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Archives du 21 février 2010

Le Bohemian club

 

Encore plus secret que les Skull and Bones (Tête de mort et ossements),
l’association ultra-confidentielle dont George W. Bush fut membre (F&D
98 et 99), apparaît le Bohemian Club, un cercle plus qu’ultra-sélectif
exclusivement masculin et qui ne regroupe que des « maîtres du monde ».
Pour la France, trois seules personnalités y ont été cooptées : Valéry Giscard d’Estaing, aujourd’hui président de la Convention sur la réforme des institutions européennes, son ancien ministre Jean François-Poncet, et le grand rival de François Mitterrand, l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard. Enquête (inédite en France) sur ce cercle qui se livre une fois par an à de bien étranges pratiques teintées de satanisme.

Sans aucune surprise, dans toute l’histoire de la presse française, un seul article a jamais été consacré au Bohemian Club, pourtant fondé en 1872. Il s’agit d’un article du Point paru il y a une quinzaine d’années. Le Bohemian Club accueille pourtant, chaque année, au mois de juillet, dans la forêt californienne, l’élite des « maîtres de la globalisation », c’est-à-dire l’élite des milliardaires et des hommes politiques américains, mélangée à quelques personnalités étrangères,
issues d’une douzaine de pays, jugées suffisamment puissantes pour être recrutées. Il n’existe que deux ouvrages sur ce cercle hyper-sélect et on ne compte qu’une poignée d’articles alors même que le nombre de ses membres s’élève environ à
2400 (ils étaient 2 335 en 2001).

Pour donner une idée de sa puissance, environ un cinquième de ses membres sont membres de la direction des mille premières sociétés mondiales
apparaissant dans le classement du magazine Fortune. Il s’agit de PDG de multinationales, de membres de cabinets ministériels ou présidentiels, de représentants de
grandes fondations (comme le Council on foreign relations), de l’élite de la justice, du commerce, d’universitaires de premier plan, de
militaires hauts placés dans la hiérarchie, etc. Au total, ils représentent au bas mot le quart de la fortune privée des Etats-Unis.

Le Bohemian Club a été fondé en 1872, par cinq journalistes du San Francisco Examiner afin d’encourager la « bonne camaraderie » (c’est-à-dire ces saoûleries auxquelles
il faut se livrer pour être accepté dans les pseudo-sociétés secrètes étudiantes) et pour « aider à élever le journalisme au niveau auquel il devrait être dans l’estime de la population », les journalistes
sans le sou se considérant alors comme une « vie de bohème ».

Parmi les membres d’honneur figurent Mark Twain ou Jack London. Mais six années plus tard, les objectifs ont largement évolué, faisant désormais
la part belle aux hommes d’influence et une part très minoritaire aux journalistes et devenant ce que Counterpunch appelle « l’antichambre de la Maison Blanche […] Quel est en effet l’endroit où l’on peut rencontrer directement le PDG d’IBM, le couple Rockefeller, les plus grands banquiers, des juges de la Cour suprême ou Charlton Heston? ».

Aujourd’hui, il faut compter entre 18 et 20 ans pour avoir une chance d’être admis tant la liste d’admission
est longue, comptant déjà plus de 1 500 notables bien établis qui sont tous prêts à payer un « ticket » annuel de 10 000 $, sans parler de la
prise en charge du déficit du club comme en 2000.

Situé à une centaine de km au nord de San Francisco, il s’agit d’une
immense propriété privée du comté de Sonoma, achetée par morceaux. Seuls quelques courageux investigateurs comme Anthony C. Sutton (qui édite la Phoenix Letter) ou le mensuel d’extrême gauche Mother Jones (août 1981) ont osé dévoiler quelques noms :
George P. Schultz, Stephen Bechtel Jr
(constructions internationales. C’est au cours de la réunion du BC de 2000 que Bechtel aurait obtenu la quasi-exclusivité de la reconstruction
des infrastructures mises mal par l’Irak au Koweït), Gérald Ford, Henry Kissinger, William Buckley Jr (censé représenter le « conservatisme » américain), Edward Teller (le père de la bombe atomique. C’est d’ailleurs
au cours de la réunion du BC en 1942 que fut mis au point le programme de développement nucléaire militaire), George Bush, Ronald Reagan, A.W. Clausen (Banque mondiale), Caspar E. Weinberger, William French Smith, Thomas Watson (IBM), Phillip Hawley
(Bank of America), William Casey(patron de la CIA), etc. Depuis lors, George Bush père y intronisé, en 1999, son fils George W. Bush,
aujourd’hui président des Etats-Unis (ainsi que son frère Jeb Bush, gouverneur de Floride), lors d’un rassemblement où on retrouvait l’actuel secrétaire d’Etat Colin Powell et Dick Cheney. Pour Suzanne Bohan du Sacramento Bee (qui faillit perdre son travail à cette occasion), c’est véritablement là que fut lancée la campagne présidentielle de George W. Bush, avec prise de contacts poussés aussi bien avec la haute administration que les principaux financiers.

