RSS

Les chômeurs sont-ils des assistés?

16 Fév

Nicolas Sarkozy laisse entendre que les chômeurs le sont parce qu’ils ne veulent pas travailler. Un thème porteur électoralement, notamment du côté de l’extrême droite, mais qui ne reflète pas la réalité.

Une agence de Pôle emploi à Nice

Nicolas Sarkozy, désormais candidat à sa réélection, veut changer la logique des droits et devoirs des demandeurs d’emploi. En les obligeant à se former à un métier en tension et à accepter ensuite la première offre correspondant à cette nouvelle qualification. « L’assistanat n’a pas sa place » en France, a déclaré le chef de l’Etat sur TF1 mercredi soir. « La solidarité pour ceux qui ne peuvent pas travailler. La formation ou l’emploi pour ceux qui ont la force de travailler. Le travail, c’est une valeur centrale », a-t-il poursuivi.

En s’en prenant aux chômeurs, après les bénéficiaires du RSA qu’il veut obliger à travailler 20 heures par semaine, Nicolas Sarkozy est monté d’un cran dans sa guerre contre « l’assistanat ». Néanmoins, il ne pose pas les vraies données du problème. Le chômage est-il dû à une économie qui n’arrive pas à créer de l’emploi, ou est-ce que les demandeurs d’emploi le sont parce qu’ils ne veulent pas travailler? Généralement, la France crée des emplois quand la croissance du PIB est supérieure à 1,6%. En 2011, la croissance a atteint 1,7%.

Sauf que la France a aujourd’hui seulement renoué avec ses niveaux d’activité d’avant la crise. Elle souffre donc d’un déficit de croissance de l’ordre de 5% du PIB. Pour renouer avec une croissance dynamique créatrice d’emplois, il faudrait que le PIB progresse d’au moins 2,5% au cours des deux prochaines années. On en est loin. Cette année, la croissance peinerait à atteindre 0,5%. C’est pourquoi l’économie française continue de détruire des emplois – 32 000 emplois au quatrième trimestre 2011 – et que le chômage continue de grimper+152 000 inscrits à Pôle emploi en 2011.

L’indemnisation chômage est un système assurantiel

La proposition de Nicolas Sarkozy d’offrir une formation professionnelle à tous les chômeurs va dans le bon sens. Plus de 60% des bénéficiaires de formations financées par Pôle emploi sont en effet en emploi six mois après et les trois quarts ont accédé à un emploi au cours des 6 mois qui ont suivi. Le problème est que Pôle emploi n’a pas assez de moyens pour former les chômeurs: l’organisme ne dispose que de 15% des offres de formation et que de 13% des fonds de la formation continue – soit 4 milliards d’euros sur un total de 31 milliards.

En 2009, 576 000 demandeurs d’emploi avaient entamé une formation d’une durée supérieure à un mois – soit 8% des demandeurs d’emploi -, un chiffre en baisse de 5% sur un an, alors que le chômage était en forte hausse (plus de 400 000 nouveaux inscrits à pôle emploi). 40% des demandeurs d’emploi pour lesquels une formation a été prescrite ne sont toujours pas en formation six mois après. « Les chômeurs ne demandent pas mieux que d’être formés, mais il n’y a pas assez de formations et surtout pas assez d’emplois », souligne Matthieu Angotti, directeur général de la Fnars (Fédération nationale des associations de réinsertion sociale).

Par ailleurs, l’indemnisation du chômage ne repose pas, contrairement à ce que laisse entendre le chef de l’Etat, sur une logique d’assistanat ou de solidarité du contribuable, mais sur un système assurantiel: salariés et employeurs cotisent, ce qui permet au salarié de percevoir une allocation s’il perd son emploi, à certaines conditions que tous les demandeurs d’emploi ne rassemblent pas – un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Le principe est « un jour cotisé, un jour indemnisé », à partir de quatre mois de cotisation. Le montant de l’allocation est en moyenne de 60% de l’ancien salaire brut (75% pour les salaires inférieurs à 1000 euros). Le versement de l’allocation chômage ne peut en outre excéder deux ans. Au-delà, les personnes basculent vers les minima sociaux (RSA).

La solidarité nationale est faible

Quant aux devoirs des chômeurs, Nicolas Sarkozy les a déjà considérablement renforcés pendant son quinquennat. Il a fait voter en août 2008 une loi prévoyant, en plus de l’obligation de rechercher un emploi, celle d’accepter les offres correspondant à leur projet, sous peine de radiation temporaire après deux refus « sans motif légitime » d’offres dites « raisonnables ». Les bénéficiaires du RSA sont eux aussi obligés d’accepter les offres d’emplois ou les contrats aidés qui leur sont proposés, sous peine de voir leur prestation réduite voire supprimée.

Enfin, laisser croire que la France est un pays d’assistés est peut être porteur électoralement, notamment du côté de l’extrême droite, mais ce n’est pas la réalité. « Surfer sur cette thématique de la lutte contre l’assistanat offre une réassurance morale à l’électorat traditionnellement conservateur et permet à la droite d’envoyer des signes aux strates fragilisées de l’électorat salarié, dont le vote est plus fluctuant entre les extrêmes », explique Nicolas Duvoux, maître de conférence en sociologie à l’université Paris Descartes. La France a un système de protection sociale très généreux, mais c’est un système basé sur l’assurance – le salarié cotise donc a le droit de bénéficier d’une assurance maladie, chômage et vieillesse de qualité. « En revanche, la solidarité nationale, c’est-à-dire la protection sociale pour ceux qui ne sont pas assurés, qui ne cotisent pas – les bénéficiaires de minima sociaux – est extrêmement faible », souligne Olivier Ferrand, président du think tank socialiste Terra Nova.

Le RSA socle, ex-RMI, c’est 470 euros par mois. Depuis 1988, sa revalorisation est uniquement indexée sur l’inflation. Ce qui signifie que depuis vingt ans, ce minimum vital diminue année après année en comparaison du revenu médian de la population. En 1990, le RMI équivalait à 60% du revenu médian, c’est-à-dire l’équivalent du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, le RSA ne représente plus que 40% du revenu médian. Sur les 600 milliards d’euros dépensés chaque année par la protection sociale, 590 milliards reviennent aux assurés, seule une dizaine de milliards finance la solidarité nationale.

Source

 
9 Commentaires

Publié par le 16 février 2012 dans BILLET D'HUMEUR

 

9 réponses à “Les chômeurs sont-ils des assistés?

  1. gizmo02

    16 février 2012 at 17 h 59 min

    Portugal – Le chômage atteint un niveau record

    LISBONNE, 16 février (Reuters) – Une récession bien ancrée a porté le taux de chômage à un record à la fin 2011 et les analystes remarquent que les nouvelles dispositions permettant d’embaucher et de licencier plus facilement ne créeront sans doute pas d’emplois dans un tel contexte.

    Le taux de chômage était de 14% au quatrième trimestre, a annoncé l’Institut national de la statistique, au-dessus des 13,7% projetés dans le cadre du programme d’aide internationale de 78 milliards d’euros.

    Au troisième trimestre 2011, ce taux était de 12,4%.

    La réforme du droit du travail réduit les indemnités de licenciement pour les nouveaux embauchés à 20 jours par année travaillée, contre 30 auparavant, et plafonne les indemnités de licenciement à 115.000 euros. http://fr.reuters.com/news/business

    J’aime

     
  2. Cinok

    16 février 2012 at 20 h 07 min

    Moi ça me fait ….. mais rire !!!!!

    Je suis sûr que le calendrier de Sarkozy est aussi chargé que celui de …… DSK 🙂 !!!!

    Malgré tout, il y a des gens prêt à voter pour eux ….

    ALORS LA OUI !! le chômeur est coupable !!!! Là je suis d’accord avec Sarko … mais pas pour les mêmes raisons… Et Hollande c’est à mettre dans le même panier … Juste un début de preuve :

    Ils ont bien rigolé à Fessenheim …. et pourront continuer à le faire d’après les sondages …

    J’aime

     
    • realinfos

      16 février 2012 at 20 h 14 min

      Moi je vais surtout rire après les élections (si il y en a) quand le paquet de réformes va tomber…!

      J’aime

       
  3. julesans-s

    17 février 2012 at 22 h 58 min

    Mettre les chômeurs à l’index est faire preuve d’ignorance.en tout. L’ère industrielle est terminée, telle que nous l’avons connue. Le monde des énergies informatiques arrive, il faudra des entrepreneurs autant que de salariés. Au lieu de raconter des âneries ce gouvernement et les autres partis devraient se pencher sur le problème de la nouvelle éducation à mettre en place. Il faut pour cela un autre cerveau que celui du nain de jardin et de sa bande.

    La gauche doit s’emparer des nouveaux concepts si elle ne veut pas sombrer rapidement dans une révolte lorsqu’elle aura le pouvoir.

    J’aime

     
    • realinfos

      17 février 2012 at 23 h 35 min

      Le problème n’est pas les chômeurs mais bien le chômage,il est plus facile pour ces charlots de s’en prendre aux conséquences que d’essayer de s’attaquer aux causes,c’est que quelque part cela doit bien les arranger….!
      L’ère industrielle est peut-être terminée,mais pas les amélioration en terme de productivité,produire plus au moindre coût et avec moins de main d’oeuvre….
      Je pense que plus les années passeront moins de mains d’oeuvre il faudra,en admettant que ce système reste en place,bien sûr….
      Pour ce qui est des politiques,il est urgent de se dire que quelque soit les sombres crétins qu’ils soient de gauche ou de droite,tous continueront de rouler pour l’empire et leurs propres intérêts,pas besoin d’avoir fait St cyr pour l’imaginer….Et tant que tous les endormis ne l’auront pas assimilé,les choses resteront en l’état…!

      J’aime

       
  4. julesans-s

    18 février 2012 at 19 h 12 min

    Partant de ce constat, il faut donner des perspectives aux moins de quarante ans? Celle qui sera porteuse d’avenir se situe hors statut de salarié, ou en supplément. D’ou l’intérêt que les gens soient entraînés, éduqués à se mettre à leur compte? Pour réussir, il faut une autre politique, une autre mentalité, une autre vision de l’avenir, une autre éducation.

    Attendre d’avoir un emploi ou chercher un emploi qui n’existe pas quel intérêt? En plus pour être payé au lance pierre et dépendre toute sa vie des autres?

    Nous sommes bien passés de l’ère industrielle avec ses besoins de salariés, à un monde d’entrepreneurs dans tous les domaines. Comme tout le monde n’a pas la capacité d’entreprendre, il restera des places à prendre mais en étant salarié de plusieurs entreprises comme cela se fait déjà.

    J’ai des enfants qui occupent des postes à responsabilité, néanmoins je leur ait conseillé d’avoir une « affaire » en parallèle pour l’avenir. Ou alors, faire ce que j’ai fait avant la retraite : »un employeur par an » pour gagner plus, sauf lorsque j’ai été chef d’entreprise. Pour cela, il faut avoir « plusieurs cordes à son arc » ce qui n’est pas le cas des jeunes aujourd’hui.

    On peut vivre avec des idées révolutionnaires sans suite: mais là, il faut entonner la chanson de « Brassens » : »mourir pour des idées, moi j’ai faillit mourir, de ne l’avoir pas eue…. »

    J’aime

     
    • realinfos

      18 février 2012 at 20 h 11 min

      Jules,votre génération a connu le « plein emploi » et a beaucoup de mal parfois à se faire à l’idée que ce n’est plus le cas….!
      Etre entrepreneur soit,mais il arrivera bien un moment où là aussi ça coincera de plus il faut avoir un minimum les reins solides afin de s’installer et vu la conjoncture,difficile de demander quoi que ce soit à nos chers banksters…..!
      Honnétement,je ne vois qu’un avenir des plus sombre se profiler à l’horizon et en admettant que ce système reste en place,je crains que nos enfants paient très cher le fait que l’on ait rien fait pour en changer….!

      J’aime

       
  5. julesans-s

    19 février 2012 at 0 h 38 min

    D’accord avec vous, d’ou la nécessité de rénover à fond le système bancaire mais avec d’autres individus. Il est bien tard nous aurions dû faire cela dès les années 1990.

    -D’autres emplois vont voir le jour mais pas ceux que nous avons connus. Il va y avoir plus d’activité, mais sur les statuts « hors salariés »‘ l’outil informatique ainsi que toutes les autres possibilités de communiquer vont être prépondérantes.C’est cela qu’il faut comprendre.

    Il va falloir régler les conflits en cours par un grand conflit mondial; c’est à cela qu’il faut se préparer. Une bonne partie d’entre nous vont aller droit sous les ponts sans se battre c’est ça le problème.

    Il y a trop de monde sur cette terre pour les financiers qui gouvernent le monde. Oui, nos enfants sont en danger, mais nous également.

    En attendant bonne continuation.(Je suis Abs une semaine pour des raisons perso.)

    J’aime

     
    • realinfos

      19 février 2012 at 9 h 28 min

      Si le système reste en place,tout sera mécanisé,automatisé et informatisé,nous en avons déjà les prémices aujourd’hui et l’homme n’aura plus sa place au sein de ce système….Et je crains dans le pire des cas que cette élite ne mette finalement en place une solution finale,guerre mondiale,épidémie….à moins que la Terre s’en charge elle-même….
      Pour empêcher ça et dans un premier temps,l’unique solution est d’éliminer la source du problème….ils ne sont que quelques milliers et nous sommes des milliard,cela serait si simple si tout le monde le comprenait….!
      Sur ce,bonne semaine à vous également.

      J’aime

       

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :