-entreprises.

« 1984 », « LE MEILLEUR DES MONDES »: Lors de leur parution ces ouvrages semblèrent de la science fiction, mais aujourd’hui ils rejoignent la réalité. Avec la mondialisation des économies il apparaît aujourd’hui comme incontournable la mondialisation des cultures et des sociétés. Ainsi naît la pensée unique. Imposée par les « bien pensants » elle cherche à contourner les débats pour imposer un modèle unique à tous. Toute contestation devient suspecte, et tout débat est écarté. Ainsi nous voyons apparaître un modèle de société unique et dangereux pour les démocraties.

——————————————————————————————–

Réalisateur : Anton Vassil- Année de Sortie : 2001 Acteurs : Jean-François Kahn Viviane Forrester Guillaume Bigot Jean-Marc Varaut Philippe Cohen Paul-Marie Coûteaux Ce documentaire regroupe les grands thèmes de la pensée unique: La dictature de Bruxelles, L’imposition du modèle Americain, Les dérives du Communautarisme, Le non-Débat du politiquement correct, La Délinquance des ghettos, l’echec de la Presse, La Démocratie censurée, et surtout les Mécanismes Infernaux de la Pensée Unique appuyer par les témoignages d’auteurs et intellectuels qui dénoncent la Pensée Unique. Ce documentaire offre une perspective unique sur le déficit démocratique de notre époque, et explore les mécanismes infernaux de la pensée unique.

—————————————————————————————-

Pour résumer, je dirais que  » la pensée unique  » est une idéologie fomenté par une certaine élite décérébrée,qui n’ont d’yeux que pour le pouvoir et l’argent,aidé en cela par les politiques,les médias et l’élite industrielle et qui vise à  » endoctriner  » le plus de personnes possible en les incitant à ne pas remettre en cause les choses telles qu’elle sont étant donné qu’un autre monde est impossible.

 
Poster un commentaire

Publié par le 22 février 2010 dans PENSEE UNIQUE.

 

Étiquettes : , , , , , , , , ,

Le Nouvel Ordre Mondial par Pierre Hillard

Version Entiere – Full Version Pierre Hillard Présente Son Livre La Marche Irresistible Du Nouvel Ordre Mondial Pierre Hillard parle de la mondialisation comme étant une suite logique de notre monde, sans pour autant en vanter les mérites.

..........................................................................................

CONFERENCE DE PIERRE HILLARD, CRISE POLITICO-ECONOMIQUE

 
Poster un commentaire

Publié par le 15 février 2010 dans BILLET D'HUMEUR

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Pierre Hillard

Docteur en science politique et professeur de relations internationales à l’École supérieure du commerce extérieur (Paris). Ses recherches portent principalement sur l’instrumentation de l’Union européenne en vue de la constitution d’un bloc euro-atlantique. Dernier ouvrage publié : Bertelsmann : Un empire des médias et une fondation au service du mondialisme (François-Xavier de Guibert éd., 2009).

————————————————————————————————————————————————

– Quelques Billets:

————————————————————————————————————————————————

« Espaces métropolitains » : une stratégie vers une « gouvernance mondiale »

Les partisans d’une « gouvernance mondiale » manipulent la classique rivalité entre pouvoirs locaux et nationaux pour affaiblir les États-nations. Pierre Hillard dénonce l’agenda caché de « Cités et gouvernements locaux unis », une association mondiale inter-communale présidée par le maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë assisté du président (PS) de la région Île-de-France Jean-Paul Huchon.

Les villes et les collectivités locales sont un enjeu incontournable pour la stratégie des mondialistes. L’objectif étant d’aboutir à une gouvernance mondiale, ils planifient de décomposer à tous les niveaux les États-nations en prétendant renforcer les communes [institutions locales]. Ainsi, un véritable maillage sur le terrain permet l’instauration de nouvelles structures au plus bas niveau (le local) qui s’emboîteront dans des organismes politiques régionaux, puis continentaux, pour enfin aboutir à un « sas » unique, un gouvernement mondial (le global). Cette architecture a pour objectif de contourner l’autorité politique des États. C’est tout l’enjeu de l’institut « Cités et gouvernements locaux unis » —CGLU— (en anglais : United Cities and Local Governments — UCLG) [1].

En fait, le CGLU résulte de la fusion de trois instituts mondialistes traitant des problèmes locaux : l’Union internationale des autorités locales (sigle anglais IULA), la Fédération mondiale des cités unies (FMCU) et Métropolis. L’IULA est la plus ancienne organisation mondiale d’autorités locales puisque sa fondation remonte à 1913. La mission de l’IULA consiste à favoriser le renforcement des institutions locales et la représentation des gouvernements locaux dans les domaines de l’urbanisation. La FMCU, créée en 1957, réunit plus de 1400 villes dans plus de 80 pays afin de développer des réseaux thématiques et des programmes de coopération sur des sujets comme l’environnement, la gestion urbaine ou encore le soutien apporté à des actions internationales. Enfin, Métropolis, créé en 1985, regroupe plus de cent villes de plus d’un million d’habitants. Cet institut est chargé de répondre aux problèmes spécifiques des grandes zones métropolitaines.

L’« autonomie » locale contrôlée par Bruxelles

Tout en perdurant, ces trois organismes ont donné naissance à CGLU en 2004 à Paris et dont le siège est à Barcelone. Cet institut planétaire dirigé par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, couronne une multitude de subdivisions. Dans le cas européen, une véritable organisation pyramidale s’appuyant sur la Charte européenne de l’autonomie locale élaborée en 1981 par le rapporteur allemand Galette régit l’ensemble du vieux continent. Cette charte s’inspire du modèle politique allemand. Ainsi, chaque pays européen est doté d’un institut chargé des affaires locales traitant de plus en plus avec les instances supranationales bruxelloises aux dépens de l’autorité nationale. Nous pouvons citer le cas français (AFCCRE : Association française du conseil des communes et régions d’Europe) ou le cas suisse (ASCCRE : Association suisse pour le conseil des communes et régions d’Europe). Ces différents instituts sont réunis au sein d’une instance européenne le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE créé en 1951) et dirigé en 2009 par le maire de Vienne, Michael Häupl. Durant les années 1990, son président s’appelait Valéry Giscard d’Estaing, le père du Traité établissant une Constitution pour l’Europe qui à été refusé en 2005 par les citoyens français et néerlandais et qui a, suite à cela, été remplacé par le Traité de Lisbonne.

Dictat d’un « institut planétaire »

Le CCRE ne constitue qu’une section de CGLU. Nous trouvons l’équivalent européen sur tous les continents. En fait, cet institut planétaire est constitué de sept sections régionales : CCRE (siège à Bruxelles), Afrique (pas de siège officiel), Asie-Pacifique (siège à Jakarta), Euro-Asie (siège à Kazan), Amérique latine (siège à Quito), Moyen-Orient et Asie de l’Ouest (siège à Istanbul) et Amérique du Nord (siège à Washington). Afin que l’ensemble de cette mécanique fonctionne au même rythme, une Charte mondiale de l’autonomie locale1 a été élaborée. S’inspirant de la Charte européenne, ce document chargé de régenter toutes les collectivités locales mondiales a pris forme grâce à l’action d’Heinrich Hoffschulte président d’un groupe de travail dans le cadre de l’ONU. En fait, la collusion entre les instances onusiennes et européennes a été totale puisque qu’Heinrich Hoffschulte a été aussi le vice-président du CCRE dans les années 1990 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Nous nous sommes efforcés de présenter le « squelette » de la gouvernance locale du plus bas au plus haut niveau. Une véritable ligne de conduite commune doit régir l’ensemble de cette immense structure aux dépens des États dont l’existence n’est plus nécessaire. Toute cette organisation accompagne les bouleversements politico-financiers en cours en vue d’instaurer une gouvernance mondiale dotée d’un système monétaire, bancaire, juridique etc. en voie d’unification. L’ouvrage d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, est sur le point de se concrétiser.

 Pierre Hillard

————————————————————————————————————————————————

 

La Fondation Bertelsmann au service d’un marché transatlantique et d’une gouvernance mondiale

La création d’un grand marché transatlantique pour 2015 est la grande ambition des dirigeants européens et états-uniens. Après la visite du Président Obama en Europe, lors du sommet UE/États-Unis, le Parlement européen en a profité pour adopter une résolution le 26 mars 2009 appelant à réussir ce marché transatlantique. Il est même appelé à un « renforcement de la coordination entre les institutions monétaires européennes et américaines » [1]. En fait, ces affirmations ne sont que la suite logique des travaux en amont de la Fondation Bertelsmann. L’ambition est d’aboutir à un seul marché unique transatlantique dont les conséquences concerneront les Français et tous les peuples d’Europe.

Vers un vaste marché euro-américain

Les travaux pilotés par la Fondation Bertelsmann vont très loin. En effet, ses dirigeants poussent à la création d’un véritable bloc économique, un « G-2 » [2] euro-américain encore plus structuré que le G-7 (ou G-8 en incluant la Russie) regroupant les plus grandes puissances industrielles. Comme le souligne Werner Weidenfeld : « Les données économiques parlent d’elles-mêmes. Plus de 50 % des revenus des compagnies américaines dérivent du marché européen. L’Europe reste le partenaire le plus important du monde américain des affaires. Les entreprises européennes assurent plus de un million d’emplois rien que pour la seule Californie. Les investissements européens au Texas dépassent l’ensemble des investissements américains au Japon. Des deux côtés de l’Atlantique, plus de 12,5 millions de personnes vivent des liens économiques transatlantiques » [3].

Cette volonté de favoriser ce bloc économique euro-américain est le moyen d’assurer la stabilité économique mondiale selon ces experts. Indirectement, c’est aussi une manière d’assurer une prééminence sur des pays émergents, en premier lieu, la Chine. Par conséquent, le groupe « Economie, commerce et finances » préconise l’institutionnalisation d’un véritable outil, le « Trade G-2 » (« commerce G-2 ») [4], afin d’éviter des à coups au sein de cette communauté économique euro-américaine [5]. Pour réussir ce mariage, ces experts encouragent les États-Unis à partager leur leadership avec leur partenaire européen dans des domaines où il existe une certaine parité de puissance commerciale. L’objectif non déclaré est aussi d’éviter une déperdition de puissance par des confrontations inutiles qui nuiraient au bloc atlantique et l’affaiblirait face à la concurrence asiatique ou indienne. En revanche, il est souligné que cette situation ne peut véritablement se faire jour que si les Européens arrivent à s’organiser afin de pouvoir parler d’une seule voix [6]. Ces directives émanant de ces différents experts dans le cadre des séminaires organisés par Bertelsmann ont pris forme durant le 1er semestre 2007 lors de la présidence allemande de l’Union européenne. En effet, il a été décidé de créer en avril 2007 le « Conseil économique transatlantique » (le CET, Transatlantic Economic Council, TEC) [7] lors du sommet Union européenne-États-Unis à Washington afin de renforcer l’intégration économique transatlantique. Le CET qui est la transcription du Trade G-2 (« commerce G-2 ») issu des délibérations de la Fondation Bertelsmann a ouvert sa première séance le 9 novembre 2007. Co-piloté par le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen lié à Bertelsmann, et Allan Hubbard, directeur du Conseil économique national, les discussions du CET ont porté sur « les possibilités de réduire les obstacles au commerce et aux investissements transatlantiques » [8]. Par la suite, la 2è séance du CET tenue à Bruxelles, le 13 mai 2008, à la veille du sommet Union européenne-États-Unis de juin 2008, n’a fait qu’approfondir une politique préparée depuis longtemps [9]. Elle se poursuit dans le cadre monétaire.

JPEG - 19.7 ko

 

En effet, avec la création de la monnaie unique européenne, le dollar côtoie une unité monétaire représentant un pôle économique important. C’est pourquoi, les intervenants invitent fortement les dirigeants des deux économies à s’entendre pour permettre la création d’une « arène monétaire » : « Plus fondamentalement, les États-Unis et l’Union européenne sont non seulement les deux super puissances économiques mais aussi les représentants des deux principales monnaies mondiales. L’euro s’est déjà imposé comme une monnaie internationale de premier plan et disputera de plus en plus le leadership monétaire au dollar. Les fluctuations dans les taux de changes euro-dollar ont des conséquences majeures pour tous les pays du monde. Cela requiert donc la formation d’une arène monétaire pour le G-2 aussi vite que possible (ndlr : annonce en filigrane d’une monnaie transatlantique). La Réserve fédérale [10] et la Banque centrale européenne qui sont toutes les deux indépendantes de leurs gouvernements respectifs, devraient réussir à créer leur propre relation au sein du G-2 » [11].

En fait, les auteurs de ces travaux rappellent que les continents se dotent de monnaies régionales. C’est un fait pour l’UE avec l’euro tandis que l’alter ego américain envisage de se doter d’une monnaie unique, l’amero [12] et d’une banque centrale Nord-américaine [13]. Le phénomène est le même avec la création de l’Union des nations d’Amérique du Sud (l’UNASUR), en mai 2008, qui prévoit la création d’une seule monnaie pour le continent sud-américain encadrée par l’équivalent d’une Banque centrale sud-américaine, le tout sous l’égide d’un parlement unique [14]. En dehors de ces aspects économiques et monétaires, ces auteurs insistent aussi sur la nécessité de maîtriser des problèmes comme l’énergie (stabilisation des prix), l’environnement (sujet sensible qui permet l’instauration d’une organisation mondiale de l’environnement et des contraintes sur la vie des particuliers et des entreprises) et les migrations (en raison des déplacements de populations et des conséquences sur l’économie). Pour ces experts, le règlement de ces sujets en concertation de part et d’autre de l’Atlantique poursuit toujours le même objectif, créer un pôle le plus stable possible afin de faire poids et de tenir la dragée haute face aux autres blocs politico-économiques. En guise de conclusion, ces experts rappellent la nécessité d’une refonte du système : « La stratégie du G-2 pourrait conduire l’alliance transatlantique vers une cohésion et une souplesse qui est si cruciale pour la paix et la prospérité pour près de 800 millions de personnes habitant cette partie du monde » [15].

En fait, ces recommandations sont une tentative d’assurer au bloc euro [16]-américain la possibilité d’être le primus inter pares face à la constitution de grands pôles politico-économiques Sud-américain ou asiatique. À condition d’arriver à terme, cette association ne serait pas une relation entre égaux. Les élites anglo-Saxonnes à l’esprit apatride resteraient les maîtres d’œuvre de ce partenariat qui ne peut s’instaurer qu’après des bouleversements financiers, économiques et sociaux majeurs [17].

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

[1] « Résolution du Parlement européen sur l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis », Réseau Voltaire, 26 mars 2009.

[2] From Alliance to Coalitions – The Future of Transatlantic Relations, Collectif, Bertelsmann Foundation Publishers (2004), p. 14. Ce livre est intégralement téléchargeable sur cette page.

[3] Ibid., p. 34.

[4] Ibid., p. 53.

[5] C’est tout l’enjeu des travaux du Transatlantic Policy Network (TPN, Réseau politique transatlantique) qui réunit des membres du Parlement européen (l’ancien président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen, Elmar Brok, et ancien dirigeant de Bertelsmann, ainsi que la député socialiste allemande, Erika Mann) et des représentants du Congrès des États-Unis. Soutenu massivement par des entreprises transnationales (Microsoft, IBM, Siemens, Deutsche Bank, Nestlé, Bertelsmann, …) et de nombreux think tanks (Council on Foreign Relations, Brookings Institution, Center for Strategic and International Studies, etc), nous rappelons encore une fois ce fait indispensable à retenir que le TPN prône l’instauration d’un bloc euro-américain intégré sur une période de dix ans (2005-2015) dans les domaines économiques, défense et sécurité, politique et institutionnel, cf. La décomposition des nations européennes, pp. 137 à 143.

[6] On comprend mieux la volonté farouche des européistes d’établir une constitution pour toute l’Europe. Dans le cadre des séminaires organisés par la Fondation Bertelsmann, l’États-unien Fred Bergsten, directeur de l’Institute for International Economics et l’Allemand Caio Koch-Weser, secrétaire d’État au ministère des Finances du gouvernement Schröder, membre du comité administratif de la Fondation Bertelsmann jusqu’en 2007 et président du Comité économique et financier (CEF) de l’UE jusqu’en 2007, sont à l’origine des travaux pour favoriser l’émergence d’un G-2.
Ils estiment que sa création est conditionnée en fonction de quatre raisons :
1) Il s’agit de créer un socle commun entre les États-Unis et l’Union européenne se substituant aux liens étroits résultant de la Guerre froide.
2) Les États-Unis en tant que super-puissance unique auraient tendance à tomber plus facilement dans l’unilatéralisme. En revanche, l’Union européenne absorbée par son évolution institutionnelle interne glisserait plus facilement vers une forme d’égocentrisme, ne cherchant pas à s’engager largement dans la prise en charge des problèmes mondiaux. Une interdépendance économique entre les deux blocs agirait, selon ces experts, comme un contrepoison au profit des États-Unis et de l’Union européenne. L’excès de l’unilatéralisme états-unien serait freiné par l’allié européen. En contre partie, l’Union européenne se verrait obligée de sortir de la gestion de ses problèmes internes pour rétablir l’équilibre (ndlr : C’est l’application du principe hégelien : thèse – antithèse … synthèse).
3) En raison de la multitude croissante d’États et de la variété des problèmes dans le monde, ce bloc euro-américain agirait comme un stabilisateur permettant de piloter l’économie mondiale.
4) Même si des liens économiques importants se sont tissés de part et d’autre de l’Atlantique depuis plusieurs décennies, il s’agit d’une certaine manière d’institutionnaliser cette relation à l’instar de l’OTAN dans le domaine militaire, in From alliance to coalitions – The future of transatlantic relations, op. cit, pp. 238 à 240.

[7] Le TEC d’avril 2007 n’est que la suite d’une longue liste s’ajoutant à différents documents renforçant l’intégration économique transatlantique : « Déclaration transatlantique » (1990), le « Nouvel agenda transatlantique » (1995), le « Partenariat économique transatlantique » (1998), « Une stratégie pour renforcer le partenariat transatlantique » (2003), cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, p. 78 et s.

[8] « Le vice-président Verheugen préside la première réunion du Conseil économique transatlantique du 9 novembre 2007 », Communiqué de presse (réf. : IP/07/1662).

[9] Le 8 mai 2008, le Parlement européen a adopté la résolution P6_TA(2008)0192 entérinant la création du Conseil économique transatlantique (CET).

[10] Depuis sa création en 1913, la Fed est une banque privée contrôlant l’émission monétaire, indépendamment de l’employé républicain ou démocrate de la Maison-Blanche, pour le plus grand profit des oligarchies. Son premier président fut Paul Warburg (citoyen états-unien d’origine allemande) qui dirigea aussi le Council on Foreign Relations (CFR) à sa création en 1921. Paul Warburg était le frère de Max Warburg (la branche allemande). Celui-ci finançait la Paneurope dirigée par Richard de Coudenhove-Kalergi.

[11] From alliance to coalitions – The future of transatlantic relations, op. cit, p. 55.

[12] Le nom de cette monnaie n’est pas encore assuré.

[13] Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, p. 87. Cette nouvelle monnaie Nord-américaine, peu importe son nom final, doit s’appliquer dans le cadre d’un bloc Nord-américain politiquement unifié réunissant États-Unis, Canada et Mexique. Le processus d’unification a été lancé en mars 2005 par le président Bush, le Premier ministre canadien Paul Martin et le président mexicain Vincente Fox lors d’une réunion à Waco (Texas) dans le cadre d’un « Partenariat Nord-américain pour la sécurité et la prospérité » (PSP). La crise financière et monétaire qui secoue les bourses mondiales et les économies depuis l’été 2007 aidera à détruire le monde ancien afin de tenter d’instaurer de nouvelles mesures : nouvelles monnaies, nouveaux standards, etc permettant de créer une nouvelle architecture financière, monétaire, politique et spirituelle plus conforme aux canons de la pensée du nouvel ordre mondial. Les implications politiques, économiques et géopolitiques de ces bouleversements aux États-Unis ont été décrites avec beaucoup de précisions par l’Américain Jerome R. Corsi, The Late Great USA : NAFTA, The North American Union, and the Threat of a Coming Merger with Mexico and Canada, WND Books, Los Angeles, 2007, révisée en 2009. Dans les tentatives d’instaurer un cadre transatlantique unifié, une intégration monétaire s’avèrera nécessaire conduisant à la création d’une seule et même monnaie euro-atlantique (une monnaie transatlantique). Cependant, la finalité de toutes ces mesures, c’est de réussir à créer une monnaie mondiale comme le demandait déjà H.G Wells dans son livre La destruction libératrice en 1914. Cette mission d’envergure a été présentée par la revue financière britannique The Economist dans son numéro du 9 janvier 1988. Présentant sur la couverture un phénix naissant à partir des flammes détruisant les anciennes monnaies, l’article intitulé « Soyez prêt pour une monnaie mondiale » affirme : « Dans 30 ans, les Américains, les Japonais, les Européens et les peuples d’autres pays riches ainsi que d’autres plutôt pauvres paieront probablement pour faire leurs courses avec la même monnaie. Les prix ne seront plus désignés en dollars, yen ou deutschemark mais, disons-le, en phénix. Le phénix sera préféré par les entreprises et les acheteurs parce qu’il sera plus pratique que les actuelles monnaies nationales ». L’article précise que cette nouvelle monnaie mondiale doit voir le jour vers … 2018. The Economist a récidivé dix ans plus tard dans la même veine dans un article intitulé « Un monde, une monnaie » (« One World, one money ») paru dans son numéro du 26 septembre 1998. Ces concepts d’unité monétaire mondiale ont été proposés aussi dans la revue du CFR à l’automne 1984, Foreign Affairs, dans l’article « Un système monétaire pour l’avenir » (« A monetary system for the future ») sous la plume de l’économiste Richard Cooper. Déjà lors des négociations menant aux Accords de Bretton Woods en 1944, différents projets d’instauration d’une monnaie mondiale ont été proposés. Ainsi, le représentant britannique, John Maynard Keynes, proposa la création du « bancor » devant être émis par un institut supranational. Son homologue états-unien, Harry Dexter-White, défendait le principe d’un dollar s’appuyant sur une monnaie mondiale appelée « unitas ». Cependant, ces ambitions poussant à la création d’une unité monétaire mondiale étaient trop précoces par rapport à la situation politique de l’époque d’autant plus que cela exigeait aussi l’instauration d’une politique monétaire mondiale sous l’égide d’une banque centrale universelle. Il n’en reste pas moins que l’objectif reste le même. Il n’a été que différé. Parmi tous ces projets, peu importe les noms donnés à cette monnaie mondiale et la date prévue, ces exemples soulignent la volonté des élites oligarchiques d’atteindre cet idéal ancien. En effet, dans un manifeste paru en 1582, l’Italien Gasparo Scaruffi proposait déjà de créer une monnaie universelle appelée « alitinonfo ».

[14] Cette tendance généralisée à la création d’unités monétaires continentales a été traitée par Peter B. Kenen et Ellen E. Meade, Regional monetary integration, Cambridge University Press, 2008.

[15] From alliance to coalitions – The future of transatlantic relations, op. cit, p. 57.

[16] Le président de l’European Council on Foreign Relations (l’ECFR équivalent européen du CFR états-unien), Mark Leonard, estime que l’Union européenne n’est pas un État et que son arme secrète est dans le droit. Selon lui, la force de l’UE réside dans sa capacité à mettre en ligne divers centres de pouvoirs unis agissant sur des projets communs. Ces centres influent profondément dans l’organisation interne des pays membres au point de modifier radicalement leurs structures dans tous les domaines. Toute tentative de revenir en arrière s’avère selon lui impossible. Cette « eurosphère », selon l’expression de Mark Leonard, devient un modèle pour le monde entier. L’influence développée par cette « eurosphère » agit sur tout son pourtour géographique, c’est-à-dire les pays d’Afrique du Nord, du Proche-Orient, de l’Ukraine etc. Ainsi, l’émergence de ce bloc européen crée autour de lui des liens plus ou moins développés en concurrence aussi avec d’autres blocs cherchant à s’assurer leurs zones d’influences. Cette configuration n’est pas sans rappeler 1984 de George Orwell où le monde divisé en trois blocs (Oceania, Eurasia et Estasia) se dispute des zones d’influences situées à leur périphérie (des « Marches » pour reprendre une expression du Moyen-Âge) sans pour autant obtenir gain de cause. La tension permanente entretenue par les rivalités entre ces blocs permet en même temps d’instaurer des mesures liberticides chez chacun d’entre eux, chose qui serait impossible dans une situation de sérénité comme l’expose admirablement George Orwell. Cette description orwellienne n’est pas sans rappeler les contours de nos sociétés allant de plus en plus dans ce sens.

[17] Les relations transatlantiques s’appuient sur le partenariat privilégié anglo-saxon réunissant le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada. Ce partenariat s’exerce dans le cadre du « Comité britannique-Nord-américain » (the British-North american Committee, le BNAC). Financé par le Atlantic Council of the United States, le C.D. Howe Institute du Canada et le British-North american Association du Royaume-Uni, cet institut fait « bande à part » par rapport aux autres car il constitue le cœur même du partenariat transatlantique
En conclusion, nous pouvons préciser que l’oligarchie financière accapare le plus possible de métal or et de métal argent afin de constituer une encaisse métallique permettant de gager la future monnaie mondiale.

————————————————————————————————————————————————

Le complexe militaro-industriel euro-US
EADS et sa filiale Airbus au service du bloc atlantique

 

Brisant la sacro-sainte règle selon laquelle les forces armées US s’appuient exclusivement sur leur industrie nationale, le Pentagone a conclu un gigantesque contrat avec Airbus pour renouveler ses avions ravitailleurs. Cependant à y regarder de plus près, observe Pierre Hillard, il ne s’agit pas d’une ouverture du marché états-unien, mais au contraire de la première étape de la constitution du complexe militaro-industriel atlantique. Devant nous émerge un Empire transatlantique, euro-US, appelé à prendre le relais d’États-Unis essoufflés.

JPEG - 63.5 ko

 

L’annonce par le Pentagone de choisir EADS, maison-mère d’Airbus, pour le renouvellement de sa flotte d’avions ravitailleurs aux dépens de Boeing a fait l’effet d’une bombe. Le méga-contrat remporté par le consortium européen en liaison avec son allié états-unien Northrop Grumman permet de conclure un marché à hauteur de 35 milliards de dollars. Cette annonce a paru incroyable pour de nombreux dirigeants politiques de part et d’autre de l’Atlantique. Cependant, en étudiant certains acteurs à l’origine de cet accord, on comprend beaucoup mieux l’orientation prise par le Pentagone.

Les mondes germanique et anglo-saxon ont toujours su développer une spécialité qui échappe aux Français : le réseau. Certes, de nombreux instituts, fondations ou cercles de réflexions occupent en France des positions qui sont loin d’être négligeables ; cependant, ils n’atteignent pas le même degré d’influence que leurs homologues d’outre-Rhin, d’outre-Manche, d’outre-Atlantique ou encore israélien. L’exemple de l’institut allemand « Atlantik-Brücke » est significatif des liens profonds noués entre Berlin et les milieux israélo-anglo-saxons.

À l’origine, la création d’Atlantik-Brücke (« Pont atlantique ») en 1952 remonte à l’action déterminante de deux personnages : Eric M. Warburg (1900-1990) et Erik Blumenfeld (1915-1997). Le premier fondateur appartient à une très grande famille juive de la banque germano-US. Eric M. Warburg est le fils du banquier allemand d’Hambourg Max Warburg (1867-1946) qui finançait la Paneurope, institut mondialiste promouvant l’unité de l’Europe dans le cadre d’une organisation mondiale unifiée . Son père fut à l’origine de la première rencontre, en 1925, entre le chancelier Gustav Stresemann et le dirigeant paneuropéen, Richard de Coudenhove-Kalergi. L’influence de la famille Warburg dépassait largement le cadre allemand puisque le frère du banquier hambourgeois, Paul Moritz Warburg de nationalité états-unienne rédigea en 1903 une étude intitulée Plan pour une banque centrale qui joua un rôle déterminant dans la création en 1913 de la « Réserve fédérale » (Federal Reserve Bank), la Fed. Par la suite, ses activités se sont poursuivies en liaison avec le conseiller du président Wilson, le Colonel Edward Mandell House, dans la création du Council on Foreign Relations (CFR) [1]. C’est cet état d’esprit familial fidèle aux liens germano-US qui poussa Eric M. Warburg, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à persévérer dans cette voie en s’associant à Erik Blumenfeld fils d’un commerçant juif de Hambourg. Ce dernier fut un député actif au sein du parti politique, la CDU (Christliche-Demokratische Union). Cependant, son action se manifesta aussi en tant que président de la « Société germano-israélienne » (Deutsch-Israelische Gesellschaft) de 1977 à 1991. Son prosélytisme fut récompensé en 1980 par le titre de docteur honoris causa de l’université Ben-Gourion. Sa carrière politique consista essentiellement à améliorer les relations de l’Allemagne avec Israël et les États-Unis. Enfin, il faut remarquer la forte tradition familiale puisque un Max M. Warburg est membre du comité d’administration d’Atlantik-Brücke.

En raison des convictions des fondateurs, Atlantik-Brücke poursuit l’objectif de resserrer les liens entre l’Allemagne et les États-Unis dans tous les domaines, politique étendus au Canada depuis 1986. L’objectif consiste à favoriser des travaux entre de « hautes sommités de l’économie, de la politique et des sciences qui puissent régulièrement échanger annuellement des idées lors de conférences germano-américaines au sein de petits groupes de travail ». Les textes officiels précisent aussi qu’une « attention particulière est donnée aux organisations juives aux États-Unis ». Il est vrai qu’Atlantik-Brücke s’est lié en 1993 à l’organisation juive états-unienne, Armonk Institute (dissoute depuis), oeuvrant à l’approfondissement des liens germano-US. En raison de cette collusion, les principaux dirigeants de la haute industrie allemande ou germano-US (DaimlerChrysler, Volkswagen, Deutsche Bank, BMW, General Motors, …) ont reçu le « Prix Vernon A. Walters » . Une telle activité souligne l’imprégnation de cet institut à l’idéal mondialiste comme le prouvent les états de service de son président d’honneur, Walther Leisler Kiep. Outre son rôle de « chargé personnel » du chancelier Helmut Schmidt dans les années 1970 pour « la coordination de l’aide financière de l’occident et du Japon à la Turquie », W. L Kiep est membre de la Commission Trilatérale depuis 1985. Atlantik-Brücke navigue dans les hautes sphères de l’aristocratie mondialiste puisqu’elle octroie son « Prix Eric M. Warburg » à ceux contribuant aux renforcements des liens transatlantiques. On peut relever parmi les noms : Henry Kissinger (1992), Manfred Wörner (1994, ancien secrétaire général de l’OTAN), l’ancien chancelier Helmut Kohl (1996), Otto Graf Lambsdorff (2000, ministre de l’économie), le général Klaus Naumann (2000, ancien président du comité militaire de l’OTAN et membre du comité d’administration d’Atlantik-Brücke jusqu’en 2007) et George H. W. Bush senior (2002, pour le cinquantième anniversaire de la création de l’institut) . Enfin, Atlantik-Brücke compte environ 500 représentants occupant des postes clefs de la société constituant un réseau élitiste au sein de l’économie, de la politique, de la culture et des médias en Allemagne. Ces représentants sont les intermédiaires incontournables permettant des liens privilégiés avec les États-Unis et Israël. Comme le souligne avec raison Beate Lindemann, directrice en charge d’Atlantik-Brücke et ancienne chargée aux affaires du très atlantiste German Marshall Fund [2] : « Atlantik-Brücke peut être considérée comme un think-tank diplomatique » .

La puissance de cet institut et son influence outre-Atlantique concernent d’une manière déterminante la vie politique et économique française et européenne en raison des activités du dirigeant d’Atlantik-Brücke. En effet, son patron n’est autre que Thomas Enders. Après un passage à la DGAP (Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik, institut chargé des questions internationales au service de Berlin) et à l’IISS (International Institute for Strategic Studies, chargé des questions sécuritaires [3]), Thomas Enders s’est illustré entre autres au sein du bureau de planification de la défense allemand pour ensuite diriger Atlantik-Brücke en 2005. Alors que cet institut poursuit l’objectif de resserrer les liens transatlantiques, Thomas Enders est en même temps le président d’Airbus filiale d’EADS dirigée par Louis Gallois . Airbus dont l’objectif est de rivaliser avec Boeing, présente cette particularité incroyable d’être dirigé par un homme dont les activités à la tête d’Atlantik-Brücke sont absolument opposées – du moins officiellement – à celles du consortium européen. Par conséquent, on peut comprendre que le méga-contrat obtenu auprès du Pentagone a dû combler d’aise Thomas Enders qui, à la tête d’Atlantik-Brücke et d’Airbus, a fait d’une pierre deux coups. En fait, ce contrat entre dans la volonté de renforcer l’interdépendance euro-US en faveur de l’émergence d’un bloc atlantique unifié.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

[1] « Comment le Conseil des relations étrangères détermine la diplomatie US », par Réseau Voltaire, 25 juin 2004.

[2] « Le German Marshall Fund, un reliquat de la Guerre froide ? », Réseau Voltaire, 5 octobre 2004.

[3] « Les experts qui ont donné raison à la CIA », Réseau Voltaire, 4 février 2004.

————————————————————————————————————————————————

Un relais des États-Unis en France : la French American Foundation

 

L’opposition politique fondamentale réside aujourd’hui entre ceux qui soutiennent une gouvernance unipolaire du monde sous l’autorité des États-Unis et ceux qui prônent un équilibre des puissances régi par le droit international. À ce niveau, la grille de lecture traditionnelle française opposant une gauche à une droite n’a plus de pertinence – car on retrouve des deux côtés des partisans de la Pax Americana. Une organisation non-lucrative, mais richement dotée, la French American Foundation, a depuis trente ans pour fonction de recruter les jeunes leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les former au soutien de la politique atlantiste. On y trouve des membres de l’UMP, du PS aussi bien que de l’équipe de campagne de José Bové.

JPEG - 21.3 ko

 

Lors de sa visite aux États-Unis, Nicolas Sarkozy prononça un discours, le 12 septembre 2006, à la French American Foundation (FAF, la « Fondation franco-américaine »). Rappelant la nécessité de « rebâtir la relation transatlantique (…) et de favoriser la constitution d’une Europe politique forte et influente sur la scène internationale » [1], le prétendant à l’Élysée a dû ravir par ces propos les dirigeants de cette Fondation largement méconnue. L’étude de celle-ci est pourtant profitable afin de mieux saisir les liens ô combien étroits qui lient les élites franco-américaines.

La FAF doit son origine aux actions de trois éminents États-Uniens [2] : James G. Lowenstein, membre entre autres du Council on Foreign Relations (le CFR) [3] où s’élabore la politique étrangère des États-Unis et dont l’équivalent britannique est le Royal Institute of International Affairs (RIIA dit Chatham House) ; James Chace, directeur de la rédaction de Foreign Affairs, revue du CFR et de Nicholas Wahl, professeur de science politique et fin connaisseur de la classe dirigeante française lui permettant des contacts en particulier avec le général de Gaulle et Michel Debré [4].

Dans les années 1970, les trois hommes mirent en commun leurs réseaux [5] français dans le monde politique, économique, ainsi que dans la presse et le milieu universitaire. Parmi leurs relais on trouvait Olivier Chevrillon, (l’un des fondateurs de la revue Le Point), Pierre Jouven (président de Péchiney), Jean-Louis Gergorin (futur membre du comité exécutif d’EADS) et Thierry de Montbrial (futur président de l’Institut français des relations internationales, l’IFRI, qui co-dirigeait à l’époque le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères). Ensemble, ils obtinrent l’appui officiel du président de la République Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier annonça – en accord avec son homologue états-unien Gerald Ford et le secrétaire d’État Henry Kissinger [6]– la création d’une double fondation franco-américaine, lors d’un dîner à l’ambassade de France à Washington, le 18 mai 1976.

Il fut décidé que la French American Foundation aurait un siège à New-York et l’autre à Paris. Comme le rappellent les textes officiels : « L’objectif de la Fondation franco-américaine est de renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique » [7]. Pour accomplir cet idéal, les bonnes fées de la finance, de la grande presse, de l’université et de la politique se sont depuis lors pressées autour du tout nouvel institut. Les grâces ont été particulièrement abondantes. La branche états-unienne a bénéficié d’appuis inestimables. En raison de la liste impressionnante des participants, il n’est pas possible de nommer l’intégralité des dirigeants et des contributeurs financiers. On peut cependant relever quelques noms parmi les membres (anciens et nouveaux) en 2007.

Pour commencer, John D. Negroponte [8], plusieurs fois ambassadeurs puis gouverneur d’Irak, superviseur de l’ensemble des services de renseignement des États-Unis et, actuellement, numéro 2 du Département d’État. Toujours présent, John Negroponte fut par le passé président de la FAF de New York.
Également membre du conseil d’administration, l’ancien président du patronat français et européen (le MEDEF et l’UNICE), Ernest-Antoine Sellière ainsi que l’ancien ambassadeur états-unien en France, Félix G. Rohatyn et son homologue à Washington François Bujon de l’Estang [9]. Un nom de plus au hasard, celui de l’actuel président de la FAF de New York, Nicholas Dungan [10] dont les activités se sont déployées au sein de la très atlantiste Chatham House [11]. Parmi les nombreux appuis financiers, on peut relever des noms prestigieux comme celui de David Rockfeller, fondateur de la Trilatérale et président honoraire du CFR. On trouve également l’ancien sous-directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense du président Reagan, Franck Carlucci [12]. Par la suite, il a été le directeur du très puissant Groupe Carlyle. La société d’investissement commune aux failles Bush et Ben Laden est très impliquée dans l’industrie de la défense [13].

Enfin, nous pouvons relever parmi les contributeurs de la FAF de New York, EADS, l’Oréal USA [14] ou encore la Société Générale [15].

La FAF française n’a, de son côté, pas à rougir de sa jumelle new-yorkaise. Dirigée à ses débuts par le président de Péchiney, Pierre Jouven, la Fondation est présidée depuis 1997 par Michel Garcin [16], directeur général de Hervé Consultants (spécialiste en accompagnement d’entreprises). Le Conseil de surveillance [17] réunit EADS France, BNP Paribas, la Caisse des dépôts ainsi que des représentants comme Yves de Gaulle (secrétaire général de Suez), Jean-Louis Gergorin (vice-président de la coordination stratégique chez EADS, mais dont les activités ont cessé avec l’affaire Clearstream) ou Marwan Lahoud, PDG du leader européen dans le secteur des missiles MBDA dont EADS est actionnaire à 37,5% et dont le frère Imad Lahoud [18] a connu quelques démêlées judiciaires en liaison avec Jean-Louis Gergorin lors de l’affaire Clearstream.

Enfin, nous pouvons ajouter que la FAF française est soutenue par le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Éducation nationale ou encore l’Institut d’études politiques de Paris [19].

La clef du système d’influence de la French-American Foundation est sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. Sa grande force est d’accueillir en son sein les représentants politiques issus de courants qui, officiellement, s’opposent – des socialistes à l’UMP en passant par le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan ou le responsable de la communication de la campagne présidentielle de José Bové, Bernard Loche. Pour éviter toute conclusion hâtive, soulignons que les personnes approchées par la Fondation et qui ont accepté de la fréquenter n’ont pas pour autant accepté les offres de services qui leur ont été ultérieurement présentées.

C’est dans le programme intitulé Young Leaders qu’une véritable sélection s’opère. Comme l’affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New-York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » [20].

Les textes officiels précisent que la sélection s’opère en 3 phases :
1-« La première phase consiste à présélectionner des candidats. Cette présélection se fait par l’intermédiaire du réseau de la French-American Foundation, par d’anciens Young Leaders ou d’actuels membres du Conseil de surveillance. Récemment, un effort a été entrepris pour diversifier socialement et professionnellement les candidats, notamment par le repérage dans la presse des profils prometteurs.
2 – La deuxième phase consiste à recueillir formellement les candidatures. Les dossiers ainsi constitués contiennent la biographie du candidat et une lettre de recommandation. Des entretiens de motivation sont organisés.
3 – La dernière phase de la procédure est la sélection finale des candidats. Après avoir reçu le dossier de chaque candidat, le Comité de sélection se réunit. Ce Comité comprend environ 10 membres dont la majorité sont des anciens Young Leaders. Les candidats ayant obtenu le plus de voix sont sélectionnés ».

Comme on le voit, n’entre pas qui veut à la FAF. Les membres sélectionnés forment véritablement une « élite » dont l’objectif officiel est de « renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique ». Il est d’autant plus intéressant de connaître leurs noms.
Au sein de la sélection, c’est le professeur de science politique états-unien et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l’unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France [21]. Après une sélection drastique, seuls 125 États-Uniens et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF US, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d’admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l’OTAN, fils du célèbre géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l’OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur) [22].

Dans le cas de la branche française de la French-American Foundation, nous pouvons relever en particulier : Philippe Auberger (1989, député UMP), Yves Censi (2003, député UMP), Jérôme Chartier (2003, député UMP), Nicolas Dupont-Aignan (2001, député UMP, Debout la République), Alain Juppé (1981, député UMP), Éric Raoult (1994, député UMP), Valérie Pécresse (2002, député UMP), Jacques Toubon (1983, député UMP), François Hollande (1996, député socialiste), Arnaud Montebourg (2000, député socialiste), Pierre Moscovici (1996, député socialiste), Alain Richard (1981, socialiste, ancien ministre de la Défense), Henri de Castries (1994, Directeur général du groupe AXA assurances), Emmanuel Chain (1999, journaliste), Jérôme Clément (1982, Président d’Arte), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, Directeur de la publication du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), Erik Izraelewicz (1994, rédacteur en chef des Échos), Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération), Jean-Noël Jeanneney (1983, président de la Bibliothèque nationale de France), Sylvie Kaufmann (1998, journaliste au Monde), Yves de Kerdrel (2005, journaliste aux Échos), Marwan Lahoud (1999), Anne Lauvergeon (1996, présidente d’Areva), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Alain Minc (1981), Laurent Cohen-Tanugi (1996, Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe » créé par l’ancien président de la Commission Jacques Delors [23]), Christine Ockrent (1983), Olivier Nora (1995, président des Éditions Grasset), Denis Olivennes (1996, président de la FNAC)… [24]

Une telle représentation souligne l’influence capitale qu’exerce la French-American Foundation dans les liens franco-états-uniens [25].

De multiples rencontres ont lieu entre représentants français et états-uniens afin de discuter de sujets comme la défense, la politique, le journalisme, le syndicalisme… En fait, il s’agit de « lisser » les points de vue afin d’aboutir à un consensus favorable au partenariat transatlantique. Toutes ces rencontres officielles et officieuses permettent de créer une communion de pensée parmi les acteurs de la FAF appartenant à des secteurs variés.
Cette fondation organise également différents colloques sur la défense, le journalisme, l’éducation ou la santé. On trouve parmi les participants, outre les personnes citées ci-dessus, des noms bien connus comme François Bayrou, Bernard Kouchner, Jean-François Copé (porte-parole du gouvernement Chirac en 2007), Michel Barnier (conseiller politique de Nicolas Sarkozy en 2007), Nicolas Beytout (Directeur de la rédaction du Figaro), le général Henri Bentegeat (chef d’état-major des armées) etc [26].
Tous ces colloques poursuivent, bien entendu, le but suprême de servir au mieux les intérêts de l’humanité.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

[1] http://www.u-m-p.org

[2] http://www.frenchamerican.org/board…

[3] « Comment le Conseil des relations étrangères détermine la diplomatie US, Réseau Voltaire, 25 juin 2004.

[4] http://www.frenchamerican.org/pdf/f…

[5] http://www.french-american.org/srt/…

[6] http://www.frenchamerican.org/pdf/f…

[7] http://www.frenchamerican.org/state…

[8] « John Negroponte bientôt à Bagdad », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 20 avril 2004.

[9] http://www.frenchamerican.org/board…

[10] http://www.frenchamerican.org/about…

[11] http://www.chathamhouse.org.uk/

[12] « L’honorable Frank Carlucci », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 février 2004.

[13] « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Réseau Voltaire, 9 février 2004.

[14] « Histoire secrète de L’Oréal », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 mars 2004.

[15] http://www.frenchamerican.org/cgi-b…

[16] http://www.french-american.org/srt/…

[17] http://www.french american.org/srt/…

[18] Marwan et Iman Lahoud n’ont pas de lien de parenté avec le président libanais Émile Lahoud, contrairement aux allégations de la presse française.

[19] http://www.french-american.org/srt/…

[20] Rapport d’étude pour le ministère des Affaires étrangères, analyse du processus de sélection des Young Leaders français pour la période 1981-2005, French American Foundation, Paris et New-York, p. 4

[21] Ibid., p. 6.

[22] http://www.french-american.org/srt/…

[23] http://www.notre-europe.eu/fr/qui-s…

[24] http://www.french-american.org/srt/…

[25] Cette coopération s’illustre aussi dans le domaine économique. En effet, la FAF a organisé un colloque intitulé « Économies européennes et américaines, l’impossible divorce » sous la direction de Joseph P. Quinlan. Auteur d’un document paru en 2003 sous le titre « Drifting apart or growing together ? The primacy of the transatlantic economy », Joseph P. Quinlan a co-écrit avec Daniel S. Hamilton l’ouvrage de référence en matière de marché transatlantique sans entraves Deep integration dont le président de la Commission européenne, José Barraso, a tant vanté la valeur à la School of Advanced International Studies (SAIS), le 18 octobre 2005.

[26] Rapport annuel 2003-2004, French-American Foundation. Cette fondation décerne chaque année le Prix Benjamin Franklin « à une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les États-Unis » comme le rappelle le rapport de la FAF. Les lauréats de ce Prix sont : l’ambassadeur C. Douglas Dillon, l’ambassadeur Walter J.P. Curley, Médecins sans frontières, Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH), Michel David-Weill (ancien Président de Lazard Frères), la famille Forbes et Maurice Lévy (Président du Directoire de Publicis Groupe), op. cit, p. 30

————————————————————————————————————————————————

Vers une communauté nord-américaine

 

La véritable nature de l’actuelle Union européenne est révélée par la construction simultanée d’une communauté nord-américaine, destinée à fusionner avec elle. Pierre Hillard analyse ce projet, tel qu’il est décrit dans les documents internes des cercles dirigeants canadiens, états-uniens et mexicains.

 

L’entrée en vigueur le 1er janvier 1994 de l’ALENA (Accord de Libre-Echange Nord Américain) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique a permis de constituer une première ébauche d’entité économique unifiée. Les objectifs définis dans son article 102 visent à « éliminer les obstacles au commerce des produits et des services entre les territoires des Parties et à faciliter le mouvement transfrontalier de ces produits et services (…), à créer le cadre d’une coopération trilatérale, régionale et multilatérale plus poussée afin d’accroître et d’élargir les avantages découlant du présent accord ». Ces affirmations ont connu un nouvel élan grâce aux travaux du Council Foreign Relations [1] en liaison avec le Conseil Canadien des Chefs d’Entreprises (le CCCE regroupant les hauts dirigeants de 150 entreprises canadiennes) et le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales (le COMEXI, organisation politique multidisciplinaire soutenue par les entreprises mexicaines). En effet, il a été décidé de créer une « Communauté économique et de sécurité nord-américaine » d’ici 2010. Le coup d’envoi officiel a été lancé le 23 mars 2005 à Waco (Texas) par le président Bush, le Premier ministre du Canada, Paul Martin et le président du Mexique, Vincente Fox. Bénéficiant d’un pré-rapport élaboré et présenté le 14 mars 2005 par le CFR, le CCCE et le COMEXI grâce aux travaux de John P. Manley, ex-vice-Premier ministre et ministre des Finances du Canada, de Pedro Aspe, ex-ministre des Finances du Mexique et de William F. Weld, ex-gouverneur du Massachusetts et adjoint au procureur général des États-Unis, ces trois chefs d’État ont annoncé leur volonté d’accomplir ce programme en vue de l’échéance de 2010. Ces ambitions se sont immédiatement concrétisées à Waco par la création du « Partenariat nord-américain pour la Sécurité et la Prospérité » (le PSP) et par la mise en place de groupes de travail ministériels traitant des sujets économiques et sécuritaires. Cependant, ce n’est qu’en mai de la même année que le programme complet et détaillé a vu le jour. Comme le rappelle le président du CFR, Richard N. Hass, « Le groupe de travail offre une série de propositions détaillées et ambitieuses qui s’ajoutent aux recommandations adoptées par les trois gouvernements lors du sommet au Texas en mars 2005. La recommandation principale du Groupe de travail est d’établir d’ici 2010 une communauté économique et sécuritaire en Amérique du Nord, dont les limites seraient définies par un tarif douanier commun et un périmètre de sécurité externe ». Fort de tous ces buts affichés, il ressort de ce rapport les points suivants.

Selon leurs auteurs, l’Amérique du Nord doit affronter trois types de défis : « les menaces communes envers notre sécurité, les défis communs contre notre croissance et notre développement économiques et le défi commun que représente le niveau inégal de développement économique ». Afin de répondre à ces défis, le groupe de travail a élaboré deux types de recommandations qui vont des réponses immédiatement applicables sur le terrain et celles qui doivent être prises d’ici 2010 dans les domaines de la sécurité, de l’économie et de la politique. Selon la question abordée, il arrive qu’il n’y ait pas toujours de recommandations particulières à prendre pour l’année 2010.

Le premier grand point poursuit le but de « Rendre l’Amérique du Nord plus sécuritaire » . Des recommandations ont été présentées dans les domaines militaires et économiques. Il s’agit d’établir une ligne de protection unique ceignant l’ensemble du Nouveau monde. Les mesures à prendre selon leurs promoteurs sont les suivantes :

I – Sécurité

Mettant en exergue la menace du terrorisme, les rédacteurs du rapport proposent les mesures à prendre.

Dès maintenant

1) Établir un périmètre commun de sécurité d’ici 2010.
Il s’agit de favoriser la mise en place d’un « périmètre commun de sécurité pour l’Amérique du Nord ».
2) Créer un permis frontalier nord-américain.
Ce permis sécurisé contiendrait des indicateurs biométriques. S’appuyant sur le modèle des « Cartes intelligentes » élaboré par les programmes NEXU entre les États-Unis et le Canada et SENTRI entre les États-Unis et le Mexique, ce programme s’appliquerait aux personnes ne posant pas de risques. Toute la question est de savoir quels seront les critères qui permettront de ranger les personnes dans la catégorie dite à risques. Le rapport ne le précise pas. Les risques de dérive sont bien réels.
3) Élaborer un plan d’action Nord-américain unifié concernant les frontières.
L’objectif est de clairement établir des « frontières intelligentes » entre les trois États avec une harmonisation des visas, du droit d’asile, des inspections d’entrée et des procédures de surveillance des personnes, des biens, des navires, le partage complet des données sur les sorties et les entrées des ressortissants étrangers ; enfin l’inspection conjointe du trafic des conteneurs entrant dans les ports Nord-américains.
4) Étendre l’infrastructure frontalière.
En raison de l’accroissement rapide des échanges entre les trois pays, le rapport souligne l’importance d’ajouter des « installations supplémentaires à la frontière » afin de fluidifier les échanges commerciaux.

D’ici 2010

Paver la voie pour une circulation plus libre des personnes à l’intérieur de l’Amérique du Nord.
Comme le précise le rapport « Un des objectifs à long terme d’un plan d’action Nord-américain sur les frontières devrait être une inspection conjointe des voyageurs d’un tiers pays à leur premier point d’entrée en Amérique du Nord et l’élimination de la plupart des contrôles des mouvements temporaires de ces voyageurs à l’intérieur de l’Amérique du Nord ».

II – Maintien de l’ordre et de la coopération militaire

La coopération en matière de sécurité entre les trois pays s’avère indispensable en ce qui concerne le terrorisme et le maintien de l’ordre. Ce travail aboutirait à « l’établissement d’un centre tripartite de renseignement sur les menaces, la création d’un registre tripartite des armes à feu et des explosifs et une formation conjointe des agents de la force publique ». Il en ressort la mise en place immédiate des points suivants.

a) Dès maintenant

1) Faire du NORAD (Commandement de la défense aérienne du continent Nord-américain) un commandement de défense multiservice.
Comme le rapporte avec netteté ce rapport, il s’agit de permettre au NORAD de devenir « un commandement de défense multi-services qui étendrait le principe du commandement unifié États-Unis – Canada aux forces terrestres, navales et aériennes impliquées dans la défense des abords de l’Amérique du Nord ». Dans cette affaire, le Mexique y enverrait des observateurs.
2) Augmenter le partage des informations et du renseignement aux niveaux local et national dans les domaines du maintien de l’ordre et des organisations militaires.
Outre la coopération et le partage rapide de renseignements et d’informations, les États-Unis et le Canada invitent « le Mexique à réfléchir à un partage d’information plus développé et à une planification collaborative impliquant les organisations militaires et le maintien de l’ordre pour élaborer une confiance mutuelle et ouvrir la voie à une coopération plus étroite à l’avenir ». Il est même précisé la nécessité de créer un « Centre conjoint d’analyse ». Celui-ci servirait de banque d’information et de mise au point de produits assurant le maintien de l’ordre mais aussi, selon les besoins, les exigences militaires (pas de recommandations pour 2010).

III – Distribuer les avantages du développement économique

Les auteurs soulignent que le développement du continent nord-américain affiche des disparités économiques importantes entre le Nord et le Sud du Mexique. Il est rappelé que « le Mexique a aussi besoin de réformes significatives de ses politique fiscale et énergétique pour pouvoir exploiter plus efficacement ses propres ressources afin de faire progresser son développement économique ».

a) Dès maintenant

1) Intensifier les efforts du Mexique pour accélérer son développement économique.
Tout en suscitant d’avantage d’investissement et une meilleure distribution des fruits de la croissance, il est stipulé que le Mexique en raison de son retard de développement doit améliorer sa capacité et sa productivité énergétique, sa transparence administrative, son système éducatif etc. Même s’il est précisé que c’est aux Mexicains d’élaborer eux-mêmes la politique permettant ces améliorations, il est rappelé que les États-Unis et le Canada se doivent d’aider massivement ce pays. Ceci obligera Mexico à établir une politique conforme au soutien très intéressé de ses deux voisins du Nord. Il est précisé dans ce rapport que l’aide apportée doit être « reconnue comme une priorité dans les programmes de développement international des États-Unis et du Canada ». En échange de ce soutien, Washington et Ottawa exigeront des garanties limitant d’office les marges de manœuvre du Mexique.
2) Créer un fonds d’investissement nord-américain pour les infrastructures et le capital humain.
Il s’agit d’encourager le flux de capitaux privés vers le Mexique. L’objectif est d’améliorer les infrastructures des territoires mexicains les plus défavorisés afin de mieux les connecter au continent nord-américain.
3) Augmenter la capacité de la Banque nord-américaine de développement (BNAD).
Cette banque poursuit l’objectif d’améliorer les projets d’infrastructures sur une zone de 100 kilomètres côté états-unien et de 300 kilomètres côté mexicain. Là aussi, cette politique a pour but de mieux intégrer l’économie mexicaine aux deux géants du Nord. (pas de recommandations pour 2010).

IV – Élaborer une stratégie nord-américaine en matière de ressources naturelles

Nous touchons là un secteur clef. Les États-Unis étant de gros consommateurs d’énergie, ils se doivent d’organiser au mieux leur approvisionnement en provenance du Canada et du Mexique grands producteurs de gaz et de pétrole (Le Mexique était le deuxième exportateur de pétrole vers les Etats-Unis en 2004). Il en ressort trois points à régler dès 2005.

a) Dès maintenant

1) Élaborer une stratégie énergétique nord-américaine.
Les trois gouvernements se doivent d’œuvrer « ensemble à la sécurité énergétique ». Ce programme a été lancé en 2001. Il doit être selon ses rédacteurs renforcé.
2) Développer pleinement ses ressources énergétiques mexicaines.
Ceci permettrait d’accélérer sa croissance économique. Cela profiterait aussi en priorité aux États-Unis.
3) Conclure un Accord nord-américain sur les ressources.
Comme le précisent les rédacteurs : « Pour assurer le plein développement des ressources minières, forestières et agricoles de l’Amérique du Nord, les investisseurs d’un pays doivent avoir l’assurance de ne pas être harcelés par la concurrence dans un autre pays ».

b) D’ici 2010

1) Prendre un engagement à l’échelle nord-américaine en faveur d’un environnement plus propre.
Afin d’échapper aux mesures prises à Kyoto, les rédacteurs précisent qu’un « régime nord-américain concernant l’énergie et les émissions pourrait offrir une alternative régionale au Protocole de Kyoto, laquelle alternative impliquerait les trois pays ».
2) Étendre la collaboration tripartite en matière de conservation et d’innovation.
Il s’agit d’encourager les initiatives luttant contre la pollution et favorisant les énergies alternatives.

Le deuxième grand point de ce rapport concerne la création d’un « espace économique nord-américain ». Pour satisfaire cette ambition, ce groupe de travail a présenté les recommandations suivantes : Étudier un marché nord-américain intégré, adopter une approche nord-américaine des règlements, améliorer la mobilité de la main-d’œuvre et augmenter l’appui aux programmes pédagogiques nord-américains.

I – Établir un marché Nord-américain intégré pour le commerce

Avec l’application de l’ALENA (suppression de presque toutes les barrières tarifaires), l’objectif ultime comme le rappelle ses promoteurs « serait de créer un marché intégré pour les fournisseurs et les consommateurs dans toute l’Amérique du Nord ».

a) Dès maintenant

1) Adopter des tarifs externes communs. — Il s’agit d’harmoniser les tarifs externes en prenant soin que cela soit compatible avec les obligations multilatérales.
2) Revoir les secteurs de l’ALENA qui ont été exclus ou les éléments qui n’ont pas été complètement mis en œuvre.
3) Établir un tribunal permanent nord-américain pour la résolution des différends. — Qui plus est, le rapport souligne la nécessité de « réviser le mécanisme de résolution des différends de l’ALENA pour le rendre plus efficace et transparent ».
4) Établir une approche conjointe des pratiques commerciales déloyales.

b) D’ici 2010

1) Établir une commission tripartite sur la concurrence.
Les initiateurs de ce document rappellent que les trois gouvernements « devraient également établir une commission tripartite – une agence continentale antitrust – qui se penchera sur les pratiques dangereuses de subventions (…) ».

II – Adopter une approche nord-américaine de la réglementation

Les rédacteurs de ce document soulignent l’importance d’une convergence de la réglementation afin de créer un marché plus vaste et plus harmonieux. Il se dégage trois initiatives à mettre en place.

a) Dès maintenant

1) Assurer la mise en œuvre rapide d’un plan d’action réglementaire pour l’Amérique du Nord.
Le rapport prône entre autres l’harmonisation des normes comme la reconnaissance réciproque (dans le domaine des licences), l’interopérabilité ou encore l’adoption des règles de l’autre.
2) S’entendre sur les secteurs prioritaires pour une intervention précoce.
Afin de faciliter l’intégration économique, le groupe de travail considère comme prioritaire trois secteurs en vue d’améliorer la compétitivité nord-américaine : Ciel ouvert et circulation libre (avec accès illimité au territoire de chacun aux lignes aériennes et aux entreprises de transport), « Testé une fois » pour la biotechnologie et les produits pharmaceutiques, politique selon laquelle « un produit testé dans un pays pourrait répondre aux normes établies par un autre ou établir un centre d’essai de l’Amérique du Nord avec du personnel de chacun des trois pays », enfin, Intégrer la protection alimentaire, sanitaire et environnementale.
3) Faire de la norme nord-américaine l’approche par défaut de la nouvelle réglementation.
L’utilisation du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité servirait d’outil pour « établir un nouveau mécanisme afin de permettre une plus grande collaboration et une plus grande consultation entre les trois pays, à tous les niveaux de gouvernement, au fur et à mesure que de nouvelles règles sont élaborées et adoptées ». (pas de recommandations pour 2010).

III – Accroître la mobilité de la main-d’œuvre en Amérique du Nord

Ce point est particulièrement important puisqu’il vise à étendre la mobilité des populations des trois pays. Sur le long terme, nous assisterons à une modification profonde de la composition identitaire nord-américaine avec l’arrivée massive et encouragée des populations hispanophones. Comme le souligne le rapport : « Le Canada et les États-Unis devraient envisager de lever les restrictions sur la mobilité de la main-d’œuvre et de chercher des solutions susceptibles, à long terme, d’étendre au Mexique la mobilité totale de la main-d’œuvre ».

a) Dès maintenant

1) Établir les programmes relatifs aux travailleurs migrants temporaires.
Le besoin de main-d’œuvre croissant incite les États-Unis et le Canada à « élargir les programmes de migration à partir du Mexique pour travail temporaire ».
2) Appliquer l’entente sur la totalisation de la sécurité sociale négociée entre les États-Unis et le Mexique.
L’objectif est d’éviter la double imposition.

b) D’ici 2010

1) Créer une « préférence nord-américaine ».
Il s’agit d’établir des facilités de travail aux habitants des trois pays supérieures aux immigrants venant hors de l’Amérique du Nord.
2) Instaurer une mobilité totale de la main-d’œuvre entre le Canada et les États-Unis.
L’élimination complète des obstacles entre les Etats-Unis et le Canada doit permettre à ces ressortissants de travailler dans l’autre pays sans aucune difficulté. Au sujet du Mexique, il est précisé : « À long terme, les deux pays devraient étendre cette politique au Mexique, mais ce ne sera guère faisable avant que les différences existant entre les niveaux de salaires au Mexique et chez ses deux voisins Nord-américains aient considérablement diminué ».
3) Reconnaissance mutuelle des normes et diplômes professionnels.

IV – Appuyer un programme d’éducation nord-américain

Cette politique consiste à favoriser un véritable brassage du monde étudiant entre les trois pays afin de favoriser à long terme un maillage économique resserré.

a) Dès maintenant

1) Créer un fonds important de bourses d’étude pour étudiants des cycles primaire et secondaire, pour leur permettre de poursuivre des études dans les deux autres pays d’Amérique du Nord et d’apprendre les trois langues de la région.
Nous noterons que l’Amérique du Nord est classée dans la catégorie « région ». Cette dernière n’est qu’un élément constituant le futur Etat mondial.
2) Développer un réseau de centres d’études Nord-américaines.
À l’instar de l’Union européenne qui soutient des « Centres de l’UE » dans 15 universités américaines et dans 12 chaires Jean Monnet, les rédacteurs du rapport préconisent que les trois gouvernements « ouvrent un concours et accordent des subventions aux universités, dans chacun des trois pays, pour promouvoir des cours, de l’éducation et de la recherche sur l’Amérique du Nord et aider les écoles primaires et secondaires à développer un enseignement sur l’Amérique du Nord ».
3) Promouvoir l’apprentissage par Internet, à l’intérieur de l’Amérique du Nord.
4) Développer des échanges et des programmes de formation pour les enseignants du primaire et du secondaire. L’objectif est de faire disparaître les obstacles linguistiques et de « donner un sens plus profond d’appartenance à l’Amérique du Nord ».
5) Développer des programmes de jumelages d’écoles et d’échange d’étudiants.
6) Encourager des façons imaginatives de développer des connections nord-américaines. Les rapporteurs encouragent les fondations et les instituts de recherche à promouvoir l’appartenance à une communauté nord-américaine. (pas de recommandations pour 2010).

Le troisième et dernier grand point de ce rapport traite De la vision à l’action : Institutions pour guider les relations tripartites. Cette volonté mondialiste d’instaurer un bloc Nord-américain unifié conduit à un profond changement institutionnel. Les transformations à apporter sont les suivantes.

Dès maintenant

1) Instaurer un sommet annuel nord-américain.
2) Renforcer les structures gouvernementales.
Le rapport préconise un renforcement des structures internes de chaque pays « en mettant sur pied des groupes de travail menés par un ministre, qui devront rendre compte dans les 90 jours et devront se réunir régulièrement ».
3) Créer un comité consultatif nord-américain.
C’est avec la création d’un groupe indépendant de conseillers que les rédacteurs de ce rapport insistent particulièrement sur le fait que « Leur mandat serait de s’engager dans une exploration créatrice d’idées nouvelles dans une perspective nord-américaine. Une approche complémentaire consisterait à mettre sur pied des organismes privés qui se réuniraient régulièrement ou annuellement pour étayer les relations nord-américaines, en s’inspirant des conférences de Bilderberg ou de Wehrkunde, dont le but était de soutenir les relations transatlantiques ».
4) Créer un groupe interparlementaire Nord-américain.
Dans cette affaire, les États-Unis jouent un rôle clef en raison de leur primauté économique et militaire. Afin de promouvoir des liens institutionnels forts avec les deux autres pays, le groupe de travail recommande « que les réunions bilatérales aient lieu tous les deux ans et que les trois partenaires nord-américains créent un groupe interparlementaire tripartite qui se réunirait aussi tous les deux ans entre les réunions bilatérales ». (pas de recommandations pour 2010).

Conclusion

Le caractère détaillé de ce programme souligne l’immense effort lancé par les mondialistes afin de favoriser l’émergence d’un bloc géo-économique nord-américain unifié. Comme le rappelle les instigateurs de cette politique : « L’établissement d’ici 2010 d’une communauté économique et de sécurité pour l’Amérique du Nord est un objectif ambitieux mais réalisable (…) ». Ce processus nord-américain en cours se doit d’être considéré aussi en liaison avec d’autres blocs continentaux émergents en particulier l’Union européenne. Cette dernière continue son travail de maçonnerie permettant le démantèlement des États-nations malgré les « non » français et hollandais au référendum. Face à la résistance de certains peuples, la philosophie mondialiste s’engagera de plus en plus vers l’utilisation de méthodes restreignant les libertés individuelles et encourageant une éducation, tel Machiavel pédagogue, formatant les esprits à son image. Cette dictature rehaussée par une technologie sans cesse perfectionnée traquera les véritables opposants au système. Malheureusement, peu de personnes s’en aperçoivent.

————————————————————————————————————————————————

Les Verts, partisans d’une Europe des ethnies

 

Le parti des Verts européens souhaite promouvoir les identités régionales au sein de l’Union européenne à 25. Leur carte prévoit candidement un remodelage complet de l’Europe, fragmenté en une kyrielle d’entités ethniques. Initialement soutenu par l’Allemagne qui, compte tenu de l’importance des populations germanophones, serait sortie seule renforcée de cette redistribution, ce projet est aujourd’hui porté de l’extérieur par le département d’État et des fondations états-uniennes. En effet, en application de la « Doctrine Wolfowitz », Washington considère comme prioritaire de priver les Européens de leurs États pour mieux les faire entrer dans un libre-marché globalisé. Pierre Hillard analyse cette ethno-Europe.

JPEG - 38 ko

 

Les partisans de la fragmentation des États européens précisent leur projet. Dans un article précédent [1], nous avons eu l’occasion de présenter une carte réalisée par le Parti Démocratique des Peuples d’Europe – Alliance Libre Européenne (PDPE-ALE) siégeant au Parlement européen. Les partis indépendantistes présentés ne concernaient que les pays de l’Union européenne à quinze. Déjà certains accèdent à une gloire toute nouvelle en décrochant la gestion de la politique régionale. C’est le cas de l’ERC (Esquerra Republicana de Catalunaya) de Josep Lluis Carod Rovira, parti indépendantiste catalan qui seconde les socialistes du président de région Pasqual Maragall. Cependant, ces partis indépendantistes auraient une action limitée si les structures naissantes de l’Union européenne (UE) ne leur étaient aussi favorables. Or tout concourt dans les textes fondateurs de la construction européenne à donner une ampleur certaine aux revendications ethno-régionalistes. Le droit européen primant sur le droit national, les représentants politiques régionaux se sentent pousser des ailes pour faire entendre leurs revendications à Bruxelles. Le poids de ces partis les conduit à former des alliances politiques qui font basculer les régions en leur faveur. L’exemple espagnol lors des élections de décembre 2003 est particulièrement révélateur.

Les exigences catalanes

Le parti socialiste catalan n’a pu arriver au pouvoir qu’en raison de l’appui intéressé et déterminant de l’ERC. Cet appui a contraint le président socialiste Pasqual Maragall de la région Catalogne à des accommodements atteignant le sommet de l’État espagnol. Ainsi, Pasqual Maragall a su rappeler aux barons du socialisme madrilène qu’en mars 2004 sur onze millions de voix pour le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), un million et demi étaient catalanes [2] Par conséquent, le gouvernement Zapatero du PSOE est dans l’obligation, pour se maintenir au pouvoir, de ménager la représentation politique catalane. Finalement, le suffrage universel se colore d’une vision ethnique et linguistique qui mine la démocratie espagnole. Le phénomène n’en est qu’à son début et, tout naturellement, le principe du vote identitaire se développera dans la péninsule ibérique.

Le président de l’ERC, Josep Lluis Carod Rovira, sait « gentiment » rappeler aux dirigeants socialistes que « Nous avons voté l’investiture de José Luis Zapatero, mais ce n’est pas un chèque en blanc ! Le PSOE a l’opportunité de montrer que le gouvernement espagnol a un projet d’Etat qui n’est pas celui de la droite. On espère qu’il sera multilingue, multiculturel, multinational et fédéral (…), sinon l’option indépendantiste catalane va aller croissant » [3].

Ce n’est sûrement pas l’effet du hasard si José Luis Zapatero reconnaît comme nécessaire le besoin de redéfinir « l’architecture » de l’État espagnol. Un des premiers effets de ce remodelage devrait être la traduction en langue basque, catalane et galicienne du Traité constitutionnel européen. Pour ces régionalistes, en particulier catalans, cette traduction est justifiée. Si des Estoniens, des Maltais ou des Danois numériquement moindres ont leurs propres versions, pourquoi « discriminer » les Catalans fort de leurs six millions et demi d’habitants.

Les revendications basques

Un autre incendie promet de se prolonger bien au-delà de la période estivale ; c’est le Pays basque espagnol. En effet, le président du Pays basque, Juan José Ibarretxe, souhaite que sa région soit librement associée à l’Espagne avec une délégation nouvelle de pouvoirs (administratifs, judiciaires, droit à l’autodétermination, …) ainsi qu’une reconnaissance de la nationalité basque. Le Pays basque devrait même obtenir, selon ses défenseurs, une représentation directe à tous les niveaux des instances européennes [4]. Le débat politique doit commencer dès l’automne 2004 (plan Ibarretxe). Dans cette affaire, le gouvernement basque est composé des partis politiques suivants : PNV (Parti Nationaliste Basque, membre de l’Alliance Libre Européenne), Eusko Alkartasuna (membre de l’Alliance Libre Européenne) et Ezker Batua-Izquierda Unida (Gauche Unie). Les passions identitaires ne sont donc pas prêtes de s’éteindre surtout quand elles sont excitées de l’extérieur. Comme nous avons eu l’occasion de l’écrire, ces élans s’expliquent en raison du caractère favorable à la cause ethno-régionaliste des instances bruxelloises, mais aussi en raison des activités de troupes d’avant-gardes accueillant en leur sein ces partis indépendantistes permettant ainsi l’accélération de la fragmentation européenne. Le rôle grandissant et corrosif de l’Alliance Libre Européenne (ALE) dirigée depuis juillet 2004 par Ian Hughton (membre du Scottish National Party, SNP [5] alliée aux Verts (Verts/Alliance Libre Européenne : co-présidents Monica Frassoni et Daniel Cohn-Bendit) [6] est particulièrement significatif.

L’alliance ALE-Verts

La plupart des partis politiques européens comme le PSE (Parti Socialiste Européen) et le PPE (Parti Populaire Européen) est acquise au principe du super État ainsi qu’à la délégation croissante de pouvoirs politiques aux régions. Mais pareil au leurre que l’on utilise pour les courses de lévriers, l’ALE joue un rôle d’entraînement car elle est à la pointe du combat. En mars 2004, ce parti politique a pris un nouvel essor en instaurant une association renforcée entre les différents mouvements indépendantistes régionaux. Ne s’appelant plus PDPE-ALE mais uniquement ALE (Alliance Libre Européenne), trente partis politiques régionaux ont signé à Barcelone la déclaration donnant naissance à ce parti politique européen. Un manifeste électoral, Vers une Europe de la diversité, a aussi été adopté [7]. Les dossiers prioritaires pour l’ALE sont : le combat en faveur d’une bicaméralisation, composée du Parlement européen (directement élu par les citoyens européens) et du Conseil ou Sénat (composé des représentants des entités territoriales autonomes), la reconnaissance de toutes les langues européennes, le transfert « aux autorités décentralisées du contrôle et de la gestion des Fonds structurels  », « la liberté de mettre en place une coopération interrégionale et transfrontalière en dehors de toute ingérence des États. Développement des eurorégions (régions européennes transcendant les frontières des Etats membres)  », le refus de toute discrimination fondée sur l’origine ethnique, religieuse, sexuelle (ndlr : conformément aux articles 21 et 22 de la Charte des droits fondamentaux) et l’instauration d’une politique étrangère commune pour l’Europe.

Ces « Tables de la Loi » sont amenées à peser lourd dans le paysage politique européen en raison de l’alliance entre ces partis régionalistes indépendants et les Verts. Ces derniers ont été les premiers à fonder en février 2004 « un parti Vert européen » à Rome réunissant sous un toit unique toutes les mouvances vertes des États de l’Union [8]. Les Verts d’outre-Rhin, les plus puissants d’Europe, véhiculent une pensée politique imprégnant désormais ce nouveau parti européen qui a bénéficié lors de son lancement de l’adoubement du ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, Joschka Fischer.

JPEG - 8.5 ko
Congrès de Rome, février 2004.

Le journaliste Konrad Schuller du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung s’est fendu d’un article consacré à la naissance de ce parti vert européen avec un titre sans nuances mais juste : « Sous direction allemande, les Verts du Continent » (Unter deutscher Führung, die Grünen des Kontinents) [9]. Il est vrai que les principes défendus par les Verts/ALE correspondent aux documents germano-européens qui structurent de plus en plus l’Union. L’influence de ce parti est d’autant plus grande que l’on assiste à une multiplication des régions européennes se ralliant à la bannière de l’ALE ainsi qu’au rôle déterminant d’organismes travaillant au service du ministère de l’Intérieur allemand (BMI, Bundesministerium des Innern) comme l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes (UFCE) et l’European Center for Minorities Issues (ECMI)) [10] Ainsi, de proche en proche, les thèmes chers à la spiritualité politique allemande comme la régionalisation et la reconnaissance du phénomène identitaire rentrent de plus en plus dans le débat politique des Etats de l’Union.

La nouvelle carte de l’Europe

Avant d’avancer plus loin dans l’entrelacs identitaire, nous devons comparer l’évolution de ce phénomène avec la carte ci-jointe des Verts/Alliance Libre Européenne [11], élaborée au printemps 2004, avec celle de 1997. En partant d’Ouest vers l’Est, on constate que l’Espagne est fragmentée en trois régions supplémentaires par les Verts/ALE (l’Andalousie, l’Aragon et les Iles Baléares). Des régions italiennes comme la Vénétie et l’Émilie-Romagne ont, elles aussi, adhéré à ce parti. Cette nouveauté italienne est d’autant plus importante que ces régions appartiennent déjà à la communauté de travail Alpen-Adria, fille de l’institut germano-européen l’ARFE (Association des Régions Frontalières Européennes) [12] L’Alsace-Lorraine, étonnement intégrée au corps germanique (carte de 1997), se trouve détachée, formant une entité à part comme une sorte de terre d’Empire (Reichsland) d’avant 1914. Le phénomène est inverse pour la Savoie (rattachée à la France en 1997 mais détachée en 2004). Mais c’est l’Europe centrale qui connaît les plus grandes modifications. Avec l’élargissement à 25 depuis le 1er mai 2004, on assiste à une fragmentation des États européens sur la façade orientale de l’Allemagne. Le sud de la Lituanie avec sa minorité polonaise, la Silésie, la Moravie, le territoire sud le long de la Slovaquie, le Banat de Serbie, la Transylvanie roumaine (ces trois dernières régions sont à forte majorité hongroise) [13] et la Macédoine grecque (avec débouché sur la mer avec Salonique, port qui a connu et connaît tant de trafics) ont rallié les Verts/ALE. Même si une frontière d’État continue à exister entre l’Albanie et le Kosovo, la carte de 2004 présente cependant ces deux territoires avec la même couleur bleue. Ceci n’est sûrement pas dû à un manque de couleur. Ainsi, de part et d’autre des frontières occidentales et orientales de l’Allemagne ou, plus exactement, du corps germanophone, les États de l’UE se fissurent, se craquèlent. Une multitude de nains régionaux entoure l’entité du centre de l’Europe qui, elle, ne bouge pas.

Le ralliement aux Verts/ALE, les caractéristiques et les objectifs de ces régions d’Europe centrale sont particulièrement bien résumés par Bartlomiej Swiderek, membre du bureau exécutif et responsable des affaires internationales du mouvement autonomiste silésien : « La Silésie, ou plus précisément la Haute-Silésie où le Mouvement Autonomiste Silésien est politiquement actif, est considérée comme une « Région-Nation » située entre la Pologne, l’Allemagne et la Bohême. Il ne s’agit pas d’une nation au sens strict du terme, mais d’un mélange de composantes linguistiques, culturelles et identitaires, que ces éléments soient germaniques, polonais, tchèques ou seulement silésiens (…). La principale revendication du Mouvement Autonomiste Silésien est l’autonomie politique, fiscale et culturelle de la Silésie au sein d’une large communauté européenne de régions. Une telle autonomie devrait être calquée sur le modèle catalan ou plus généralement sur le système des Länder allemands ou autrichiens. En tant que mouvement fédéraliste, le Mouvement Autonomiste Silésien veut voir la Pologne se transformer en fédération de régions capables de jouer un rôle significatif au sein d’une Europe décentralisée (…). Nous sommes très actifs dans le domaine de la coopération inter-régionale avec des mouvements et partis politiques analogues à travers l’Europe, en particulier avec ceux qui appartiennent au parti de l’Alliance Libre Européenne des Peuples d’Europe. Nous tissons avec prudence des liens avec d’autres mouvements, ce qui signifie que nous coopérons seulement avec les partis politiques qui sont pleinement démocratiques, qui s’abstiennent de violence et ne représentent pas une position extrémiste. Au titre de nos partenaires, nous comptons ainsi la Ligue savoisienne, le Parti Nationaliste Basque (PNV) et Solidarité Basque (Eusko Alkartasuna), le Plaid Cymru gallois ou le Parti Démocratique Morave. Comme l’Union européenne s’engage avec beaucoup d’enthousiasme dans les affaires régionales, nous considérons que cette structure est l’une de celles qui nous permettront de réaliser notre objectif : une Silésie autonome au sein d’une Europe des régions (…) » [14]

Les principes défendus par ce Mouvement Autonomiste Silésien prennent une toute autre couleur au sein d’un parti européen comme les Verts/ALE qui amplifient ces revendications. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que cette représentation silésienne a une représentation en Pologne (Rybnik) et à Bruxelles (ce qui est normal), mais aussi en Allemagne (à Bensheim) et aux … États-Unis (à Clearwater) [15]. Cependant, derrière les structures des Verts/ALE et en liaison avec elle, prolifère une multitude d’instituts qui permettent les échanges et une politique commune entre tous ces mouvements régionalistes. Il n’est pas possible d’évoquer les multiples rencontres et colloques qui réunissent dans un front commun les partisans d’une Europe tribale. Toutefois, nous citerons quelques exemples décrivant la toile identitaire et le rôle significatif de l’Allemagne dans cette affaire.

Le rôle de l’Allemagne

Le 49è Congrès de l’UFCE a eu lieu du 20 au 22 mai 2004 en Pologne au château de Kamien Slaski. Un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur allemand, Detlev Rein (successeur de Rolf Gossmann) [16], encadrait cette réunion où se pressait l’intelligentsia identitaire. L’équipe dirigeante de l’UFCE est internationale : suisse, croate, danoise … Mais nous pouvons relever que cette équipe dirigeante de l’UFCE a un représentant britannique ou, plus exactement, cornouallais en la personne de Nigel Hicks (membre du Cornish Stannary Parliament) [17]. La collusion entre les Verts/ALE et l’UFCE se révèle en particulier avec la présence du Rainbow Party (parti macédonien de Grèce) qui est membre adhérent de ces deux entités [18]. Lors du congrès de l’ALE et du Rainbow Party, le 30 mai 2004 à Thessalonique, un des vices-présidents de l’UFCE, Bela Tonkovic, y participait au côté de Georg Nakratzas, conseiller aux affaires balkaniques de l’Alliance Libre Européenne [19]. Les liens transversaux se multiplient avec d’autres instituts qui entretiennent des liens avec le ministère de l’Intérieur allemand via l’UFCE. Ainsi, lors de son congrès en 1998 à Prague, l’UFCE accueillait Bojan Brezigar, président du Bureau for Lesser Used Languages (EBLUL) [20]. Or le vice-président de l’EBLUL, Jean-Luc Fauconnier, a participé à la conférence organisée par Eurig Wyn (député gallois du Plaid Cymru au sein de l’ALE) le 13 octobre 2003 afin de discuter de la création d’une Agence européenne pour la diversité linguistique [21]. À côté de ces dirigeants, se pressaient le dirigeant galicien du Bloque Nacionalista Galego (BNG) adhérent à l’Alliance Libre Européenne, Camilo Nogueira, un haut fonctionnaire de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), John Packer, dont nous retrouvons la présence lors du congrès de l’UFCE à Bozen en 2003 [22] ou encore François Grin, membre de l’équipe dirigeante de l’ECMI [23]. Cet institut qui travaille en liaison avec le ministère de l’Intérieur allemand (un des fondateurs de l’ECMI est Manfred Carstens, haut fonctionnaire au BMI) [24] entretient lui aussi des liens étroits avec l’UFCE. Les représentants de l’ECMI, son directeur Marc Weller [25], et l’équipe dirigeante de l’UFCE se sont rencontrés le 31 mars 2004 afin de définir et de répartir les tâches entre les deux instituts [26] Tous ces contacts et échanges sur la question identitaire ont pris un tour certain avec la réalisation d’un programme intitulé Déclaration de Bozen le 1er mai 2004 sous l’égide de l’EURAC [27] (European Academie, Académie Européenne de Bozen fondée en 1992 à l’initiative du Sud-Tyrol) [28].

La promotion identitaire

Suite à un colloque tenu dans cette ville les 30 et 31 janvier 2004 où plus de 90 ONG, experts et politiques [29] se pressaient, plusieurs objectifs ont été définis. Ainsi, l’accélération de la promotion identitaire dans toute l’Europe doit être améliorée grâce à la coopération entre le Conseil de l’Europe, l’OSCE et l’Union européenne. Par ailleurs, la protection des minorités doit devenir un des critères de l’Union européenne validant le respect des droits de l’homme par les différents États membres. Les signataires de cette Déclaration de Bozen sont entre autres : Bojan Brezigar (président de l’EBLUL), Michl Ebner, député italien germanophone au Parti Populaire Européen (PPE) à l’origine de l’adoption de la résolution en faveur des langues minoritaires et régionales et de la diversité linguistique (Commission de la culture, septembre 2003) [30]. Or c’est le même Michl Ebner que nous retrouvons lors du congrès de l’UFCE à Bozen en 2003 à côté d’ailleurs du secrétaire général de l’EBLUL, Markus Warasin [31]. A cette liste de signataires, nous retrouvons John Packer (OSCE), Marc Weller (directeur de l’ECMI), Joseph Marko proche de l’UFCE, un des éditeurs de la revue Europa Ethnica [32] et membre du comité consultatif de la convention-cadre pour la protection des minorités (pour l’année 1999) [33] et Gabriel von Toggenburg, membre actif de l’EURAC et dont nous retrouvons la participation au congrès de l’UFCE au congrès de Bozen en 2003. En plus de cette Déclaration de Bozen, un ouvrage intitulé Minority protection and the enlarged European Union – The way forward [34] a vu le jour. Parmi les nombreux rédacteurs de ce livre, nous trouvons en plus de certains noms cités ci-dessus la participation de Rainer Hoffmann, président du comité consultatif en charge de vérifier la bonne application de la convention-cadre pour la protection des minorités (mais aussi membre de l’équipe dirigeante de l’ECMI) [35] et un des éditeurs de la revue Europa Ethnica proche de l’UFCE. Ce dernier personnage entretient un lien direct avec le gouvernement allemand. Rappelant la mission de Rainer Hoffmann, le ministère des Affaires étrangères allemand a rappelé clairement les origines de sa nomination : « Le président actuel du Comité (ndlr : de la convention-cadre pour la protection des minorités) est un professeur de droit envoyé par le gouvernement fédéral (Professeur Dr. Rainer Hoffmann, Université de Kiel) » [36].

Tous les travaux que nous relevons, connaissent une approbation et une application au plus haut sommet des instances européennes. En effet, même si l’EURAC remplit une fonction essentielle, une section spéciale de cet institut de Bozen s’occupe du processus d’intégration européenne en liaison avec la protection des minorités. C’est sous l’égide du PECEDE (Platform for an Enriching Culturally and Ethnically Diverse Europe) créé, outre par l’EURAC, par la Commission européenne et l’Open Society Institute (OSI) de George Soros [37] que s’élaborent les mesures identitaires [38] La portée de ces initiatives est complète lorsque l’on sait que l’ECMI, l’UFCE ou encore l’Académie Européenne de Bozen travaillent au sein du Conseil de l’Europe, en particulier dans la section consacrée à la bonne application de la convention-cadre pour la protection des minorités [39]. L’influence anglo-saxonne n’est pas à négliger puisque nous devons ajouter à ces instituts susmentionnés la participation du Minority Rights Group International (Londres) et du Project on Ethnics Relations (PER, Princeton, États-Unis). La présence du PER au sein des instances européennes fondée en 1991 et qui a pour mission de prévenir les conflits ethniques en Europe centrale et orientale, dans les Balkans et en Russie révèle aussi l’influence très intéressée des États-Unis. De nombreux organismes américains apportent leurs soutiens au PER. Doit-on s’étonner si on y trouve la Carnegie Corporation [40], le US Department of State, le Rockfeller BrothersFund,la Ford Foundation [41] ou le German Marshall Fund [42] pour ne citer que ces quelques organismes de soutien.

Conclusion

Comme on peut le constater, la toile identitaire est vaste. En tout cas, l’abondance des textes et l’importance de leurs concepteurs placés à des secteurs clefs nous permettent d’affirmer que le processus de fragmentation de l’Europe ne peut que s’accélérer. Le SNP (membre des Verts/ALE) a déjà présenté le 16 septembre 2002 un projet de constitution écrite dans le cadre d’une Ecosse indépendante intitulé A Constitution for a Free Scotland [43] Les propos de John Swinney, dirigeant du Scottish National Party (SNP) affirmant en 2003 que l’Ecosse serait indépendante pour 2007 [44] sont révélateurs de l’optimisme qui règne parmi ces mouvements régionalistes. Que cela soit réalité ou simples vœux un peu précipités de la part de ce dirigeant écossais, de tels propos manifestent la vigueur et l’ambition du SNP comme aussi de l’ensemble de ces partis régionalistes indépendantistes en Europe. Les dirigeants Verts/ALE sont donc appelés à être dans l’avenir de plus en plus satisfaits de la tournure des événements sur le vieux continent. Mais ne voient-ils donc pas qu’ils ouvrent en vérité une boîte de Pandore où instabilités, guerres et affaiblissement de l’Europe en général prendront de plus en plus les traits d’un immense chaos du type yougoslave ?

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

[1] « L’Allemagne et l’Europe des ethnies » par Pierre Hillard, Voltaire, 24 octobre 2002.

[2] Le Monde du 10 juin 2004. Article de Martine Silber

[3] Ibid.

[4] L’intégralité du plan Ibarretxe est disponible sur : www.nuevoestatutodeeuskadi.net/docs/estatuvasco_fr.pdf Voir aussi : Déclaration institutionnelle du président Ibarretxe (en particulier la composition du gouvernement de coalition basque. Deux partis sur trois, le PNV et Eusko Alkartasuna, sont membres des Verts/ALE) : www.nuevoestatutodeeuskadi.net/docs/declaracion25-10-2003_fr.pdf
La France avec le pays basque français est concernée par le plan Ibarretxe. Le préambule de ce plan stipule en particulier : « Le peuple basque ou Euskal Herria est un peuple avec une identité propre au sein de l’ensemble des peuples d’Europe, dépositaire d’un patrimoine historique, social et culturel singulier, qui s’étend géographiquement sur sept Territoires actuellement articulés en trois domaines juridiques et politiques différents et qui se répartissent sur deux Etats (ndlr : souligné par nous) (…). L’exercice du droit du peuple basque à décider de son propre avenir se matérialise depuis le respect au droit des citoyens des différents espaces juridiques et politiques dans lesquels ce droit s’articule actuellement à être consultés pour décider de leur propre avenir. C’est-à-dire en respectant la décision des citoyens de l’actuelle Communauté Autonome basque, la décision des citoyens de la Communauté de Navarre, ainsi que celle des citoyens des territoires basques du Pays basque français – Iparralde – : le Labour, la Basse Navarre et la Soule.

[5] www.greens-efa.org/fr/press/…

[6] www.greens-efa.org/fr/press/…

[7] www.greens-efa.org/pdf/docum…

[8] « Grüne schaffen in Rom gemeinsame europäische Partei » par Paul Badde, Die Welt, 21 février 2004.

[9] « Unter deutscher Führung : die Grünen des Kontinents » par Konral Schuller, Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung du 22 février 2004.

[10] Voir notre ouvrage Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions, éditions François-Xavier de Guibert, pp. 149, 155, 183 et 184.

[11] Membres des Verts/Alliance Libre Européenne en 2004 : Bloque Nacionalista Galego (BNG), Chunta Aragonesista, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), Eusko Alkartasuna (EA), Fryske Nasjonale Partij, Liberta Emiliana-Nazione Emilia, Liga Fronte Veneto, Ligue savoisienne (qui a participé au congrès de l’UFCE à Haderslev en 1999), Lithuanian Polish People’s Party, Mebbyon Kernow, Mouvement Région Savoie, Partei der Deutschsprachigen Belgier, Partido Andalucista, Parti Occitan, Partito Sardo d’Azione, Partitu di a Nazione Corsa, Plaid Cymru (Party of Wales), Rainbow-Vinozhito, Scottish National Party (SNP), Silesian Autonomy Movement, Slovenska Skupnost Spirit, Union démocratique bretonne, Union du Peuple alsacien, Union für Südtirol, Union Valdôtaine, Unitat Catalana.
Observateurs : Hungarian Federalist Party, Moravian Democratic Party, Partido Nacionalista Vasco, Parti Socialista de Mallorca i Menorca-Entesa Nacionalista, Transilvanian Party.

[12] Voir notre ouvrage Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions, p. 242.

[13] On peut constater que ces trois ensembles correspondent aux frontières de la grande Hongrie durant la seconde guerre mondiale.

[14] Diplomatie Magazine, mars-avril 2003 – n°2, p. 61.

[15] www.raslaska.org/ras/pol/ind…

[16] www.fuen.org/pages/deutsch/d…, Pressemitteilung 2004 – 29.

[17] www.fuen.org/pages/deutsch/d…, Präsidium, liste de l’équipe dirigeante de l’UFCE en 2004.

[18] Ibid., Ordentliche Mitglieder et www.florina.org

[19] www.fuen.org/pages/deusch/d_…, Pressemitteilung 2004 – 31 : Kongress des European Free Alliance – Rainbow party, Konferenz am 30. Mai 2004 in Thessaloniki/Solun, FUEN (ndlr : UFCE) wird von Bela Tonkovic vertreten.

[20] www.fuen.org/pdfs/19980524Do…

[21] www.plaidcymru.org/press0310…

[22] www.fuen.org/pdfs/20030908DO…

[23] www.ecmi.de/doc/about_staff.html

[24] Statutes of the Foundation « European Centre for Minorities Issues », Flensburg, Editions ECMI, 29 janvier 1998, p. 9.

[25] www.ecmi.de/doc/about_staff.html

[26] www.fuen.org/pages/deutsch/d…, Pressemitteilung 2004 – 17.

[27] www.eurac.edu/Org/Minorities…, liste des signataires à la fin de la Déclaration de Bozen.

[28] www.eurac.edu/About/history_…

[29] www.eurac.edu/Org/Minorities… On peut y lire le curriculum vitae des participants dont ceux de Rainer Hoffmann et de Marc Weller.

[30] www.welcomeurope.com/news_in…

[31] www.fuen.org/pdfs/20030908DO…. On trouve parmi les participants au Congrès de l’UFCE en 2003 : Bruno Hosp (membre actif au sein de l’Assemblée des Régions d’Europe, ARE), Ulrich Bohner (membre dirigeant du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe, CPLRE), mais aussi John Packer (OSCE), Gabriel von Toggenburg (EURAC) ou encore Jochen Welt, haut fonctionnaire au sein du gouvernement allemand chargé de l’intégration en Allemagne des réfugiés germaniques originaires d’Europe centrale et orientale ainsi que de la conservation des minorités allemandes dans tout l’est européen.

[32] Europa Ethnica, éditions Braumüller, prologue. Dans la liste des éditeurs de cette revue, nous trouvons aussi Rainer Hoffmann dont le rôle au sein des instances européennes est incontournable.

[33] Voir notre ouvrage Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions, p. 188

[34] www.eurac.edu/Org/Minorities… (avec liste des contributions).

[35] www.ecmi.de/doc/about_board.html Il faut souligner aussi la présence au sein de l’ECMI du haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur allemand, Detlev Rein, agent de liaison avec l’UFCE. Voir note de bas de page numéro 16.

[36] www.auswaertiges-amt.de/www/… Le comité consultatif en charge de vérifier la bonne application de la convention-cadre pour la protection des minorités a été remanié. Depuis juin 2004, Rainer Hoffmann n’est plus président.

[37] « George Soros, spéculateur et philantrope », Voltaire, 15 janvier 2004.

[38] www.eurac.edu/Org/Minorities…

[39] www.coe.int, rubrique Droits de l’homme, section minorités nationales.

[40] « La Fondation Carnegie pour la paix internationale », Voltaire, 25 août 2004.

[41] « LafondationFord,paravent philantropique de la CIA » et « Pourquoi la Fondation Ford subventionne la contestation »par Paul Labarique, Voltaire, 5 et 19 avril 2004.

[42] www.per-usa.org/brochure.htm

[43] www.greens-efa.org/pdf/docum…, p. 6.

[44] www.greens-efa.org/pdf/docum…, p. 12.

————————————————————————————————————————————————

L’alliance Allemagne – USA

 

La diplomatie allemande est aussi hésitante face aux États-Unis que son homologue française. S’appuyant sur Joschka Fischer pour faire exploser le couple franco-allemand, Henry Kissinger a renoué les liens transatlantiques. Gerhard Schröder et George W. Bush ont signé, le 27 février, une « alliance pour le 21ème siècle ». Washington manœuvre Berlin pour piloter la construction européenne dans son intérêt propre. En quête de pétrole, l’Allemagne pourrait aussi être utilisée pour tisser de nouveaux contacts dans le Golfe arabo-persique et faire concurrence à la politique arabe de la France.

JPEG - 22.2 ko

 

L’année 2004 devrait être un fantastique accélérateur du renforcement du partenariat transatlantique. À l’issue de la rencontre du chancelier Schröder et du président Bush à la Maison-Blanche, le 27 février, un pacte a été rendu public : L’Alliance germano-américaine pour le 21è siècle [1]. La presse française n’a pas relaté cet événement majeur qui peut-être interprété comme une trahison du prétendu couple franco-allemand. Au contraire, les médias allemands et anglo-saxons ont abondamment discuté de cette nouvelle alliance et de ses implications. Elle annonce non seulement une refonte complète des relations transatlantiques entre l’Allemagne, élément moteur de la construction européenne, et les États-Unis, mais aussi une répartition des ambitions et des moyens entre ces deux mondes sur une zone géographique allant de l’Atlas jusqu’au Golfe persique. C’est pourquoi, nous verrons dans un premier temps les origines et les implications de ce partenariat transatlantique renouvelé pour, ensuite, aborder le lancement officiel de cette politique lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union européenne (UE) et des États-Unis à l’occasion de la 40è conférence de Munich sur la politique de sécurité en février 2004. Enfin, nous aborderons les principales directives de l’Alliance germano-américaine et ses conséquences pour l’Afrique du Nord, le Proche et le Moyen-Orient, politique désignée sous le terme de « Grand Moyen-Orient ».

USA-UE : recommandations stratégiques pour une nouvelle alliance globale

C’est sous ce titre qu’un think tank germanique travaillant en étroite liaison avec le gouvernement allemand, la Fondation Bertelsmann, a réuni le 18 juillet 2003 de nombreux participants allemands et internationaux en liaison avec le Centre de recherche de politique appliquée (Centrum für Angewandte Politikforschung – CAP) dirigé par Werner Weidenfeld, ancien coordinateur des relations germano-américaines au ministère fédéral des Affaires étrangères. D’éminentes personnalités participaient aux débats : Walter Stützle (secrétaire d’État au ministère de la Défense), John Hamre (président du Center for Strategic and International Studies – CSIS), Caio Koch-Weser (secrétaire d’État allemand au ministère des finances), Fred Bergsten (Institute for International Economics), Wilhelm Schönfelder (ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès de l’Union européenne), Paul Achleitner (président de l’Allianz AG), Jim Steinberg (Brooking Institution), Andrei Illarionov (conseiller pour les affaires d’économie et de politique extérieure du président Poutine) et le tout récent président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet. De ces travaux, il a résulté qu’un profond renouvellement du partenariat transatlantique devait voir le jour. Comme l’indique la conclusion : « Le Symposium transatlantique de la Fondation Bertelsmann exclut tout retour au statu quo ante. En raison des défis globaux, il n’y a pas d’autre alternative qu’une alliance transatlantique. Le diagnostic est posé et la thérapie doit commencer. Qui veut positivement changer le monde, doit utiliser le potentiel transatlantique. Le partenariat transatlantique reste la force décisive qui façonne la politique mondiale ».

Werner Weidenfeld, qui est aussi membre d’honneur de la Fondation Bertelsmann, a tenu à préciser que « Nous ne pouvons pas nous permettre une érosion continue de ce partenariat si nécessaire. Une rupture civilisationnelle avec l’Amérique aurait des conséquences catastrophiques dans les domaines politiques, sécuritaires et économiques ».

Ces propos au sein des think tanks irriguent en aval les politiques allemande et états-unienne comme c’est le cas du discours de Joschka Fischer à l’université de Princeton, le 19 novembre 2003. Le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne a exposé sa vision des relations euro-états-uniennes résumé par une formule lapidaire : « Nous sommes dans le même bateau ». Pour Joschka Fischer, les États-Unis et l’Europe doivent développer à partir de principes communs une « globalisation positive » conduisant à l’élaboration d’une forme politique internationale permettant de régler les rapports entre les États. Ce « nouvel ordonnancement mondial », selon sa propre expression, concerne aussi bien le commerce mondial, les réponses à apporter face aux changements climatiques, le développement du droit international et des institutions qui l’accompagnent, en particulier une ONU et une OTAN rénovées pour affronter les nouveaux défis du XXIè siècle. Tout en rappelant la nécessité de renforcer le pilier militaire européen (avec la création d’un état-major et d’une agence européenne d’armement), il s’ensuit pour le ministre allemand que « Les États-Unis sont une puissance mondiale. L’Union européenne est en revanche une puissance en devenir (…). Il ne peut y avoir de rapports transatlantiques stables que si les deux piliers du pont reliant l’Atlantique Nord sont approximativement équilibrés (…). Ce que nous voulons, c’est la complémentarité, pas la concurrence ».

Ces propos de Joschka Fischer concernant le nouveau réglage du partenariat transatlantique ont été résumés par une formule courte de Karsten D. Voigt, actuel coordinateur des relations germano-états-uniennes au ministère des Affaires étrangères allemand : « Le nouvel atlantisme » [2].

Cependant, l’échec temporaire du projet de constitution de Valéry Giscard d’Estaing en décembre 2003 a conduit les autorités politiques allemandes à organiser à Berlin les 9 et 10 janvier 2004 un grand colloque sous l’égide du chancelier Schröder, de Joschka Fischer et du président irlandais du Conseil de l’Union européenne Bertie Ahern afin de relancer le processus d’unité européenne en liaison avec les États-Unis [3]. La Fondation Bertelsmann et le ministère des Affaires étrangères allemand ont été les grands organisateurs de ces débats où 29 États étaient représentés : la Turquie, la Russie, les États-Unis, la Suisse, l’Ukraine, Israël, la Croatie, la Serbie-Monténégro, la Roumanie et le Kosovo (déjà reconnu comme État !). Parmi les intervenants, on peut citer : le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président monténégrin Milo Kjukanovic, le président roumain Adrian Nastase, la présidente lettone Vaira Vike-Freiberga, le président croate Ivo Sanader, le commissaire européen à l’élargissement Günther Verheugen, le ministre de la défense de la République fédérale d’Allemagne Peter Struck, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, le ministre des Affaires étrangères espagnol Ana Palacia Vallelersundi, le président slovène Janez Drnovsek, le président finlandais Paavo Lipponen, le ministre polonais des Affaires étrangères Danuta Hübner, le président du parti russe Yabloko Grigori Javlinskij, l’ancien ministre des Affaires étrangères états-unien Henri Kissinger ainsi que Wolfgang Schäuble, représentant l’opposition politique allemande (CDU/CSU).

Au cours de ces entretiens, un document élaboré à la fois par la Fondation Bertelsmann et le CAP a servi à éclaircir les ambitions poursuivies par les différents protagonistes. Intitulé Les alternatives de l’Europe, devoirs et perspectives d’une Grande Union européenne [4], il rappelle tout l’historique de la construction européenne. Mais il présente aussi les dernières mesures à régler afin de permettre la naissance d’un véritable État européen : la personnalité juridique [5] la personnalisation de l’équipe gouvernementale européenne (rôles et actions du président du Conseil européen, du président de la Commission et du ministère des Affaires étrangères), l’instauration d’un bicaméralisme européen, le renforcement du rôle politique des partis au Parlement européen, enfin les ambitions et l’activation d’une véritable politique étrangère et de défense de l’UE.

JPEG - 27.3 ko
Prof. Dr. Werner Weidenfeld et Henry Kissinger

Ce dernier point est particulièrement travaillé dans le rapport de la Fondation Bertelsmann et du CAP. En effet, l’instauration d’une véritable politique étrangère européenne détermine ses relations avec les États-Unis, mais aussi avec tous les pays du Sud de la Méditerranée. Il est effectivement rappelé que « L’Union européenne (UE) a l’intention de lier étroitement les États de l’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord qui se trouvent à son voisinage direct. Le concept de grande Europe prévoit de larges avancées depuis le secteur économique, jusqu’à la libre circulation des biens, des services, du capital et des personnes. L’Ukraine et la République moldave ont déjà orienté leurs politiques étrangères en s’associant à l’UE (…). L’espace que représente l’Europe intégrée ne sera pas sur le long terme fermé car, à côté de l’Ukraine, la République moldave nourrit de fortes ambitions d’adhésion qui pourraient s’ajouter à celles de la Biélorussie après un changement de régime. Dans un tout autre cadre, un rapprochement d’Israël vers l’Europe n’est pas à exclure. Il existe déjà à l’égard de ces États voisins des relations de partenariat et contractuelles » [6].

Pour les rédacteurs de ce texte, il s’agit d’établir une vaste zone de coopération et de modernisation entre l’UE en extension et l’ensemble des pays du pourtour sud méditerranéen dont la pauvreté, la démographie vigoureuse et l’instabilité institutionnelle représentent un facteur de déstabilisation général. Il est souligné que « L’Union européenne et les futurs États voisins doivent élaborer une coopération fonctionnelle définie selon un mécanisme centralisé, le tout dans le cadre d’une politique de voisinage. Les secteurs de l’économie, de l’énergie, des transports, du développement des infrastructures, des télécommunications et de l’éducation entrent particulièrement dans ce cadre. Aussi, sans la perspective d’une appartenance immédiate, on peut de cette façon établir un vaste réseau de coopération qui s’étend à une zone de libre-échange concernant l’ensemble de l’Europe » [7].

La réalisation de ce vaste projet répond à un « nouvel ordonnancement global du monde » car « L’Union européenne est confrontée à de nombreux risques (ndlr : terrorisme international, guerres asymétriques, armes de destruction massive) concernant sa sécurité et sa stabilité dans son voisinage proche et lointain que cela soit dans le Caucase, au Proche et au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (…). C’est pourquoi, les Européens doivent mettre sur pied une solide politique commune extérieure de défense et de sécurité (…). Pour l’Europe, élaborant des structures de défense commune, des conséquences énormes se feront jour dans les structures de sécurité transatlantiques afin de pouvoir poursuivre sur une base de valeurs identiques des buts communs. Ainsi, l’Europe sera dans le cadre des relations transatlantiques considérées comme un partenaire de plein droit et estimée à sa juste valeur (…). Pour l’Europe, le lien vers l’Amérique reste le noyau du nouvel ordonnancement mondial » [8].

Pour la réalisation de ces projets, les dirigeants du CAP ont élaboré cinq scénari possibles qui, dans les domaines de l’État de droit, de la dynamique, de l’organisation, de l’élargissement et des conséquences extérieures, concernent l’évolution de l’UE [9]. Ils se déclinent de l’échec le plus complet à la réussite la plus totale sont : 1) Titanic, 2) Noyau européen, 3) Méthode Monnet, 4) Sphère d’influence et 5) Super puissance. Au sujet du dernier point, notons que si l’Union européenne arrive à atteindre le cap de « super puissance », ses promoteurs envisagent son extension sur la rive sud de la Méditerranée. Il est précisé qu’« Après avoir ouvert la voie à la Turquie menant celle-ci à l’Union européenne, il n’est refusé à la fin à aucun État européen la possibilité de devenir membre de l’Union européenne. Mêmes les États non-européens comme Israël ou le Maroc font pression afin de devenir membre de l’UE » [10].

Le tableau joint présente les différents types d’évolution de la construction européenne.

Mais les évolutions de la construction européenne ne sont pas tout. Elles ne constituent qu’une étape et qu’un secteur des projets mondialistes. L’importance donnée à l’Afrique du Nord et au Proche/Moyen-Orient dans le partenariat transatlantique s’inscrit dans une vaste politique dont les objectifs suprêmes aboutissent à la gouvernance mondiale. Ceci passe obligatoirement par un remodelage profond (politique, économique, …) du monde islamique et le point de passage s’appelle la Turquie. Dans son intervention au colloque de la Fondation Bertelsmann, Joschka Fischer l’a rappelé d’une manière très nette : « Permettez-moi de vous décrire une perspective d’avenir : peut-être la Turquie parviendra-t-elle à évoluer, conformément aux critères de Copenhague, en un État européen à population majoritairement musulmane, dans lequel les Droits de l’homme de la majorité et des minorités seront respectés et où s’appliqueront les principes démocratiques et d’État de droit. Ceci aurait une influence non négligeable sur la stabilité de toute la région et sur les perspectives de réformes du monde islamique, en particulier chez nos voisins du Proche-Orient. Cette Turquie démocratique donnerait clairement le signal qu’une orientation islamique et une société moderne et éclairée ne sont pas nécessairement incompatibles dans un État. ».

JPEG - 25.2 ko
Joschka Fischer, Prof. Dr. Werner Weidenfeld et Bertie Ahern
Forum Bertelsmann 2004.

Ces propos révélateurs soulignent les efforts que l’Allemagne déploie, en liaison avec les États-Unis, pour favoriser l’intégration de la Sublime Porte dans l’UE. En dehors du discours de Bertie Ahern, dont la teneur essentielle n’a été que d’appeler de ses vœux la réussite du projet de constitution de Valéry Giscard d’Estaing ainsi que le renforcement du lien transatlantique, il n’a pas été possible d’obtenir les textes et propos tenus par les nombreux intervenants. En effet, les différentes interventions étaient placées sous le signe de la Chatham House Rule ; c’est-à-dire que tout ce qui y a été dit est resté dans le cadre de la confidentialité.

Le plan Fischer annonciateur de l’Alliance germano-américaine

Une brusque accélération s’est faite sentir le 7 février 2004 avec la réunion de la 40è Conférence de Munich sur la politique de sécurité sous l’égide de l’OTAN. Le discours de Joschka Fischer est un véritable programme politique qui, de concert avec les États-Unis, se retrouve dans l’Alliance germano-américaine pour le 21è siècle du 27 février 2004, texte que nous aborderons un peu plus loin. Il est nécessaire d’étudier les directives énoncées par le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne. Elles sont la clef qui permettent de mieux saisir le lancement d’un immense projet en ce début de XXIè siècle. Comme le souligne J. Fischer : « La menace commune que représente le terrorisme du djihad et la déstabilisation possible d’une région qui revêt une importance stratégique pour notre sécurité, nos intérêts communs et le fait de multiplier nos possibilités en collaborant étroitement, voilà autant d’arguments qui doivent amener les États-Unis et l’Europe à tirer aujourd’hui les justes conséquences de leurs divergences à propos de la guerre en Iraq et à élaborer, de concert avec nos partenaires dans la région, une perspective et une stratégie pour le Proche-Orient élargi, je dis bien une « stratégie commune », et non une approche « boîte à outils » »

Tout en affirmant que l’Allemagne ne s’opposerait pas à l’envoi de l’OTAN en Irak mais en rappelant son « profond scepticisme » sur l’utilité d’une telle action, le ministre des Affaires étrangères allemand a présenté son plan comme suit : « Une initiative en deux temps s’offre à nous, puisque tant l’OTAN que l’Union européenne disposent déjà de coopérations dans la région méditerranéenne. Une première étape consisterait donc à lancer un processus méditerranéen commun de l’OTAN et de l’Union européenne. Une deuxième étape pourrait être ensuite une « déclaration pour un avenir commun », qui porte sur toute la région du Proche et du Moyen-Orient ».

JPEG - 8.8 ko
Joschka Fischer

Avant de se lancer sur les différents points présentés par Fischer, nous devons rappeler l’existence et le rôle du Processus de Barcelone [11] Suite à une Conférence euro-méditerranéenne des ministres des Affaires étrangères tenue à Barcelone les 27 et 28 novembre 1995, il a été décidé de lancer un partenariat entre les quinze États de l’UE et douze partenaires de la rive sud de la Méditerranée, c’est-à-dire : l’Algérie, l’Autorité palestienne, Chypre, l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban, Malte, le Maroc, la Syrie, la Tunisie et la Turquie. Tout cela autour de trois grands objectifs :
1) la définition d’un espace commun de paix et de stabilité (volet politique et de sécurité) ;
2) la construction d’une zone de prospérité partagée avec l’instauration progressive d’une zone de libre-échange (volet économique et financier) ;
3) le rapprochement entre les peuples (volet social, culturel et humain).
C’est ce projet qui entre dans la composition du plan Fischer, mais d’une manière encore plus élargie. Comme le précise d’ailleurs le ministre allemand : « Que la Méditerranée soit au XXIe siècle une zone de coopération ou d’affrontement revêtira pour notre sécurité commune une importance stratégique. Le dialogue que mène l’OTAN avec les pays méditerranéens, ainsi que le processus de Barcelone de l’Union européenne pourraient se renforcer et se compléter mutuellement grâce à une étroite concertation des travaux en vue de leur regroupement dans le cadre d’un nouveau processus méditerranéen UE-OTAN. Il ne s’agit pas de faire fusionner le processus de Barcelone de l’Union européenne et le dialogue méditerranéen de l’OTAN, mais de faire en sorte qu’ils se complètent sur la base de leurs atouts spécifiques. Le nouveau processus méditerranéen UE-OTAN devrait associer tous les participants du dialogue méditerranéen de l’OTAN, c’est-à-dire, outre les membres de l’OTAN et de l’UE, les pays du Maghreb, soit l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie, ainsi que l’Égypte, la Jordanie et Israël. Viendraient s’y ajouter tous les participants du processus de Barcelone, c’est-à-dire les pays que je viens de mentionner plus les territoires palestiniens, la Syrie et le Liban ».

À partir des directives générales énoncées ci-dessus, la coopération doit se concentrer sur quatre aspects prioritaires. Premièrement, il s’agit de développer une coopération politique et un partenariat sécuritaire étroits et accompagnés « de réformes engagées par les pays de la région, et ce dans tous les domaines de la politique, des institutions, de la démocratie et du droit ». Deuxièmement, un nouveau partenariat économique autour de la Méditerranée doit voir le jour. Comme le rappelle J. Fischer : « Pourquoi, dans ces conditions, ne pas poursuivre résolument l’ambitieux objectif qui consisterait à créer ensemble d’ici à 2010 une zone de libre-échange couvrant l’ensemble du bassin méditerranéen ? ». Troisièmement, le développement en matière judiciaire et culturelle doit englober la mise en place d’institutions démocratiques ainsi que des médias libres. Enfin, la quatrième mesure vise à « renforcer et à associer les sociétés civiles ainsi que tout le secteur des ONG ».

Ces mesures ne peuvent être complètes que par l’intermédiaire d’une deuxième phase intitulée Déclaration pour un avenir commun car comme le précise J. Fischer : « Elle ne devrait pas s’adresser uniquement aux participants du processus méditerranéen UE-OTAN mais, outre ces pays, aux autres États membres de la Ligue arabe. Il serait bon d’envisager aussi la participation de l’Iran ».

Cette déclaration s’engagerait à respecter trois points. D’abord, les États signataires, tout en proclamant leur attachement à la paix, à la démocratie, à la coopération économique et à un système de sécurité basé sur la coopération, s’engageraient à lutter contre le terrorisme et le totalitarisme (ndlr : ces deux concepts ne sont pas clairement définis, mais terrorisme et totalitarisme sont les expressions consacrées pour désigner l’islamisme et le communisme) . Ensuite, ces États reconnaîtraient qu’ils n’existent pas d’autres alternatives que les mesures concernant les réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux défis du XXIè siècle afin de favoriser « l’intégration de leurs économies » (ndlr : c’est-à-dire la globalisation). Enfin, les dirigeants de ces États s’engageraient à « donner libre accès au savoir et à l’éducation à tous, hommes et femmes ».

Ce programme que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire conduit Joschka Fischer à dire en guise de conclusion que : « Ces réflexions sur une nouvelle initiative transatlantique reposent sur la conviction que la modernisation du Proche-Orient élargi sera décisive pour notre sécurité commune au XXIè siècle. Faire participer les populations du Proche et du Moyen-Orient aux conquêtes de la mondialisation est donc dans notre plus grand intérêt. Le 1er mai 2004, l’Union européenne accueillera dix nouveaux membres, mettant ainsi définitivement un terme à la partition de l’Europe. L’Europe est en voie d’unification. Certes, cela ne se fait pas sans conflit ni querelle, mais l’Europe se construit, je n’en ai pas le moindre doute. Les expériences que nous avons faites depuis cette journée effroyable du 11 septembre 2001 devraient bien nous avoir fait prendre conscience des deux côtés de l’Atlantique que, compte tenu des défis phénoménaux qui nous attendent, le partenariat transatlantique est indispensable au XXIè siècle. Si, face à la menace commune, les pays d’Europe et d’Amérique du Nord réunis au sein de l’Union européenne et de l’OTAN collaborent au plan stratégique en tant que partenaires, et si, aux côtés des pays du Proche et du Moyen-Orient, ils apportent leurs talents et atouts spécifiques dans une nouvelle coopération, nous pouvons, nous, fournir cette contribution essentielle à notre sécurité à tous. Mais si nous nousy refusons ou y renonçons par manque de sagesse, par étroitesse d’esprit ou tout simplement par pusillanimité, alors il nous faudra tous payer le prix fort ».

JPEG - 36.8 ko
Werner Weidenfeld et Abdulaziz Sager
Werner Weidenfeld et Abdulaziz Sager

L’évocation par le ministre des Affaires étrangères allemand d’une coopération avec les pays du Proche et du Moyen-Orient s’appuie en particulier sur les travaux élaborés au sein des « Discussions de Kronberg » sous l’égide de la Fondation Bertelsmann et du CAP. Il s’agit, [12] de créer un système de coopération et de sécurité pour la région du Golfe (Gulf Conference for Security and Co-operation, GCSC) au sein duquel l’Irak, l’Iran, le Yémen et les États du GCC (Gulf Cooperation Council créé en 1981, c’est-à-dire : l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Quatar et Oman) s’associeraient à l’Union européenne, aux États-Unis, à la Russie et à l’ONU [13]. Par ailleurs, il faut aussi préciser que les États du GCC ont mis en place une zone de libre-échange qu’ils souhaiteraient voir se transformer en union monétaire pour 2010 selon le modèle européen. Cette perspective d’avenir est en particulier piloté sous l’égide du GRC (Gulf Research Center créé en juillet 2000 et dont le siège est à Dubaï aux Émirats Arabes Unis) sous la direction d’Abdulaziz O. Sager, homme d’affaires saoudien. Le CAP et le GRC, tout en renforçant leur coopération, ont décidé l’élaboration d’un projet permettant de former des diplomates [14]. Enfin, le but affiché est de lancer une zone commune de libre-échange entre l’Europe et le GCC favorisant les développements économiques et financiers. Les projets de coopération du GRC (politique, économique, énergétique, éducatif, …) sont particulièrement ciblés puisqu’ils se répartissent entre les États-Unis, l’Union européenne et l’Allemagne [15]. Dans le cas allemand, une véritable politique est lancée puisque à partir des « discussions de Kronberg », Werner Weidenfeld, président du très influent CAP [16] a présenté au siège du GRC un programme très complet de renforcement tous azimuts car, selon lui, « Les États du GCC sont d’une énorme importance stratégique pour l’Union européenne. Leur importance est même amenée à se développer au cours du 21è siècle » [17]

L’Alliance germano-américainedu27février2004

Lerappeldes différentes évolutions de la construction européenne et des réunions entre l’UE, lesÉtats-Unisetlespays du sudméditerranéen ainsi que les propos deleurs acteurs expliquent l’arrière-fondd’unepolitiquede très grande ampleur qui a abouti à cette« Alliance germano-américaine pour le 21è siècle » lors de la rencontre du chancelier Schröder et du président Bush.

JPEG - 7.8 ko
MM. Bush et Schröder
Maison-Blanche, 27 février 2004.

Relatant cette visite, l’International Herald Tribune [18] a souligné que « Le moteur de ce changement est l’intérêt mutuel. Le chancelier veut stopper la brouille dans les relations avec les États-Unis, brouille qui au-delà de l’Amérique compromet le rôle de l’Allemagne au sein de l’Union européenne et diminue profondément son influence en Europe de l’Est. De son côté, le président des États-Unis cherche une aide en Irak et en Afghanistan et plus généralement pour l’élaboration d’un plan à long terme apportant plus de stabilité à ce que les deux hommes appellent désormais le Grand Moyen-Orient ». En résumé, chacun se tient par la barbichette.

Après un discours prononcé au Council on Foreign Relations de Chicago [19] où Gerhard Schröder s’est fait le chantre de la globalisation -« Nous devons convaincre les hommes qu’une économie globale et un commerce mondial libre offrent les meilleures chances de développement pour nous tous »- , le chancelier a finalisé les derniers points permettant la mise en forme de cette Alliance. Elle a pris forme en particulier grâce aux soins de la conseillère du président américain, Condoleezza Rice, et du conseiller du chancelier, Bernd Mützelburg [20]. En dehors des sujets abordés comme la baisse du dollar face à l’euro, le droit à l’existence de deux États israélien et palestinien ou la remise des dettes irakiennes par l’Allemagne, la réunion des deux hommes s’est conclue sur cette Alliance qui rappelle que « Dans cet esprit, nous nous engageons à ce que nos peuples poursuivent cet objectif ambitieux qui est enraciné par nos valeurs communes et nos expériences réciproques : la promotion de la paix, de la démocratie, de la dignité de l’homme, de l’État de droit, des perspectives économiques et de la sécurité au Proche et Moyen-Orient (…). Nous devons construire un véritable partenariat qui relie l’Europe et l’Amérique aux Etats du Proche et Moyen-Orient afin de travailler ensemble avec les pays et les peuples de cette région (…). Ensemble avec nos amis et alliés en Europe et au Proche et Moyen-Orient, nous accorderons étroitement nos efforts (…). Nous sommes décidés à renforcer nos relations économiques par l’amélioration du commerce et des investissements entre l’Union européenne et les États-Unis (…). Nous renforçons notre attachement à l’égard de l’OTAN comme point d’ancrage de notre défense commune et comme forum incontournable des consultations transatlantiques. Nous soutenons le processus en cours d’intégration européenne et soulignons qu’il est important que l’Europe et l’Amérique travaillent ensemble comme partenaires au sein d’une communauté de valeurs. Nous saluons l’élargissement historique aussi bien de l’OTAN que de l’Union européenne en ce printemps, élargissement qui nous rapproche encore plus du but qui est de mettre fin définitivement à des dizaines d’années de séparation. Avec un agenda pour une action commune, l’Alliance germano-américaine se révélera tout aussi importante au XXIè siècle pour la promotion de la paix, de la sécurité et du bien-être comme cela avait été déjà le cas dans la deuxième moitié du XXè siècle » [21]

Derrière cette déclaration, c’est un véritable marchandage qui s’est déroulé afin de déterminer qui fait quoi et combien cela rapporte au sein d’un monde que l’on veut unifier. Renforcement du partenariat transatlantique en liaison avec l’unification européenne, ancrage du Proche et Moyen-Orient à ce partenariat (Grand Moyen-Orient), contrôle et distribution des énergies, des moyens de communications (routes, voies ferrées, aériennes…), formatage des esprits aux normes occidentales pour les populations musulmanes -mais il serait étonnant que le matérialisme outrancier et vidé de toute spiritualité plaise à ces populations- libre-échange couvrant l’ensemble du bassin méditerranéen etc, ce XXIè siècle s’ouvre sous les auspices d’un condominium germano-américain. Il rappelle étrangement les tentatives avortées à la veille de la Première Guerre mondiale. La thalassocratie anglo-saxonne maîtresse des mers et le IIè Reich de Guillaume II étendant son influence sur l’Empire ottoman jusqu’aux zones pétrolifères autour de Bagdad (la fameuse voie ferrée Bagdad-Bahn) n’avaient pas réussi à s’entendre sur l’Arbeitsteilung (division, répartition du travail), mot essentiel caractérisant les relations de ces deux tribus germaniques et qui devrait entrer dans le langue française au même titre déjà que celui de Realpolitik. En tout cas, l’émergence de cet axe germano-américain reste conditionné aux difficultés du terrain qui sont multiples : profonde opposition des masses musulmanes aux principes politiques et philosophiques occidentaux, inimitié violente israelo-arabe, excédents des décès sur les naissances en Europe conduisant immanquablement à des répercussions désastreuses sur les capacités économiques, militaires et politiques de l’Union européenne et donc sur l’axe Berlin/Washington, européanisation progressive des élites politiques, en particulier celles d’Europe centrale, pouvant conduire ces dernières à se détourner du lien privilégié avec les États-Unis au profit d’une vision plus continentale (voire un bloc eurasiatique échappant à l’emprise américaine) dont l’Allemagne et la Russie seraient les grands bénéficiaires mais aussi les rivaux ; enfin, une Russie aux problèmes multiples et au profil politique si particulier aux portes de l’UE qui constitue une réelle menace pour l’Europe.

À l’instar d’une explosion en chaîne, les conséquences immédiates de cette Alliance germano-américaine sont apparues dès le 28 février dans un entretien accordé au Berliner Zeitung par Joschka Fischer. Ce dernier, sachant que le projet politique européen était en quelque sorte balisé en accord avec Washington, a rejeté le projet d’une « petite Europe », principe défendu par la diplomatie française. Comme l’affirme avec netteté le ministre des Affaires étrangères allemand : « Nous avons une nouvelle mission qui va marquer ce siècle : nous devons doter la mondialisation d’une conception politique (ndlr : souligné par nous). Maîtriser, voire résoudre les conflits asymétriques n’est possible que lorsqu’on peut agir dans les dimensions continentales. La Russie, la Chine, l’Inde et bien entendu les États-Unis possèdent la taille nécessaire. Pour nous Européens se pose la question de savoir si nous pouvons nous rapprocher suffisamment pour faire valoir notre poids. C’est sous cet aspect que l’on doit considérer également la discussion sur la Turquie. Les visions d’une petite Europe sont tout simplement dépassées. Elles ne permettent pas à notre continent de satisfaire à la dimension stratégique. Or, celle-ci est incontournable (…). A l’heure actuelle, je modifierais certaines parties du discours Humboldt (ndlr : Discours de Fischer le 12 mai 2000 prônant l’idée d’une petite Europe, sorte de noyau dur). Je suis certes plus que jamais convaincu que l’Europe a besoin de plus d’intégration ainsi que d’institutions plus fortes. Mais je ne partage plus les visions d’une petite Europe. Le concept d’une avant-garde européenne peut être utile par moments et sous certaines circonstances. Mais uniquement dans le cadre solidement ancré de la constitution européenne ». Désormais, le seul idéal qui vaille pour lui, c’est une grande Europe unifiée sous l’égide d’une constitution obéissant à la règle de la double majorité.

Conclusion

Comme on peut le constater, cette « Alliance germano-américaine pour le 21è siècle » est d’une portée considérable (politique, économique, énergétique, …) pour les Américains, les nations européennes et pour tous les habitants de l’Atlas jusqu’au Golfe persique. Force est de reconnaître que les principes politiques et philosophiques euro-atlantistes ont pour objectif suprême de « démusulmaniser » les esprits du sud méditerranéen (à l’exception bien entendu d’Israël). Les actes terroristes imputés à Al Qaida, en dehors de leurs aspects tragiques avec leurs lots de victimes innocentes, favorisent grandement ce processus d’unité européenne, ce renforcement du partenariat transatlantique et cette volonté d’étendre une certaine way of life à l’ensemble du monde. C’est la version soft du « clash des civilisations ».

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

[1] Voir sur le site de la Maison-Blanche The German-American Alliance for the 21st Century Joint Statement by President George W. Bush and Chancellor Gerhard Schroeder et sur celui de la Chancellerie fédérale Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert.

[2] « Suche nach neuem Atlantismus, Interview mit Karsten D. Voigt », Handelsblatt, 18 novembre 2003

[3] « Bundeskanzler Schröder und EU-Ratspräsident Ahern eröffnen am Freitag International Bertelsmann Forum in Berlin mit Vertretern aus 29 Staaten », Bertelsmann Stiftung, 5 janvier 2004

[4] Europas Alternativen, Aufgaben und Perspektiven der großen Europäischen Union, Vorlage zum International Bertelsmann Stiftung, Weltsaal des Auswärtigen Amtes, Berlin, 9-10 janvier 2004 (travail conjoint avec le CAP) Téléchargement.

[5] Ce principe de la personnalité juridique est présent dans le projet de constitution de Valéry Giscard d’Estaing : « L’Union est dotée de la personnalité juridique » (art. I-6). C’est un député allemand au Parlement européen qui a lancé le projet. Voir le Rapport d’Armin Laschet sur les relations entre l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies. Ce document a été adopté par le Parlement européen lors de la séance plénière du 29 janvier 2004 par 367 voix pour, 62 voix contre et 14 abstentions permettant ainsi l’émergence d’un État européen (si la constitution est adoptée) disposant d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU au détriment de la France et de la Grande-Bretagne.

[6] Europas Alternativen, Aufgaben und Perspektiven der großen Europäischen Union Téléchargement.

[7] Ibid., p. 10

[8] Ibid., p. 11 et suivantes

[9] Europas Zukunft, fünf EU-szenarien, Centrum für angewandte Politikforschung (CAP), 2003.

[10] Ibid., p. 12

[11] Cf. Processus de Barcelone.

[12] The Future of European Policies in the Middle East after the Iraq war Discussions Paper presented by the Bertelsmann Group for Policy Research, Center for Applied Policy Research, Munich, VIII. Kronberg Talks, 10-12 juillet 2003. Téléchargement

[13] Ibid., p. 15-16

[14] Lire Europa als Partner und Modell CAP, 9 mars 2004.

[15] Voir sur le site du GRC les rubriques « GCC relations with the USA », « GCC relations with the European Union », et « GCC relations vith Germany ».

[16] La diffusion des principes germano-américains en faveur du « Grand Moyen-Orient » se fait aussi, par exemple, par la présence de Werner Weidenfeld au sein du Conseil d’administration de l’Université marocaine Al Akhawayn d’Ifrane. Nous y trouvons aussi l’autonomiste Jordi Pujol, ancien président du gouvernement de Catalogne, fervent défenseur de l’Europe des régions. Ce principe d’Europe des régions est une histoire ancienne que les États-Unis approuvent. Déjà l’International Herald Tribune du 16 septembre 1974 présentait une carte où l’Europe occidentale éclatait en régions politiquement autonomes. Ce projet s’accélère aujourd’hui. Voir notre article L’éclatement du continent européen au service des États-Unis, Réseau Voltaire, 11 juillet 2003.

[17] The future of the enlarged European Union and its neighbourhood par Werner Weidenfeld, Gulf Research Center, 1er mars 2004, Téléchargement.

[18] « US-German reasons to reconcile » par John Vinocur, International Herald Tribune, 1er mars 2004.

[19] The Transatlantic Economic Relationship : A View from Germany Version anglaise, version allemande.

[20] Lire « Schmeicheleien im Oval Office », Der Spiegel, 27 février 2004.

[21] Das deutsch-amerikanisches Bündnis für das 21. Jahrhundert, op. cit.,

————————————————————————————————————————————————

L’éclatement du continent européen au service des États-Unis

 

La régionalisation de l’Europe pourrait être détournée de son sens initial à la faveur d’un déséquilibre des institutions. Elle serait alors un moyen de démembrer politiquement l’Europe, laissant ainsi le champ libre à la domination de l’Empire états-unien. Pierre Hillard analyse cette variante de la doctrine Wolfowitz : comment transformer le rêve d’unité européenne en un cauchemar de la yougoslavisation généralisée.

JPEG - 36.3 ko

 

Les modalités de la construction européenne dépendent de l’idée que l’on se fait de l’unité de l’Europe et de son rôle dans le monde. Après avoir piloté la création de l’Union pour stabiliser l’Europe occidentale et la soustraire à l’influence soviétique, les États-Unis encouragent aujourd’hui à la fois son élargissement géographique et sa dilution politique. L’Union pourrait alors absorber la Russie et broyer les États-membres en une myriade de régions pour se transformer en une vaste zone de libre-échange protégée par la puissance militaire états-unienne.

Contrairement à une idée répandue, il se trouve au sein même de l’Union de nombreuses forces pour promouvoir ce projet comme l’atteste la carte officielle que nous reproduisons.

Elle a été élaborée au sein de l’ARE (l’Assemblée des Régions d’Europe) en 2002. Créé en 1985 par les Français, les Espagnols et les Portugais, cet institut fut repris en 1987 par les Allemands qui lui insufflèrent des principes fédéralistes, régionalistes et ethnicistes, le tout en liaison avec les organismes européens comme le Comité des Régions (le CdR), le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe (le CPLRE) ou le Conseil des Communes et des Régions d’Europe (le CCRE). L’intérêt majeur de ce document est de révéler le sens caché de la forme actuelle de la régionalisation européenne. Celle-ci ne concerne pas que l’Union présente, mais est conçue pour s’étendre à toute l’Eurasie. Tous les États d’Europe centrale, les États baltes, l’Ukraine, la Russie -avec une frontière à l’Est qui s’étend vers la Sibérie- les États du Caucase et la Turquie sont déjà intégrés dans ce projet européen ou plutôt euro-atlantique. L’adhésion à l’Union ne serait plus le moyen de réaliser l’unité européenne, mais au contraire de démembrer le continent, assurant ainsi le triomphe pacifique de l’hyper puissance états-unienne selon le principe classique « diviser pour régner ». La régionalisation, présentée comme un moyen de rapprocher les citoyens des lieux de décisions, ne serait plus qu’un artifice pour prévenir l’émergence d’une Europe-puissance en application de la « doctrine Wolfowitz » [1]

Peu de temps avant de quitter la Maison-Blanche, le président Clinton a présenté la vision états-unienne de l’Europe dans un discours magnifiant le bloc transatlantique. Il soulignait aussi et d’une manière très nette que « (…) l’unité de l’Europe est en train d’engendrer quelque chose de véritablement neuf sous le soleil : des institutions communes plus vastes que l’État-nation parallèlement à la délégation de l’autorité démocratique aux échelons inférieurs. L’Écosse et le Pays de Galles ont leurs propres parlements. L’Irlande du Nord, dont ma famille tire son origine, a retrouvé son nouveau gouvernement. L’Europe est pleine de vie et résonne à nouveau des noms d’anciennes régions dont on reparle – la Catalogne, le Piémont, la Lombardie, la Silésie, la Transylvanie etc. – non pas au nom d’un quelconque séparatisme, mais dans un élan de saine fierté et de respect de la tradition. La souveraineté nationale est enrichie de voix régionales pleines de vie qui font de l’Europe un lieu garantissant mieux l’existence de la diversité (…) » [2]

La « sympathie » américaine à l’égard de cette forme de régionalisation s’explique par le transfert du pouvoir politique des États vers les régions. Désormais, la « région-État » se pare d’une autonomie politique de plus en plus grande dans les domaines qui touchent l’administration, la justice, les systèmes bancaire et postaux ou encore l’éducation, cette dernière devenant de plus en plus – quoiqu’en disent les autorités officielles – une éducation régionale. Or, ces instances politiques régionales sont conduites à traiter directement avec les instances supranationales de Bruxelles en court-circuitant l’autorité nationale. Ceci ne peut que combler d’aise les dirigeants politiques et économiques états-uniens qui, par l’intermédiaire de leurs puissants lobbies présents massivement à Bruxelles, pourront engager des contacts directement avec la Lombardie, l’Alsace, la Catalogne, etc. Entre d’un côté, la puissance politique, militaire et économique considérable des États-Unis et de l’autre, une quelconque région d’Europe, on devine sans peine quel parti Washington tirera de cette affaire.

Pour renforcer l’emprise complète américaine sur le vieux continent, Les États-Unis ont présenté au seul gouvernement allemand une véritable feuille de route pour l’extension à l’Est de l’Union européenne (l’UE) et de l’OTAN. Selon le Financial Times Deutschland du 24 octobre 2002 l’objectif d’une « Europe libre et unie » doit s’articuler selon les modalités suivantes. Après l’intégration de dix États en 2004 à l’UE (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Chypre et Malte), les pourparlers d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN devraient commencer en 2004, suivies de ceux de la Serbie en 2005, de la Croatie et de l’Albanie en 2007. En outre, selon cette feuille de route, les États-Unis souhaiteraient l’adhésion de la Turquie à l’UE pour 2007. Enfin, le Financial Times Deutschland ajoute que l’intégration complète des Balkans et de l’Ukraine dans les institutions euro-atlantiques doit être achevée pour 2010.

Au moins, nous connaissons la date butoir des objectifs états-uniens. Dans cette parcellisation européenne donnant la primauté politique aux régions, aux dépens des nations, en liaison directe avec tous les lobbies financiers de Bruxelles, l’Allemagne joue un rôle décisif. En effet, à l’origine de la régionalisation en Europe (recommandation 34 (1997) du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe), elle soumet le continent aux concepts institutionnels que les Britanniques et États-Uniens lui ont imposés à la Conférence de Postdam (11 juillet au 2 août 1945) et lors de la création de la bizone d’occupation (2 décembre 1946). À l’époque, le rôle dévolu aux Länders visait à la fois à rétablir les libertés supprimées par le centralisme du IIIe Reich et à priver l’Allemagne du statut de grande puissance. Ce dispositif avait été approuvé par la France qui, selon le mot de Mauriac à propos des zones d’occupation, aimait tant l’Allemagne qu’il préférait qu’il y en ait plusieurs. En outre, les Anglo-Saxons figèrent ces institutions en sacralisant la Constitution allemande et en créant une Cour constitutionnelle indépendante à Karlsruhe.

Cependant la vassalité de l’Europe vis-à-vis des États-Unis n’a plus de raison d’être depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie. La classe dirigeante allemande, quant à elle, se trouve partagée entre d’une part ceux qui rêvent d’une puissance indépendante et qui se sont exprimés en refusant de s’associer à l’attaque de l’Irak, et d’autre part, ceux qui préfèrent minimiser les risques et jouer le rôle de gouverneur délégué de l’Empire pour l’Europe. Ceux-là se sont empressés de jouer les supplétifs dans le démembrement de la Yougoslavie et dans la guerre du Kosovo. Dès lors, ces contradictions pourraient trouver une solution en se débarrassant de la tutelle états-unienne afin d’être seuls maîtres à bord, selon le bon vieux « principe d’Iznogoud » (être calife à la place du calife). Tout le problème réside dans la capacité des Anglo-Saxons à convaincre les élites allemandes de jouer le rôle qu’ils leur ont assigné dans le nouvel ordre mondial

En tout cas, l’éclatement de l’Europe comme le présente cette carte de l’ARE est encore transitoire. En effet, l’émergence première des régions est le préalable avant de passer à un autre niveau : le remaniement des frontières régionales en fonction de critères économiques et ethniques. Dans le cadre de l’interrégionalité, de nombreux regroupements sont possibles comme par exemple entre les entités basques française et espagnole ou encore entre l’Alsace et le Pays de Bade. C’est tout l’enjeu de la carte élaborée par la commission européenne en 2002 [3]. En effet, l’objectif étant de créer un vaste marché économique de libre-échange transatlantique, les technocrates bruxellois ont procédé à des remaniements territoriaux afin de créer des groupes économiques comme le stipulent les textes officiels : Interreg IIIB regroupe désormais toutes les actions de coopération transnationale impliquant les autorités nationales, régionales et locales et les autres acteurs socio-économiques. L’objectif est de promouvoir l’intégration territoriale au sein de grands groupes de régions européennes y compris au-delà de l’Union des Quinze, de même qu’entre les États membres et les pays candidats ou autres pays voisins, et à favoriser ainsi un développement durable, équilibré et harmonieux de l’Union. Une attention particulière est accordée notamment aux régions ultrapériphériques et insulaires [4].