Parmi les principales personnalités, on citera également, uniquement comme orateurs des très fermés « Lakeside Talks » : James R. Lilley, ancien ambassadeur en Chine et Corée du Sud, Martin Anderson, chercheur à la
Hoover Institution, John Major, ancien
Premier ministre anglais, Henry Kissinger, l’éditorialiste David Broder, le PDG de Dow Chemcal Corp Franck Popoff, l’ancien secrétaire
d’Etat à la Défense William Perry, Lou
Gerstner, PDG d’IBM, James A. Baker,
ancien secrétaire d’Etat de Reagan, James Woolsey, ancien directeur de la CIA, le congressiste et ancien ministre Jack Kemp, le cinéaste Francis Ford Coppola, l’ambassadeur
d’Italie aux Etats-Unis Ferdinando
Salleo, le dernier gouverneur de Hong-Kong Christopher Patten, le responsable du service diplomatie de la Georgetown University Chester Crockeer, Antonin Scalia, juge à la
Cour suprême, Pete Wilson, gouverneur de la Californie, Alex J. Mandl, vice-président exécutif d’AT&T, le général Vernon Walters, ancien chef d’Etat major de l’armée américaine, le prince Bandar Bin Sultan, Elliot
Richardson, ex-secrétaire d’Etat à la Défense, George Schulz, ancien secrétaire d’Etat de Reagan, l’astronaute Frank Borman, Michel
Rocard, le milliardaire Malcolm Forbes, William H.Webster, directeur du FBI, l’ancien président du Mexique Miguel De La Madrid, Alex Haley, auteur de Roots, David Packard, cofondateur de Hewlett-Packard, etc.

bohemian.owl
Le magazine Mac Lean (23 mars 1981) précisait que « chaque année, pour trois week-ends, près de 2 000 membres, en compagnie d’invités,
rejoignent le lieu placé sous haute protection situé près du hameau de Monte Rio (1 200 habitants), près de la rivière Russe. La devise
shakespearienne du club, Weaving spiders come here, est une manière de montrer que les discussions trop vives y sont bannies. Même si ce mot d’ordre y est totalement ignoré tant au niveau financier que politique. Alors que cette classe de dirigeants ne laisse que très rarement filtrer des détails sur les accords qui y sont passés, quelques-unes pourtant, comme la promesse de Ronald Reagan à Richard Nixon de demeurer en dehors de la course à l’élection présidentielle de 1967, ont largement participé à façonner le destin de l’Amérique. »

Plus de 2 000 personnes, exclusivement des hommes, peuvent être accueillies dans d’excellentes
conditions de confort, dans environ
120 petits hameaux comme Hillbilies (où se retrouvent la plupart des anciens de la Yale University comme Bush), Derelicts ou Mandalay (le plus chic). La réunion principale se déroule sur quinze jours et trois week-ends (le premier étant le plus proche de la mijuillet), en dehors de réunions beaucoup moins importantes s’étalant sur le reste de l’année.
L’objectif est de « renouer avec la nature » dans la bonne humeur, et, de l’avis de certains participants, dans des libations alcooliques poussées. Les magnats y jouent dans des saynètes saynètes et de petites pitreries (Kissinger se déguisera par exemple en portant… un masque de Kissinger et d’autres se déguiseront en femmes avec tous les attributs afférents…).

Quelques conférences sont par ailleurs professées, mais l’essentiel se règle au cours d’entretiens
informels (mais « juteux »). Comme
l’écrit Peter Phillips, professeur de sociologie à l’université de Sonoma et directeur du Project censored, « On peut imaginer les aristocrates
d’aujourd’hui comme Kissinger, Bush
ou Rumsfeld au milieu d’un cercle d’amis en train de siroter du cognac ou de discuter comment les masses “non qualifiées” ne doivent
pas être suivies pour établir des politiques et comment les élites doivent mettre en œuvre leurs propres valeurs pour en faire des “règles
d’autorité”. Ces clubs d’homme ont représenté historiquement l’institutionnalisation des
inégalités raciales, de sexe et de classe […] En surface, le Bohemian Grove est un lieu privé où les élites régionales et globales se rencontrent
dans la joie et la bonne humeur. Mais, en réalité, il poursuit exactement les mêmes buts que la monarchie française au XVIIIe siècle ou la construction de l’empire britannique au XIXe siècle […] C’est un moyen de construire des liens étroits internes et une unanimité
consensuelle au profit d’une solidarité de classe. Les liens renforcés se traduisent dans les réunions économiques internationales, les partis politiques, les campagnes de financement et au niveau supérieur de la “démocratie”.

Dans un certain sens, ils vivent comme
dans une Bastille qu’ils ont fabriquée eux-mêmes, avec le pouvoir, le prestige et les privilèges, et unis dans la peur de la démocratie
de base (grassroots democracy). » Bien
entendu, aucun compte-rendu n’est jamais publié et aucune liste des participants n’est jamais disponible. Quant à Newsweek (2 août 1982), il rapportait que « la colonie de vacances la plus prestigieuse du monde tient ses réunions à 120 km au nord de San Francisco. Les 1 500 hectares de retraite hautement protégés sont un véritable Etat dans l’Etat exclusivement réservé aux mâles du Bohemian Club auquel chaque président, depuis Herbert Hoover, a
appartenu. » Et de citer par exemple l’une des conférences majeures qui
y fut prononcée, celle de Kissinger sur Le Défi des années 80.

A trois reprises, l’enquêteur Dirk Mathison devait réussir à infiltrer ces
réunions avec l’aide d’opposant, réunis dans le Bohemain Grove Action
Network. Il entendit le discours de John Leman, ex-secrétaire à la
Marine de Reagan, sur Les Armes intelligentes, dans lequel ce dernier
estimait à 200 000 le nombre d’Irakiens assassinés durant la ratonnade
dite Guerre du Golfe. Les autres orateurs furent Dick Cheney (aujourd’hui
vice-président), sur Les Problèmes majeurs de la défense du XXIe
siècle, l’ex-secrétaire d’Etat à la Santé de Jimmy Carter, Joseph
Califano, sur La Révolution de la santé aux Etats-Unis : qui vit, qui
meurt, qui paye ?, et l’attorney general des Etats-Unis sous Reagan et
Nixon, Eliott Richardson, sur La Définition du Nouvel Ordre Mondial,
ou encore Helmut Schmidt, ex-Premier ministre allemand, sur Les
Enormes problèmes du XXIe siècle.

Les données recueillies sont toutefois fragmentaires en raison de l’extrême surveillance mise en place, mais quelques journalistes d’investigation, tels O’Brien ou Phillips, se sont interrogés sur le « pourquoi » de telles réunions où l’alcool coule à flots et où d’étranges cérémonies druidiques, sous couvert de « représentations théâtrales », prennent place, officiellement dans le but de célébrer l’« esprit de bohème », avec
un étonnant rituel débutant par « l’incinération des soucis » (Dull Care, soit le « poids des soucis »), semblable au « bonhomme hiver » brûlé
chaque année, pour célébrer le retour du printemps. Au cours de cette
étonnante cérémonie, on voit en effet le gratin financier de la planète se
presser autour d’un rocher de 12 mètres de haut représentant un hibou
(assimilé à la bouche de Moloch), devant lequel est allumé un immense
feu de joie où les « maîtres du monde » sont censés (ce n’est pas une
blague contrairement à ce que nos lecteurs pourraient penser) se
« décharger » de leurs soucis. Le tout étant très officiellement annoncé
dans le programme interne sous le titre « Consecutive Cremation of
Care », avec intervention d’un « High Priest » (Grand Prêtre en robe de
soie d’argent et d’or), d’un « Voice of the Owl » (la voix du hibou) et
d’un « Funeral Cortege ».
Bohemian Grove Luminaries

Dans THEM : Adventures with extremism (Picador, 2001), John Ronson, quoique critique, rapporte comment il a assisté clandestinement à cette cérémonie macabre, dont il cite divers chants, hymnes et stances, divers discours funèbres et autres mascarades. Après une procession
aux flambeaux, les hommes, déguisés, s’approchent en chantant, avec l’accompagnement d’un orchestre dissimulé, pour allumer le bûcher, pendant que le Grand Prêtre prononce des odes au soleil de l’été. Une effigie en papier mâchée grandeur nature, représentant un être humain, est alors jetée dans le brasier.

Cet enquêteur y voit une simple preuve d’immaturité de l’élite de la planète,
à la manière de la fête de Halloween pour les enfants : « Ma dernière
impression était celle d’un sentiment dominant d’immaturité : les
imitateurs d’Elvis Presley (NDLR : certains se déguisent en chanteurs),
le rituel païen mystificateur, les saoûleries (NDLR : l’auteur a compté
l’impressionnant nombre de bouteilles vides dans l’un des camps et
consulté des photos). Ces personnes ont peut-être atteint le sommet de
leurs professions mais émotionnellement, ils semblent en être resté à
leurs années de faculté. »

Pour d’autres, c’est quelque chose de tout différent qui se cache derrière
de telles cérémonies. Un article paru dans le journal des environs, dont
certains habitants paraissent peu goûter de telles fariboles et qui évoquent
des pratiques sectaires (voire sataniques), le Santa Rosa Sun
(juillet 1993) établit un rapport avec le culte de Canaan et la légende de
Moloch, le dieu auquel on sacrifiait des êtres humains. Canaan, c’est la
terre de Phénicie et de Palestine, celle qui anticipe Israël. Supposée
dérivée de la religion babylonienne et sumérienne, elle influença très
largement la religion israélite primitive, où Moloch devint Nemrod ou
Tammouz, et où les pratiques sectaires faisaient appel au sacrifice
humain. Il en est de même à Carthage avec le fameux sacrifice du
« molk », où des nouveaux-nés étaient livrés au feu. Mille ans plus tard,
la Bible mentionne encore de nombreux sacrifice d’enfants. Dans Le
Paradis perdu, le poète John Milton écrit : « D’abord s’avance
Moloch, horrible roi, aspergé du sang des sacrifices humains et des
larmes des pères et des mères, bien qu’à cause du bruit des tambours et
des timbales retentissantes le cri de leurs enfants ne fut pas entendu
lorsqu’à travers le feu, ils passaient à l’idole grimée. »

Pour comprendre cette étrange fascination pour ces étranges rituels
macabres, on reviendra sur les Skull & Bones (S&B) que nous avions
déjà étudiés (un article très riche sur le rituel des S&B, et son inspiration
anti-indienne, est paru depuis lors dans The Observer, 19 avril
2001). Le Lakota Nation Journal (printemps 2000) a rapporté comment
Prescott Bush, le grand-père de George W. Bush, s’était emparé du
crâne du grand chef apache Geronimo lorsqu’il était en poste à Fort Sill
(Oklahoma) en 1918. La nation apache a découvert que celui-ci fut
transféré au siège des S&B à New Haven (Connecticut) afin de servir à
la plupart des cérémonies d’intronisation de nouveaux membres. Dans
les années 90 lorsque des enquêtes furent conduites et un procès intenté,
les restes macabres disparurent.

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Skull and Bones

Skull and Bones members

 

Au sein de la très élitiste et puritaine université de Yale sont co-optés chaque année quinze fils de très bonne famille. Ils forment une société secrète aux rituels morbides : les Skull and Bones (Crâne et os). Tout au long de leur vie, ils se soutiennent et s’entraident face aux velléités démocratiques d’une plèbe qu’ils abhorrent. Les deux candidats à la dernière élection présidentielle, George W. Bush et John Kerry, loin d’être des adversaires, s’y côtoyaient en secret depuis trente-six ans. Alexandra Robbins a consacré aux Booners une enquête qui fait référence. Son livre est maintenant disponible en français.

L’association des Skull & Bones nourrit une importante littérature conspirationniste, qui rend responsable ses membres du scandale du Watergate, de l’invasion de la Baie des Cochons ou encore de l’assassinat de John F. Kennedy. Par ses connexions avec le milieu des affaires, notamment le secteur bancaire, ces anciens potaches de l’université de Yale contrôleraient la finance mondiale, voire l’avenir de la planète. Les Skull & Bones auraient d’ailleurs noyauté le Council on Foreign Relations, la Commission Trilatérale, la CIA, etc.

Il n’est pas question de discuter dans Voltaire, une publication laïque, de l’ésotérisme pratiqué au sein de cette organisation au cours des rites d’initiation, ou des cérémonies annuelles, mais d’analyser sa fonction sociale et son éventuel rôle politique. Les Skull & Bones illustrent surtout comment, aux États-Unis, s’est perfectionné un système de reproduction des élites par le biais d’une sélection qui, contrairement au mythe du self-made man, ne doit rien au hasard ou aux qualités individuelles. En effet, comme le souligne Anthony Sutton, les membres les plus actifs de l’organisation viennent d’un « noyau d’environ 20 à 30 familles », attachées à la défense de leur héritage et de leur lignée. Il existe ainsi de nombreux mariages entre des représentants des familles membres des Skull & Bones, bien que seuls les étudiants mâles aient pu, jusqu’à une date récente, adhérer à l’organisation.

JW Bush à gauche de l’horloge.

Yale, une université puritaine et élitiste

Les Skull & Bones sont nés sur le campus de l’université de Yale. Un choix qui, selon la remarquable enquête de la journaliste de l’ Atlantic Monthly, Alexandra Robbins, ne doit rien au hasard [1].

Au début du XVIIIe siècle, l’ensemble des universités états-uniennes, qu’il s’agisse d’Harvard, Dartmouth, Williams, Bowdoin, Middlebury ou encore Amherst, ont été fondées par des Congrégationalistes. Mais ils subissent alors la concurrence des Presbytériens, ce qui incite le président d’Harvard, Increase Mather, à agir. En 1701, il quitte son poste et créée une nouvelle université, « afin que l’Intérêt de la Religion soit préservé, et que la Vérité soit transmise aux générations futures ». Avec l’aide de dix pasteurs, dont neuf viennent d’Harvard, il parvient ainsi à fonder le Collegiate School of Connecticut. En 1711, Isaac Newton, Richard Steel et Elihu Yale sont approchés pour transmettre des livres de leur collection personnelle à la jeune institution. Les contacts avec Yale, devenu extrêmement riche grâce à ses activités au sein de la Compagnie des Indes orientales et en tant que gouverneur de la colonie de Madras, sont particulièrement fructueux. Non content de fournir des livres, il finance également largement l’université, qui lui rend hommage en prenant son nom, à partir de 1720, Yale University.

Les liens avec le congrégationnalisme garantissent le puritanisme de l’enseignement et du mode de fonctionnement de Yale. Les étudiants et professeurs doivent prononcer une profession de foi à leur entrée dans l’établissement, et peuvent être renvoyés si leur sincérité est sérieusement mise en doute. À ce puritanisme s’ajoute un élitisme forcené : les étudiants sont classés, dès leur arrivée à Yale, non pas en fonction de leurs capacités, mais de la position sociale de leurs parents. En tête de classe, les fils ou petit-fils de gouverneurs, de vice-gouverneurs. Puis viennent les membres des familles de juges de la Cour suprême. Un plus bas dans le classement, on trouve les fils de pasteurs et d’anciens élèves. En queue de peloton, les fils de fermiers, de marchands et d’artisans. Ce classement décide de la place attribuée à chaque élève dans les salles de classe, à la chapelle et à la cantine. Le plus étonnant, note Alexandra Robbins, n’est pas que ce classement d’entrée dépende du statut social de la famille de l’élève, chose courante dans beaucoup d’universités au XVIIIe siècle, mais plutôt qu’il n’évolue pas avec la scolarité. Ainsi Yale devient l’exemple idéal-typique d’une institution reproduisant les élites et leur hiérarchie interne. Le déclassement est en général occasionné par un manquement disciplinaire, et sanctionne le fait que l’élève a ainsi entaché l’honneur de sa famille.

Il faut ajouter à ce mode de fonctionnement peu banal la licence explicitement donnée aux élèves plus âgés de bizuter, voire de brimer et d’humilier les étudiants des classes inférieures. Le règlement prévoit une série de mesures visant à assurer le respect de la hiérarchie la plus arbitraire, fondée uniquement sur l’âge. Lyman Bagg a raconté dans un ouvrage, Quatre ans à Yale, paru anonymement en 1871, comment il analysait les mécanismes mis en place par l’institution. Ces pratiques autorisées reflètent selon lui le « pouvoir énorme des « coutumes » de l’école dans la création d’une folie temporaire qui fait des hommes faibles des êtres cruels et des hommes bons des êtres sans pitié ».

Cette propension à l’élitisme, à la hiérarchie brutale et au puritanisme incite les élèves, à la fin du XVIIIe siècle, à monter plusieurs sociétés parallèles à l’université. Il s’agit au départ d’associations littéraires, telles que Linonia et Brothers in Unity. L’ensemble des élèves est appelé à adhérer à l’une ou l’autre des organisations. Ce qui n’est pas assez élitiste pour ceux qui souhaitent une stricte reproduction de la nouvelle « aristocratie » états-unienne. En 1780 la branche Alpha de l’organisation Phi Betta Kappa est fondée à Yale. Plusieurs autres sociétés fleurissent à l’époque : la Beethoven Society, l’Hexahedron Club… Petit à petit, les salons littéraires perdent de leur importance, remplacés par des sociétés secrètes, plus élitistes et plus fermées. Au milieu du XIXe siècle, on en dénombre trois principales : les Skull and Bones (Crâne et os), les Scroll and Key (Parchemin et clé) et Wolf’s Head (Tête de loup).

Parallèlement, le corps enseignant de Yale décide de suivre le mouvement. Six ans après la création de Skull & Bones, six membres de l’élite enseignante de l’université se réunissent au sein du « Club », bientôt appelé le « Old Man’s Club ». Parmi ses six membres fondateurs, on trouve les professeurs Josiah Willard Gibbs et Theodore Dwight Woolsey. Bientôt, l’organisation comptera dans ses rangs William Howard Taft, le futur chief justice du Connecticut Simeon E. Baldwin, l’universitaire Thomas Bergin, le neurochirurgien Harvey Cushing, et le fondateur des Skull & Bones, William H. Russell. Seuls Thomas Bergin et Harvey Cushing ne deviendront pas, par ailleurs membre des Skull & Bones.

La guerre de l’opium

L’université de Yale était un terreau particulièrement fertile pour qu’y prospère une société secrète aussi élitiste et influente que les Skull & Bones. Mais le succès de cette organisation secrète doit aussi beaucoup à la personnalité de son fondateur, William H. Russell. Celui-ci appartient à la grande famille Russell, dont l’un des membres, le révérend Noadah Russell, membre éminent de l’Église congrétionnaliste, a participé à la création de Yale. La famille Russell s’est également impliquée dans la grande guerre de l’opium qui oppose le Royaume-Uni à la Chine dans la première moitié du XIXe siècle.

À la fin du XVIIIe siècle, l’opium cultivé au Bengale avec la bénédiction de l’Angleterre est soumis à un monopole d’exploitation confié à la Compagnie des Indes orientales, une société qui dépend directement de la Couronne et à laquelle Elihu Yale a participé par le passé. La guerre de l’opium, qui commence vers 1815, vise à introduire de force cette drogue sur l’énorme marché chinois. De 320 tonnes annuelles en 1792, la contrebande d’opium atteint 480 tonnes en 1817, puis 3200 tonnes en 1837. La Chine demande alors à la reine Victoria de faire cesser le trafic. La souveraine fait savoir que les revenus ainsi engrangés par le Royaume-Uni sont trop importants pour qu’elle décide d’y renoncer. La tension monte entre Pékin et Londres : en février 1839, un trafiquant chinois est exécuté devant les représentations cantonaises des commerçants britanniques. En juin 1839, la Couronne accepte de détruire d’importantes cargaisons d’opium. De nombreux Anglais quittent alors Canton et Macao pour relancer le trafic d’un peu plus loin, sous la protection officielle de la marine britannique. Dans ces conditions, l’incident est inévitable : le 4 septembre, c’est la première bataille navale de la guerre de l’opium, qui aboutit à la destruction de nombreux navires chinois. Ces affrontements révèlent « la faiblesse des jonques de guerre chinoise et la sanglante détermination des protestants anglais pour que soient victorieux les principes du libéralisme fondé sur le trafic de l’opium » [2].

Samuel Russell, cousin de William Russell, est un important protagoniste de la guerre de l’opium. De nationalité états-unienne, il est le fondateur de la Russell & Company en 1813, qui va concurrencer, dans les années 1820, la domination britannique sur le trafic de drogue en direction de la Chine. L’un des membres éminents de la société était Warren Delano, Jr, le grand-père de Franklin Delano Roosevelt.

Du club Eulogie aux Skull and Bones

C’est dans ce contexte que William Russell crée les Skull & Bones, en 1832. Il est difficile d’établir avec précision dans quelles circonstances. Il s’agirait, au départ, d’une réaction à l’exclusion d’un membre des Phi Beta Kappa, Eleazar Kingsbury Forster. Indigné par le procédé, et souhaitant redonner sa vitalité à Yale, William Russell aurait condamné Phi Betta Kapa, pris Forster sous son aile et fondé, avec treize autres étudiants de Yale (dont Alfonso Taft [3]), une société encore plus secrète et encore plus forte, originellement intitulée le Club Eulogie, du nom de la déesse grecque de l’éloquence. Sous l’influence d’un récent voyage en Allemagne, Russell importe bon nombre de références germanques dans le rituel. En 1833, les jeunes membres adoptent la tête de mort et les ossements comme emblème. À la même époque, le chiffre 322 devient le « chiffre clé » de l’organisation. C’est en effet en 322 avant JC qu’est mort l’orateur grec Démosthène. Selon la « tradition Skull and Bones », la déesse Eulogie aurait alors rejoint le paradis, avant de redescendre en 1832 et de rejoindre la société secrète.

En 1856, les Skull and Bones sont officiellement incorporés au sein du Russell Trust, propriété de William H. Russell, grâce à Daniel Coit Gilman (Bones 1852), président fondateur de l’Université John Hopkins. Le 13 mars de la même année, l’organisation déménage son quartier général au sein d’un bâtiment impressionnant sur le campus de Yale, pompeusement baptisé « la Tombe ». L’endroit est rapidement submergé de reliques guerrières et morbides : on y trouve, d’après les témoignages de membres recueillis par Alexandra Robbins, une accumulation de drapeaux, de tentures noires, d’armes recueillies sur les champs de bataille. Pour ne pas oublier qu’il s’agit d’une confrérie d’étudiants, une série de balles de baseball provenant des rencontres mythiques remportées par Yale est exposée dans une pièce. Le logo de la tête de mort est apposée quasiment sur tous les endroits vierges, tandis que des ossements de carcasses animales sont accrochées à divers murs. Quelques squelettes et ossements humains sont également exposés. La plupart des tableaux présents dans l’enceinte représentent la Mort rencontrant tel ou tel personnage célèbre. Une atmosphère proche de l’univers de la famille Adams selon Marina Moscovici, conservateur d’art du Connecticut qui a travaillé à la restauration d’une quinzaine de tableaux en 1999.

Une polémique a éclaté au début des années 1980 autour du crâne de Géronimo, que les Skull & Bones prétendaient détenir. Ils le montrèrent même à un chef de tribu apache d’Arizona, Ned Anderson. Alors qu’on leur en demandait la restitution, les membres de l’organisation présentèrent un crâne différent de celui montré précédemment, et dont l’analyse révéla qu’il s’agissait de celui d’un enfant de dix ans, et non de celui du chef indien. L’authenticité de la relique, qui a depuis regagné « la Tombe », reste donc discutable.

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Quartier général des Skull & Bones, situé sur le campus de l’université de Yale et baptisé « la Tombe ».

Le fonctionnement de l’organisation est aujourd’hui mieux connu. Quinze membres sont recrutés chaque année, ce qui permet d’estimer à environ 800 le nombre de membres vivants de l’organisation à n’importe quelle date donnée. Encadrés par des membres plus anciens, les quinze nouveaux impétrants se réunissent deux fois par semaine pendant un an, pour discuter à la fois de leur vie, de leurs études ou de leurs projets professionnels. Des débats sur des questions politiques et sociales ont également lieu. Une fois par an, la société organise une retraite à Deer Iland, une vaste île située dans le fleuve Saint-Laurent, près de New York, où a été construit un club cossu à l’anglaise. Il s’agit bien de Deer Iland et non de Deer Island, conformément à la volonté de George D. Miller, membre des Skull & Bones et généreux donateur de la résidence [4].

Le rituel d’initiation a fait l’objet des interprétations les plus folles de la part des détracteurs de l’organisation. Pourtant, comme le rituel maçonnique, c’est essentiellement le secret qui l’entoure qui en est l’élément le plus déterminant. Et s’il est possible que les cérémonies se déroulant au sein de « la Tombe » aient eu, un temps, des conotations paganistes, voire satanistes, il faut également rappeler que le bizutage des nouveaux élèves de Yale était, par le passé, particulièrement cruel. Cependant, il est improbable qu’on demande aujourd’hui aux étudiants sélectionnés pour entrer dans l’organisation de se prêter à des jeux sexuels morbides devant l’ensemble des autres initiés.

Le réseau

Le plus fascinant n’est pas ce qui se passe au sein de l’organisation, mais plutôt la cohérence de sa liste de membres, qui révèle le talent des membres de Skull and Bones pour constituer les élites de demain. Ainsi, tout président des États-Unis passé par Yale a été membre des Skull & Bones : il s’agit de William Howard Taft, de George H.W. Bush et de George W. Bush. De même on ne compte plus les personnalités membres de l’organisation qui ont occupé, par la suite, d’importantes fonctions dans le monde politique, diplomatique, médiatique, ou même du renseignement.

L’organisation dispose d’importantes connexions dans le milieu diplomatique, et notamment au sein du Council on Foreign Relations. Ainsi, Henry Stimson, secrétaire à la Guerre de Franklin Delano Roosevelt, l’ambassadeur des États-Unis en Union soviétique, Averell Harriman, ou J. Richardson Dilworth, gestionnaire des intérêts de la famille Rockefeller, étaient membres des Skull and Bones [5].

Des membres de Skull & Bones ont également joué un certain rôle dans l’univers des médias. Henry Luce et Briton Haden, tous deux membres de l’organisation depuis 1920, auraient notamment eu l’idée de créer le journal Time lors d’une réunion à « la Tombe ». Averell Harriman, de son côté, a fondé le journal Today qui fusionna en 1937 avec une autre revue pour devenir Newsweek.

Les connexions au sein de la CIA sont particulièrement impressionnantes : William F. Buckey, membre ultra-conservateur de l’Agence et propagandiste réputé, a été membre de l’association, tout comme son frère, James Buckley, sous-secrétaire d’État à la Sécurité, aux sciences et aux technologies, dans le gouvernement de Ronald Reagan, un poste où il supervisait l’octroi de l’aide militaire états-unienne à destination des régimes de droite. Hugh Cunningham (Bones 1934) a lui aussi accompli une longue carrière dans les services états-uniens, de 1947 à 1973. C’est également le cas de William Bundy, Bonesman de la promotion 1939, et de Dino Pionzio (Bones 1950), chef de station de la CIA à Santiago en 1970, où il s’employa à déstabiliser le régime de Salvador Allende.

Le fait que l’organisation serve de moyen de reproduction à l’élite économique et politique du pays lui a assuré une bienveillance inhabituelle des autorités. Ainsi, en 1943, un acte législatif spécial adopté par l’État du Connecticut a exempté les associés du Russell Trust Association, qui gère, entre autres, les avoirs de la société secrète, de remplir un rapport d’activité comme n’importe quelle autre société. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, ses avoirs ont été gérés par John B. Madden Jr, membre de Brown Brothers Harriman, une société née de la fusion, en 1933, de Brown Bros & Company et de W.A. Harriman & Company. Madden travaillait alors sous les ordres de Prescott Bush, père du futur président George H.W. Bush et grand-père de l’actuel président des États-Unis. Tous ces personnages sont naturellement membres des Skull & Bones.

Autre source de fonds : les Rockefeller. Percy Rockefeller fut membre de l’Ordre, et lia l’organisation aux propriétés de la Standard Oil. Autre grande famille rattachée aux Skull & Bones : les Morgan. J.P. Morgan ne fut certes jamais membre, mais Harold Stanley, membre de l’équipe dirigeante du Morgan’s Guaranty Trust, appartint à l’organisation depuis 1908. W. Averell Harriman, de la promotion 1913, a également été membre du conseil d’administration, tout comme H.P. Whitney et son père, W.C. Whitney. C’est également de manière indirecte que l’organisation a pu profiter des fonds de la famille Ford, apparemment contre l’avis de celle-ci. McGeorge Bundy, membre des Skull & Bones, fut en effet président de la Fondation Ford de 1966 à 1979, après avoir servi de conseiller pour la sécurité nationale sous John F. Kennedy et Lyndon Johnson.

Présidentielle 2004 : le face-à-face Skull and Bones

Les Skull & Bones n’ont pas véritablement de discours idéologique. Encore qu’il ne soit pas anodin de révérer un financier de la guerre de l’opium et d’utiliser comme objet rituel le crâne présumé du dernier chef d’un peuple que l’on vient d’exterminer. Contrairement à ce que la littérature conspirationniste a pu évoquer, il ne s’agit pas d’un club de néo-nazis, d’ultra-conservateurs, ni même de faucons. Néanmoins, en tant que représentant de l’élite future (ce qui nécessite déjà d’appartenir à la classe sociale disposant des capitaux socio-culturels suffisants pour réussir dans les différents champs de pouvoir), les membres des Skull & Bones partagent une même vision du monde et des rapports sociaux. Tous sont des capitalistes partisans d’un pseudo-libéralisme et attachés aux valeurs de Liberté prétendument incarnées par les États-Unis. Bien que récemment gagnées par les sirènes du « politiquement correct », en admettant progressivement des représentants des minorités ethniques et sexuelles, puis des femmes en 1991 – à la consternation, entre autres, de l’ancien président George H.W. Bush – les élites réunies au sein des Skull & Bones n’en demeurent pas moins l’incarnation quasi-parfaite de la pensée unique de la classe dirigeante états-unienne.

Le fait que les deux principaux candidats à la présidence des États-Unis en 2004, George W. Bush et John Kerry, soient membres de l’organisation, ne peut être interprété comme la manifestation d’une élection arrangée à l’avance entre deux personnalités de connivence. En revanche, on peut légitimement s’inquiéter de la manière dont s’établit la sélection au sein du champ politique états-unien. Car si les deux hommes peuvent s’affronter durement, il est indubitable qu’ils appartiennent l’un et l’autre à un milieu social étroit et homogène et que, à ce titre, ils défendent, malgré leurs divergences, des intérêts proches. D’une certaine manière, pour paraphraser un politicien français, l’élection présidentielle de 2004 ce sera « Skull and Bones ou Bones and Skull ». C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Ordre focalise sur lui autant d’attention : il incarne la quintessence du milieu social le plus favorisé des États-Unis, et dont les vues sont loin de représenter l’idéal démocratique auquel aspire le reste de la population. Individuellement, de nombreux membres de l’organisation ont trempé dans la plupart des « coups tordus » des États-Unis des cinquante dernières années, de l’invasion de la Baie des Cochons à l’élaboration de la doctrine nucléaire, en passant par le renversement de Salvador Allende. Et ils n’ont pu le faire qu’en dehors des institutions démocratiques, dans le secret de leur connivence et sur la base d’une fraternité ancienne. Pourtant, aucune décision de ce type n’a jamais été prise au sein de l’association des Skull & Bones elle-même. Ce n’est pas une structure hiérarchisée, apte à prendre de telles décisions et à les faire appliquer. Quoi qu’il en soit, l’Ordre secret reste la façade la plus immédiatement visible de l’« ennemi de classe » que représente l’« aristocratie impériale » des États-Unis.

