RSS

Les variétés paysannes de blé en voie de disparition….

02 Juil

Jean-François Berthellot devant sa variété Japhabelle, dans sa ferme du Lot-et-Garonne.

 

« Qu’est-ce que ça veut dire, une variété, quand on réfléchit au mot ? », interroge Jean-François Berthellot, les pieds enfoncés dans la terre collante de ses champs de blé. Dans sa ferme du Roc, dans le Lot-et-Garonne, l’agriculteur, membre du réseau Semences paysannes, en manie une conception quelque peu tombée en désuétude, mais qui a le mérite de donner un sens à l’adjectif « varié » qui s’y cache.

Il en est ainsi de sa Japhabelle, dont il est particulièrement fier. Une variété paysanne – qu’il nomme aussi « population » – haute, robuste, qui mêle des épis plus ou moins barbus, plus ou moins épais, et dont le vert tendre tire, selon les plants, sur le blond, le roux ou le noir bleuté. Elle associe en fait vingt familles de blés différents.

La banque de graines de Jean-François Berthellot.
La banque de graines de Jean-François Berthellot. | Angela Bolis / LeMonde.fr

 

Dans les parcelles expérimentales de Jean-François Berthellot.
Dans les parcelles expérimentales de Jean-François Berthellot. | Angela Bolis / LeMonde.fr

 

Entre sa banque de graines et ses champs, Jean-François Berthellot a amassé quelque 200 variétés de blé – en plus de ses autres cultures de légumineuses et de céréales. Une collection qu’il tient à conserver de manière vivante aussi, dans une mosaïque de petites parcelles cultivées, pour que les plantes puissent continuer à évoluer et s’adapter à leur environnement. Il y pousse des blés d’Andalousie ou des montagnes de Turquie, de l’amidonnier, ancêtre du blé dur, et même, dans un coin, un nouveau graminé en phase de domestication.

Lire aussi le reportage sur la réserve mondiale de semences de Spitzberg (Norvège) : « Graines en stock »

Partant de quelques graines – collectées au gré des échanges avec d’autres agriculteurs ou dans les banques de semences d’Europe et d’ailleurs –, le paysan les sème, puis sélectionne les meilleurs plants, les multiplie d’année en année, et observe, pendant cinq ou six ans : leur croissance, leur résistance aux maladies, aux parasites, au climat, leur capacité à ne pas ployer sous les pluies d’orage, leur brillance et les nuances colorées de leurs épis mûrs, qui le renseignent sur la qualité de leur gluten.

Petit épeautre dans les parcelles expérimentales de Jean-François Berthellot.
Petit épeautre dans les parcelles expérimentales de Jean-François Berthellot. | Angela Bolis / LeMonde.fr

 

UNE VARIÉTÉ VARIÉE, MAIS NON RECONNUE

La diversité génétique de ces variétés leur permet de mieux résister aux maladies – qui contamineront moins facilement l’ensemble de la parcelle, sans ajout de pesticides –, et de s’adapter mieux aux variations des sols et des climats.

Mais la différence, avec une monoculture ou une variété homogène, se fait aussi ressentir dans le produit fini du blé. Le pain par exemple. Le paysan peut en attester : il est aussi meunier et boulanger et a, de fait, la main sur toute la chaîne de production, « du grain au pain ». Ce qui lui permet de tester directement les résultats de sa récolte, selon ses propres critères de sélection : « une palette gustative plus colorée, des produits moins uniformisés, de meilleures qualités nutritionnelles, et un gluten plus digestif – avec toutes ces allergies et ces intolérances au gluten causées par la sélection ultrapoussée des blés nains utilisés en agriculture intensive », explique-t-il.

 

Production de la farine dans la ferme de Jean-François Berthellot.
Production de la farine dans la ferme de Jean-François Berthellot. | Angela Bolis / LeMonde.fr

 

Jean-François Berthellot enfourne son pain.
Jean-François Berthellot enfourne son pain. | Angela Bolis / LeMonde.fr

 

Juridiquement toutefois, la Japhabelle, comme chacune des 90 « variétés-populations » que Jean-François Berthellot a créées, n’est pas reconnue comme une variété. Ce type d’obtention paysanne, devenue rarissime en France, n’entre en fait dans aucune règlementation sur le commerce des semences, dans aucun catalogue officiel.

……………………

La suite ici

 

 
Poster un commentaire

Publié par le 2 juillet 2013 dans BILLET D'HUMEUR

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :