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Attention aux références aux années 1930 !

20 Juil

 

Vincent Duclert, historien

Les accusations portées par le site indépendant d’information Mediapart contre le président de la République, qui aurait, avant son élection, bénéficié directement ou indirectement d’un financement illégal de sa campagne alors même que celle-ci était strictement encadrée par les lois sur le financement de la vie politique, sont très graves.

Elles doivent être parfaitement motivées. L’activité de la presse découle, elle aussi, de la loi, celle du 29 juillet 1881, emblématique de la démocratisation de la France au début de la IIIe République, et toujours en vigueur. Modifiée et complétée à plusieurs reprises (par exemple, en 1990, par la loi Gayssot qui introduisit l’article 24 bis), elle affirme conjointement la liberté et les responsabilités des périodiques. En soumettant les délits de presse au droit pénal, elle définit le pouvoir de la presse autant que ses contre-pouvoirs.

Un journal (et un journaliste) peut être condamné pour diffamation, les preuves d’une manipulation peuvent être établies par la justice, les contre-enquêtes indépendantes sont possibles. Pour cette raison, il nous paraît très dangereux d’instruire le procès de la presse en dehors du cadre judiciaire, et particulièrement de la manière dont cela a été fait par les proches du président de la République. A savoir qualifier les enquêtes de Mediapart de « méthodes fascistes » (Xavier Bertrand, Nadine Morano), de « méthodes collaborationnistes » (Eric Raoult), et dénoncer « une certaine presse des années 1930 » (Christian Estrosi), « certains médias aux relents d’extrême droite et de trotskisme mêlés » (Eric Raoult).

Il est possible que l’indignation de voir Nicolas Sarkozy subir de pareilles accusations, de surcroît reprises par des médias nationaux et même internationaux, ait expliqué la nature de ces ripostes qui convoquaient les heures sombres de la France contemporaine pour mieux innocenter le président de la République et son ministre du travail. Mais elles ne se justifient pas pour autant. Outre que la thèse du complot et de la calomnie n’est pas la plus efficace en termes de production de la vérité et de conviction collective, puisqu’en l’invoquant elle nourrit à son tour le soupçon de la dissimulation et le refus de l’explication, la violence qu’elle induit pose problème à la démocratie républicaine tout entière.

En effet, les porte-parole de la majorité gouvernementale qui mobilisent les enseignements de l’histoire pour juger de cette presse d’opposition témoignent d’une triple méconnaissance. La méconnaissance est celle, d’abord, du sens des références historiques utilisées. Les « méthodes fascistes » sont bien autre chose que les articles de Mediapart ; elles se placent davantage dans l’ordre de l’élimination physique des personnes comme lorsque la Cagoule, sur ordre de Mussolini, assassina, en 1937, en forêt de Bagnoles-de-l’Orne, les intellectuels antifascistes italiens Carlo et Nello Rosselli.

La presse d’extrême droite ou d’extrême gauche de cette époque menait parfois des enquêtes à charge. Mais l’essentiel de son activité consistait dans l’injure, antisémite pour l’une, de classe pour l’autre. Parce que, précisément, ces extrémités eurent lieu en France et déclenchèrent des phénomènes de tyrannie, la société n’y adhère plus aujourd’hui. En brandir sans réserve la menace, c’est courir le risque de se tromper aux yeux de l’opinion publique.

Il y a une autre méconnaissance en ce qui concerne la tradition républicaine en matière de liberté, et de liberté de la presse. La loi qui la régit datant de 1881, il serait bon de revenir vers les débats qui l’ont précédée et qui, d’une certaine manière, demeurent d’actualité puisque la législation, même modifiée, reste valable.

Que disait Georges Clemenceau aux républicains inquiets de la puissance maintenue de la réaction monarchiste et soucieux de protéger le jeune régime en instituant un délit d’« outrage à la République » ? : « La République vit de liberté ; elle pourrait mourir de répression (…) comme tous les gouvernements qui l’ont précédée et qui ont compté sur le système répressif pour les protéger (1er février 1881).« 


Enfin la méconnaissance touche le cadre universel auquel appartient la République et qui fait que la France ne peut pas se penser indéfiniment comme une exception. Dans les grandes démocraties du monde, les conflits majeurs entre des pouvoirs nécessaires aux libertés publiques comme à la stabilité institutionnelle se résolvent par la voie judiciaire dotée d’une pleine indépendance.

Aux Etats-Unis, la défense de la liberté de la presse est une prérogative de la Cour suprême, en vertu de la Constitution et de son premier amendement. Les juges ont rendu des arrêts déterminants en la matière, en 1964, 1971, 2001. La loi de 1881 relève de cet esprit de justice. Il s’agit de le retrouver et de la retrouver. Mais l’affaiblissement du pouvoir judiciaire depuis trois ans entrave cette possibilité salutaire pour la démocratie.

Voici donc ce qu’un historien peut écrire sur les événements récents. La dégradation de la vie publique qu’atteste l’offensive contre la presse est très préoccupante. Elle témoigne de la fragilité globale des médias d’information, de la défiance pour la justice, du désarroi de nombreux Français assistant au recul des valeurs démocratiques – dont on trouve une trace au plus profond de l’histoire de la République, au profit de la domination des lois de l’argent et du pouvoir.

Les dérives de la presse existent, parce que l’éthique de l’information est en concurrence permanente avec les intérêts politiques, idéologiques, financiers. Mais réduire sa liberté, c’est courir le risque de s’interdire de les montrer. Et de limiter en définitive la République vécue, partagée. C’est-à-dire le lien civique dans la société.


Derniers ouvrages parus : « La République imaginée. France 1870-1914 » (Belin) et de « L’Avenir de l’histoire » (Armand Colin).

Vincent Duclert, historien

 

http://changementclimatique.over-blog.com/article-la-france-au-bord-de-l-implosion-6-54140895.html

 

La presse et les médias ne sont plus que des outils de propagande et de désinformation de l’état,point barre!

 

 
2 Commentaires

Publié par le 20 juillet 2010 dans BILLET D'HUMEUR

 

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2 réponses à “Attention aux références aux années 1930 !

  1. pyrogene

    24 juillet 2010 at 9 h 09 min

    La presse française est devenue le « canada dry » de l’information…Pas étonnant quand on connait les noms de leurs propriétaires.
    Heureusement, que la « toile » est là !
    Mais les dégâts se font sentir…A force d’habituer les citoyens à ne plus réfléchir et ne lire que des dépêches sans analyses complémentaires de qualités.L’esprit de nos concitoyens adopte la « pensée commune » d’une façon naturelle (normal, puisque tout le monde lit la même info « brut de pommes »).
    Mais le plus regrettable dans ce que nous vivons dans la vie de tous les jours, est cette fatalité mêlée de résignation qui animent nos concitoyens.
    Je ne compte plus le nombre de fois, ou je dois commencer à présenter les évènements lors d’une discussion et d’expliciter que rien n’est immuable dès le début de celle-ci.
    C’est comme la photographie, tout le monde se concentre sur le centre, alors que c’est la profondeur de champs qui va déterminer si la photo est réussit ou pas.
    Nous prenons irrémédiablement le mauvais chemin, si nous voulons un jour vivre dans une société qui nous convienne.

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    • realinfos

      25 juillet 2010 at 11 h 25 min

      Bonjour Pyro,
      Eh oui,nous sommes devenus de beaux gros moutons lobotomisés,mais je pense que le dénouement est proche au vue de l’actualité planétaire!

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