Cette révolution politique, géopolitique et sociale en Europe est sur le point de franchir un pas décisif avec la reconnaissance d’une personnalité juridique pour l’Union européenne. Ce qui peut apparaître comme l’aboutissement d’un rêve d’unité contient en lui-même des éléments qui, dans ce contexte particulier et en l’absence de garde-fous, peuvent dériver vers le cauchemar de la Yougoslavisation généralisée.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

[1] Cf. Defense Policy Guidance for the Fiscal Years 1994-1999, US Department of Defense, 18 février 1992. Des extraits du document ont été publiés dans The New York Times du 8 mars 1992.

[2] Extrait du discours du président Clinton à l’occasion de la remise du prix Charlemagne, Aix-la-Chapelle, 2 juin 2000.

[3] Voir la carte des 13 programmes INTERREG IIIB 2000-2006, Les politiques structurelles et les territoires de l’Europe, Coopération sans frontières, Commission européenne, 2002.

[4] Ibid., p. 8.

————————————————————————————————————————————————

L’Allemagne et l’Europe des ethnies

 

Quelle Europe construit-on actuellement ? On s’oriente insensiblement vers un État fédéral de régions définies ethniquement, au détriment des États-nations à l’exception de l’Allemagne. En effet, alors que ce système conduit au démantèlement de tous ses partenaires, l’Allemagne sort, quant à elle, agrandie et fortifiée par ce redécoupage. Ce processus était préconisé par les « pangermanistes » depuis la fin du XIXe siècle.

L’avenir de l’Europe est une « passion » qui anime de nombreux dirigeants politiques. Il est vrai que les pays européens présentent des points communs, des références culturelles, permettant dde se reconnaître de nombreuses affinités avec un Polonais, un Suédois ou un Roumain. Malgré ce « caractère familial », l’Europe s’est déchirée en guerres fratricides. Ces dernières ont causé des ravages énormes au point que, depuis longtemps, de nombreux penseurs ont estimé qu’il fallait se hausser au-delà des différences afin d’unir la famille européenne et mettre ainsi un terme définitif aux dissensions. Les projets d’unité sont nombreux et certains même remontent à Philippe le Bel. Au XIXè siècle, Victor Hugo faisait sourire ses contemporains lorsqu’il évoquait les « États-Unis d’Europe ». Malgré le scepticisme de l’époque, l’idée de rassembler le continent en un bloc n’a jamais disparu. D’une certaine manière, ce sont deux guerres mondiales qui vont donner du lustre à la pensée européenne. En effet, cette « guerre de Trente ans » (1914-1918) a souligné la folie suicidaire des Européens au point que l’on a même parlé de « guerre civile » européenne. La Shoah a été en quelque sorte la quintessence de cette folie. Fort de ce passé douloureux, les différents hommes politiques européens comme Robert Schumann, Alcide de Gasperi ou encore Konrad Adenauer, ont décidé d’unir véritablement leurs forces afin de créer une entité politique européenne. La fondation du Conseil de l’Europe en 1949, le lancement du Traité de Rome en 1957 et la création de nombreux instituts européens comme le CPLRE (le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe), l’ARE (l’Assemblée des Régions d’Europe) ou l’ARFE (l’Assemblée des Régions Frontalières Européennes) ont doté notre continent d’une solide armature politique. En ce début de XXIè siècle, il est désormais possible de dresser un bilan véritable de cette Europe politique qui doit normalement être dotée d’une constitution en 2004.

Cependant, l’enthousiasme que soulève l’idée d’une Europe unie doit être largement tempéré. En effet, on constate de multiples déficiences en particulier dans le domaine démocratique. De nombreuses mesures sont mises en place sans consultation populaire. L’expérience de l’histoire montre aussi que peu de choses sont rarement gratuites. Le révolutionnaire Saint-Just disait avec raison que « l’on ne règne pas innocemment ». C’est pourquoi, il est bon de connaître l’arrière-cour de la construction européenne et donc de pouvoir reconstituer, à partir de documents officiels, l’ensemble du puzzle.

L’Europe qui se prépare est un État fédéral des régions à base ethnique et l’on ne peut que souligner le rôle très influent joué par l’Allemagne dans cette évolution. Il existe en effet cinq documents-clefs qui orientent la construction européenne au profit du bloc germanique : la Charte des langues régionales ou minoritaires, la Convention-cadre pour la protection des minorités, les Chartes de l’autonomie locale et régionale et la Convention-cadre sur la coopération transfrontalière (ou Charte de Madrid). Ces cinq textes marqués du sceau européen sont en réalité d’inspiration allemande et risquent d’aboutir à une parcellisation ethnique de l’Europe conduisant à l’éclatement des États-nations.

La Charte des langues régionales ou minoritaires et la Convention-cadre pour la protection des minorités ont été préparées par l’intermédiaire d’un institut, l’UFCE (l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes ou FUEV, Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen) dont le siège est à Flensburg. Directement soutenu par le Ministère de l’Intérieur allemand [1] par l’intermédiaire d’un haut fonctionnaire, Rolf Gossmann, l’UFCE a été en mesure de propulser la Convention-cadre pour la protection des minorités au sein du Conseil de l’Europe [2] en liaison en particulier avec des parlementaires espagnols de la région de Catalogne comme M. de Puig grâce à sa recommandation 1201. Favorisant la promotion de toutes les caractéristiques propres aux minorités (article 5), ce document prend encore plus d’ampleur grâce à la Charte des langues régionales ou minoritaires lancée par la résolution 192 (1988) [3] du Conseil de l’Europe avec le rapporteur allemand Herbert Kohn, membre du comité juridique de l’UFCE. Cette Charte favorise l’emploi des langues régionales dans tous les domaines (éducation, médias, justice, administration, …), mais aussi fait fi de l’existence des frontières (articles 7 et 14).

Cette reconnaissance ethnique ne pourra véritablement prendre effet qu’à partir du moment où l’on appliquera l’autonomie politique à l’échelle régionale. C’est justement l’enjeu de la Charte de l’autonomie locale lancée par la résolution 126 (1981) [4]. Ce texte s’appuie à l’origine sur un rapport de 89 pages intitulé « Les institutions régionales en Europe » de l’allemand A. Galette [5] qui reconnait l’autonomie politique à tous les degrés (financier, administratif…). Ce début de parcellisation prendra une ampleur encore plus vive avec la Charte de l’autonomie régionale lancée par la recommandation 34 (1997) du Conseil de l’Europe [6] et dont le rapporteur est Peter Rabe, député socialiste au Land de Basse-Saxe. Il faut savoir aussi que c’est à l’initiative du gouvernement de ce Land – à l’époque, son ministre-président est le futur chancelier Gerhard Schröder – qu’un premier projet de Charte a été présenté à Hanovre le 22 mars 1996. L’éclatement définitif des Etats de l’Union européenne s’épanouira avec la Convention-cadre sur la coopération transfrontalière lancée par un institut européen de façade mais allemand dans sa création, l’ARFE (l’Association des Régions Frontalières Européennes qui siège à Gronau) [7]. L’objectif suprême de cet institut, comme le stipule sa Charte, est de transformer les frontières des Etats en frontières administratives [8]. Par conséquent, la modification du tracé frontalier en fonction du caractère ethnique se fera encore plus aisément. Ceci est d’autant plus vrai que l’Allemagne – via l’UFCE – soutient une centaine de mouvements autonomistes en Europe dont les mouvements bretons, alsaciens, mosellans, flamands et la Ligue savoisienne [9].

Si ces agissements ont peu d’effets concrets en Allemagne qui bénéficie d’une unité culturelle et constitue un bloc germanophone de 90 millions de personnes (en comptant les Autrichiens et les Suisses alémaniques), la France (mais aussi l’Espagne, le Royaume-Uni, sans parler des pays balkaniques), creuset de plusieurs communautés linguistiques et ethniques, risque l’implosion. A terme, c’est une Europe éclatée en régions ethno-linguistiques politiquement autonomes qui se dessine et dont l’Allemagne sera le chef d’orchestre. Il faut conserver à l’esprit le principe de l’équilibre des forces. En effet, le moteur politique et économique de cette Europe des régions se situera dans sa zone la plus dynamique. Cette dernière ne se manifestera pas du côté de l’Ecosse ou de l’Auvergne ou encore en Andalousie, mais au centre de l’Europe, c’est-à-dire en Bavière, au Bade Wurtemberg, en Hesse ou en Westphalie. Le monde germanophone sera alors le grand gagnant au sein de cette Europe éclatée.

JPEG - 37.7 ko
Carte de la Waffen SS, 1945.
(Voir l’agrandissment)

Cet objectif poursuivi par tous les régimes politiques précédents, soit par la voie militaire (voir en particulier la carte de l’Europe des régions de la Waffen SS [10]), soit par la voie politico-juridique, permettra aux dirigeants politiques allemands de reprendre à leur compte les propos de Julius Fröbel, chef du Reformverein fondé en 1862 : « Tout Reich est une sorte de fédération et toute fédération mérite le nom de Reich ». Ce principe se renforce d’autant plus que l’ONU a reconnu le droit à la Heimat en 1997 permettant ainsi aux associations de réfugiés allemands (Sudètes, Silésiens, Poméraniens…) la possibilité de retourner dans leurs territoires d’origine après les expulsions de 1945 [11].

JPEG - 26.6 ko
Carte établie par l’Alliance libre européenne (ALE) en 1997.
(Voir l’agrandissment)

Ce remaniement complet de l’Europe est déjà bien amorcé. En effet, un parti politique européen travaillant en liaison avec les Verts : le Parti Démocratique des Peuples d’Europe – Alliance Libre Européenne (PDPE – ALE) a élaboré en 1997 une carte de l’Union européenne sur des critères ethniques. Réunissant divers mouvements autonomistes et travaillant en liaison directe avec des instituts soutenus par l’Allemagne comme l’UFCE ou encore l’ECMI (European Center for Minorities Issues, siège à Flensburg), ce groupe siégeant au Parlement européen diffuse des concepts qui favorisent l’éclatement des Etats-nations et l’émergence d’une Europe tribale source de conflits infinis. La carte ci-jointe en est une parfaite illustration. D’une certaine manière, nous avons maintenant les éléments généraux qui permettent de nous faire une idée de ce qui nous attend.

Force est de constater que notre voisin d’outre-Rhin a apporté à la civilisation, grâce à ses musiciens ou à ses scientifiques, des bienfaits que personne ne peut récuser. Mais, s’informer des agissements de l’Allemagne et exiger qu’elle ne soutienne plus une vision ethnique et communautariste, en un mot impériale, de l’Europe, serait une attitude non pas germanophobe mais légitime, et qui plus est responsable, pour tout ceux concernés par notre avenir.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

[1] Information, Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, 31 juillet 1997 ; Information, Timisoara 1996, Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, Flensburg, Editions UFCE, 1996, p. 126 et Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, Actuel, n° 60, juillet 1997.

[2] Comité ad. hoc pour la protection des minorités nationales (CAHMIN), Strasbourg, Editions Conseil de l’Europe, 1er février 1994, p. 11 / 4 mars 1994, p. 7 / 23 mars 1994, p. 10 / 15 avril 1994, p. 14 / 13 juin 1994, p. 12 / 8 juillet 1994, p. 12 / 19 septembre 1994, p. 12 / 14 octobre 1994, p. 7.

[3] Conférence permanente des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe, Résolution 192 (1988), Discussion par la conférence permanente et adoption le 16 mars 1988, 2è séance (voir Doc. CPL (23) 8, partie I, projet de résolution présenté par la Commission des affaires culturelles et sociales, rapporteur : Herbert Kohn.

[4] Résolution 126 (1981) sur les principes de l’autonomie locale. Discussion par la conférence le 29 octobre 1981 et adoption de la 3è séance (voir Doc. CPL (16) 6, partie I, projet de résolution présenté par la commission des structures et des finances locales, rapporteur : Lucien Harmegnies).

[5] Rapporteur : A. Galette, Rapport sur « Les Institutions régionales en Europe », Strasbourg, Ed. Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l’Europe, Quinzième Session, Strasbourg, 10-12 juin 1980 (CPL (15) 5 final), projet de résolution présenté par la Commission des Structures et des Finances Locales.

[6] Recommandation 34 (1997) sur le projet de Charte européenne de l’autonomie régionale. Discussion par le Congrès et adoption le 5 juin 1997, 3è séance (voir Doc. CPR (4) 4 révisé, recommandation présentée par M. Peter Rabe, rapporteur). Voir aussi : Rapporteur Peter Rabe (Allemagne), projet de rapport explicatif du « Projet de charte européenne de l’autonomie régionale », Quatrième session (Strasbourg, 3-5 juin 1997), Strasbourg, Editions CPLRE.

[7] ARFE, Association des Régions Frontalières Européennes, 25 ans de travail en commun, Gronau, Editions ARFE, novembre 1996.

[8] Charte européenne des régions frontalières et transfrontalières, Gronau, Editions ARFE, 20 novembre 1981, modifiée le 1er décembre 1995, pp. 3 à 6.

[9] Information Haderslev, 1999, Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, Flensburg, Editions UFCE, 1999. Ce document présente la liste complète de ces mouvements autonomistes en Europe avec leurs noms et leurs adresses ainsi que les coordonnées des représentants du ministère de l’Intérieur allemand qui chapeautent l’ensemble.

[10] Saint-Loup, Les SS de la Toison d’or, Paris, Presses de la Cité, 1975, prologue. Remarques : Saint-Loup, de son vrai nom Marc Augier (1908-1990), a connu de nombreuses activités : grand reporter, animateur du centre laïque des auberges de jeunesse, journaliste, écrivain, engagé dans la légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), officier dans la Waffen SS (Untersturmführer), directeur du mensuel collaborationniste Devenir, « Journal de combat de la communauté européenne ». C’est au centre d’Hildesheim, ville du Hanovre, que la direction germanique de la Waffen SS oeuvrait en vue d’une Europe racialement fondée et dénationalisée. Saint-Loup a séjourné dans ce lieu et a noué des contacts avec ses représentants.

[11] Documents de l’ONU : E/CN. 4/Sub. 2/1997/23 pp. 27 à 28. Voir aussi : Alfred-Maurice de Zayas, The right to one’s homeland, ethnic cleansing and the international Criminal Tribune for the Former Yougoslavia, Criminal Law Forum, vol. 6, n° 2, 1995, p. 291.

————————————————————————————————————————————————

Livres :

 

  La fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale.

De l'union euro-atlantique à l'état mondial  De l’union euro-atlantique à l’état mondial.

Cet ouvrage est un recueil d ’articles rédigés pour différentes revues et divers sites internet spécialisés dans les relations internationales. Ces articles présentent une vue inédite et une description référencée des différents éléments qui conduisent progressivement à une refonte européenne, à un élargissement de l’UE et de l’Otan et à un renforcement du partenariat transatlantique. L ’auteur révèle les lev iers largement méconnus de cette politique : régionalisation, aménagement du territoire, promotion des revendica tions identitaires, alliance germano-américaine pour le X X e siècle … En réalité, cette révolution politique et géopolitique poursuit l’ambition d ’établir un bloc uni de Vancouver à Vladivostock. L ’auteur explique les différentes étapes de part et d ’autre de l’Atla ntique afin d ’y aboutir et les projets de leurs acteurs. Mais surtout, Pierre Hillard explique co mment et pourquoi les élites américaines et des différents pays de l’Union européenne, en priorité l’Allemagne, souhaitent rattacher les pays d ’Afrique du Nord , du Proche et Moyen-Orient, désignés sous le label du « grand Moyen-Orient », à un cadre euro-a tlantique resserré . Si l’objectif de renforcer la solidarité entre les Occidentaux face à l’é mergence de la Chine peut paraître justifié , Pierre Hillard montre que le chemin engagé par les élites euro-atla ntistes ouvre plutôt la voie à une instabilité des nations européennes et du monde musulman.

Minorités et régionalismes en Europe et dans l'Europe fédérale des régions  Minorités et régionalismes en Europe et dans l’Europe fédérale des régions , Enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l’Europe.

Au moment d e l’élargissement de l’Union européenne et du lancement des pourparlers en 2004 pour une adhésion d e la Turquie à l’Europe, l’intérêt d e c et ouvrage est d e prés enter d es documents inédits concernant les objectifs futurs des dirigeants de Bruxelles. En effet, ce livre présente en particulier une carte de l’Europe politique entièrement régionalisée incluant la Russie jusqu’en Sibérie ainsi que la Turquie et les Etats du Cauca se. Ce document est véritablement une révélation. Conçue par les différents instituts européens , cette carte officielle présente l’intérêt de révéler à la fois la volonté d’élaborer une Europe dont les régions seront politiquement autonomes et en mêmes temps de mettre sur pied une vaste entité politique désignée sous le label  » grande Europe « . Cependant, cette  » Grande Europe  » ne peut véritablement s ‘enraciner qu’après avoir mis à bas le Etats-nations , politique qui se poursuit en accord et en liaison avec les Etats-Unis. Or, Pierre Hillard révèle les propos inédits et officiels tenu s par le président Clinton en faveur d ‘une régionalisation complète du continent au sein d ‘un partenariat transatlantique resserré , objectif qui s’accélère aujourd’hui. Le but final comme le souligne l’auteur est d ‘aboutir à une union euro-atlantique constitué de deux piliers : les Etats-Unis et l’Etat européen.

La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : L'Echec de la tour de Babel n'est pas fatal  La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : L’Echec de la tour de Babel n’est pas fatal (Broché).

Toutes les époques ont leur idéologie. Ence début du XXIe siècle, le seul débris qui surnage après un siècle chaotique et tragique, c’est le mondialisme. Dans l’esprit de ses promoteurs, bien au-delà d’une coopération mondiale nécessaire et légitime, il s’agit d’abattre toutes les cloisons, et d’abord nationales, afin d’aboutir d’emblée à ce fameux village global décrit par le sociologue canadien Herbert Marshall Mcluhan. Comme le dit Guy Sorman : Le monde est ma tribu. Le but est de créer de grands blocs géoéconomiques standardisés européens, nord-américains, sud-américains, asiatiques, etc., au sein desquels les nations seront broyées et dont la réunion constituera l’armature d’une gouvernante mondiale. Comme le rappelle Jacques Attali dans son ouvrage Dictionnaire du XXe siècle : Après la mise en place d’institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l’urgente nécessité d’un gouvernement mondial. Ainsi, ces blocs corsetés par la même idéologie et dont les populations auront été au préalable alignées dans leur structure mentale sur les critères édictés au sommet, accoucheront d’une humanité unie, interchangeable et nomade. Cependant, l’aboutissement de ces ambitions longtemps prophétisées devra passer par des étapes bouleversant les structures politico-économiques des sociétés, qui ne seront pas sans conséquences militaires. Dans ces événements, la vie humaine comptera peu. D’ores et déjà, avec la mort probable de la Belgique, les réveils régionalistes en Espagne et en Italie, l’Europe de Bruxelles qui a programmé depuis longtemps la mise sous tutelle, sinon la destruction des nations, risque d’être exaucée dans ses entreprises au-delà de ses espérances. De leur côté, à travers le sanglant bourbier irakien, les Etats-Unis préparent activement la recomposition du Moyen-Orient… La tour de Babel tiendra-t-elle ?

 
Poster un commentaire

Publié par le 14 février 2010 dans BILLET D'HUMEUR

 

Étiquettes : , , , , , , , ,