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A Athènes, un hiver sans chauffage

12 Fév

 

Les baisses des salaires et des retraites associées à une explosion du chômage, des charges, des taxes et des prix du fioul domestique rend l’hiver particulièrement dur cette année en Grèce.  Un constat : pour avoir un appartement chauffé normalement comme il y a 2 ans, il faudrait dépenser 200€ chacun par mois, m’a annoncé mon propriétaire. Alors 2h de chauffage par jour pour les plus chanceux, des pulls et des manteaux pour beaucoup d’autre deviennent la règle. Même les bâtiments de l’administration de l’université sont toujours sans chauffage.

Reportage à Athènes de Karolina Tagaris publié sur Reuters France.

par Karolina Tagaris

ATHENES, 8 février (Reuters) – Dans son salon, Eleni Daneel, une femme de ménage de 57 ans, ne quitte pas son manteau. L’hiver est là mais avec seulement 400 euros de salaire mensuel, elle ne peut plus payer le chauffage de son appartement d’Athènes.

En raison de la hausse de la taxe sur le fioul domestique décidée par le gouvernement, à la fois pour lutter contre le marché noir et remplir les caisses de l’Etat, chauffer sa maison ou son appartement est devenu un luxe pour de plus en plus de Grecs touchés de plein fouet par la crise.

Cette hausse de la taxe s’est traduite par une augmentation de 40% du prix du fioul domestique.

Avec des salaires, des retraites et des indemnités de chômage largement amputés pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds internationaux, de nombreux Grecs ont tout simplement renoncé à se chauffer cet hiver. Au dernier trimestre 2012, la consommation a baissé de 70% par rapport à la même période de l’année précédente.

« Certains pleurnichent, d’autres grognent », dit Eleni Daneel. « Je n’ai jamais vécu ça – ne pas pouvoir me chauffer », ajoute cette femme volontaire qui a recueilli chez elle ses enfants au chômage et prend soin d’un mari grabataire. « Pourquoi n’avons-nous pas le droit de vivre normalement ? »

L’hiver en Grèce est évidemment plus doux qu’en Europe du Nord mais la température peut fréquemment tomber sous zéro dans certaines régions côtières et la neige recouvre les montagnes et le nord du pays. Quelques flocons sont même tombés à Athènes le mois dernier.

Depuis la hausse, la taxe sur le fioul domestique a rapporté 120 millions d’euros au dernier trimestre 2012, contre 73 millions sur la même période l’an dernier. Mais c’est loin des 277 millions d’euros attendus par le gouvernement, en raison de la forte chute de la consommation.

RETOUR DU ‘SMOG’

Le ministre des Finances Yannis Stournaras refuse pourtant de faire machine arrière. Au-delà des rentrées d’argent dans les coffres de l’Etat, il souligne qu’aligner la taxation du fioul domestique sur celle du gazole permet de combattre efficacement le marché noir – certains fournisseurs indélicats n’hésitaient pas à mélanger les deux qualités pour vendre au prix fort aux automobilistes un carburant médiocre.

Une aide publique est prévue pour les plus défavorisés mais ceux-ci, dans les immeubles, ne parviennent pas toujours à convaincre leurs voisins qui ne bénéficient pas de cette aide d’acheter le fioul nécessaire au chauffage de l’immeuble.

Pour combattre le froid, les Grecs ont recours au système D. On garde des vêtements chauds à l’intérieur, on remet en service les cheminées ou les vieux poêles – ce qui veut dire qu’il faut se débrouiller pour avoir du bois de chauffage.

Le ‘smog’, qui avait disparu du ciel d’Athènes il y a une vingtaine d’années grâce notamment aux voitures équipées de pots catalytiques, a fait sa réapparition, ce qui inquiète les écologistes et les professionnels de santé.

Ce ‘smog’, qui contient du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone et d’autres particules cancérigènes, a atteint 241 mg/m3 le 9 janvier, alors que le seuil d’alerte est de 50 mg/m3.

Dans la capitale, même dans les quartiers chics, nombreux sont les immeubles où le chauffage central n’a pas été allumé cette année.

« Dans 95% des immeubles d’Athènes, on n’a pas acheté de fioul domestique cet hiver », dit Yorgos Giortas, qui dirige un cabinet de gestion immobilière. « Dans le bâtiment de huit étages où je travaille, où il y a des cabinets juridiques et des sociétés de comptabilité, le chauffage central n’a pas été allumé pour économiser 2.600 euros par mois », précise-t-il.

« C’est la première fois en trente-deux ans que cela se produit. On travaille avec son manteau sur le dos… »

« LE FAR-WEST »

Dans un faubourg résidentiel de la capitale, Apostolos Mastouropoulos reste près de sa grande et belle cheminée pour avoir un peu de chaleur. Mais le tirage laisse à désirer et son appartement, où il vit avec sa femme et ses deux grands enfants au chômage, se remplit vite de fumée.

« Je suis écoeuré. C’est difficile de s’adapter à ces nouvelles réalités, uniquement pour se plier au bon vouloir de quelques politiciens », dit-il. « Me chauffer au fioul me coûterait 200 euros par mois, avec le bois de chauffage je m’en tire pour seulement 40 euros. »

Acheter du bois pour les trois mois d’hiver, pour un appartement ou une maison moyenne, peut coûter jusqu’à 260 euros.

Pour se procurer gratuitement ce bois de chauffage, certains n’hésitent pas à se munir d’une scie électrique et vont se servir dans les forêts de l’Attique, notamment sur le mont Aegaleo, à l’ouest de la capitale, où des défenseurs de l’environnement ont mis en place des patrouilles pour tenter de limiter les dégâts.

Portant des gilets orange, les membres de ces patrouilles, souvent des volontaires, sillonnent les pistes forestières à bord de véhicules tout-terrain. Ils n’ont aucun pouvoir de police mais tentent de raisonner les contrevenants et de prévenir les abattages illégaux.

« Dans 90% des cas, ce sont des gens qui souffrent terriblement de la crise économique, qui veulent simplement se chauffer chez eux… On ne peut pas laisser des vieux, des malades ou des enfants avoir froid », dit Grigoris Gourdomichalis, responsable d’une association de défense de l’environnement qui dépend des municipalités de la région.

Parfois, pourtant, les « coupeurs de bois » se montrent menaçants et n’hésitent pas à sortir les couteaux ou les fusils. « C’est un peu devenu le Far-West ici. Il y a tant de misère, de pauvreté et de chômage… », soupire Grigoris Gourdomichalis. (Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)

source : OkeaNews

 

 

 
2 Commentaires

Publié par le 12 février 2013 dans BILLET D'HUMEUR

 

2 réponses à “A Athènes, un hiver sans chauffage

  1. Le citoyen engagé

    13 février 2013 at 10 h 55 min

    un scandale! Une horreur…

     
  2. yjacquot

    13 février 2013 at 22 h 28 min

    voilà à quelle situation extrême et lamentable on arrive quand le proffit de quelques élites se fait sur le dos des gens du peuple!et je pense que cela va encore empirer

     

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