 

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Le livre de référence d’Alexandra Robbins sur les Skull and Bones est maintenant disponible en français.
« Skull and Bones, La vérité sur l’élite secrète qui dirige les États-Unis » est en vente dans la librairie en ligne du Réseau Voltaire (18 €).

http://www.voltairenet.org/article14367.html

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Publié par le 21 février 2010 dans NOUVEL ORDRE MONDIAL, skulls and bones.

 

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Le protocole des sages de sion

 

 

· Leur origine
« Les protocoles des Sages de Sion » ne sont pas nés au congrès de Bâle de 1897. Ils se présentent comme un programme de domination planétaire à partir d’un groupe d’individus déterminés à imposer un ordre nouveau.
Bien qu’il ait servi aux antisémites, il n’a pas été écrit dans ce but car il est écrit dans un langage tout autre.
(L’énigme sacrée, Michael Baigent, Richard Leigh, Henry Lincoln)

Les Protocoles ont été créés vers 1770. Leur but est la destruction de tous les gouvernements, et de toutes les religions.
Ils utilisent la corruption.
Les « Protocoles des Sages de Sion » existent depuis très longtemps. L’original a été trouvé en 1785. Les Illuminatis l’ont modifié en 1893 pour faire croire que ce sont les juifs qui l’ont créé et l’ont mis entre les mains d’un historien et écrivain russe Sergyi Nilus.
(Le gouvernement mondial de l’Antéchrist, Tome I, Serge Monast)

· Leur découverte
Comment les protocoles ont ils été vus puisque c’est secret ?
Ils ont été mis à jour grâce à un incident ayant eu lieu en 1785 :
« En 1785, le Courrier voyageant de Frankfort à Paris, et transportant sur lui les détails des « Plans » destinés aux Mouvements Révolutionnaires en général, ainsi que des instructions concernant la Révolution Française déjà préparée… fut frappé par un éclair en traversant Rastibon, et mourut sur le champ. Les documents qu’il transportait tombèrent ainsi entre les mains de la Police qui les remit, peu après, au Gouvernement Bavarois de l’époque. Les instructions transportées par le Courrier, provenaient des Illuminatis Juifs d’Allemagne et étaient adressés au Grand Maître des Maçons du Grand Orient de France. »
(Le gouvernement mondial de l’Antéchrist, Tome I, Serge Monast)

· Leur fondement
– Contrôle de l’argent
– Contrôle de la presse
– L’extension du pouvoir : faire croire qu’ils sont les amis de tous
– Le contrôle de la foi : ôter la vraie foi, pensée matérialiste.
– Le moyen d’amener la confusion dans les esprits.
– L’aspiration du luxe
– Le politique utilisé comme instrument
– Le contrôle de la nourriture : ceux vivant en zone rurale est un problème car ils peuvent vivre en autarcie (pour contrer cela, les charges sont augmentées)
– Rôle de la guerre
– Contrôle des loges franc-maçonniques
– La mort : y conduire tous ceux qui font obstacle
(Le Livre Jaune N° 5, Editions Félix)

Exemple de contenu des protocoles : (extrait d’un discours du grand maître de la loge B’nai B’rith, en 1897, au congrès de Bâle,  qui a été retrouvé dans une loge maçonnique à Budapest, après la fuite de Bela Kuhn.)

    Remarque :     Il y a beaucoup d’écrits positifs ou négatifs sur les « Protocoles des Sages de Sion« . Il est interdit de les reproduire ou de les vendre en Allemagne, et même de le posséder chez soi en France sous peine de poursuites pénales ( vive la liberté de presse et d’opinion ). Cela vient certes du fait qu’Hitler s’est servi des Protocoles pour justifier son « génocide ». Il devrait nous être indifférent que ce soient les Rothschild ou des falsificateurs racistes qui utilisent les Protocoles de nos jours. Par contre, il s’agit de voir que ses principes sont de fait appliqués. Nous avons un plan sous les yeux qui montre ce qu’il faut faire pour réduire notre monde à l’esclavage. Savoir qui se sert de ces Protocoles EST PLUS IMPORTANT que savoir qui en est l’origine.

Le PDF :

http://www.kiffegrave.com/wp-content/uploads/docs/les_protocoles_des_sages_de_sion_nilus.pdf

 
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Publié par le 21 février 2010 dans NOUVEL ORDRE MONDIAL, Protocole de sion

 

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la maison ROTHSCHILD.

Beaucoup d’énigmes entourent le centre secret du négoce bancaire international : la maison ROTHSCHILD.

En 1750, MAYER AMSCHEL BAUER acheta la banque de son père à Francfort et troqua son nom pour celui de ROTHSCHILD. Mayer se maria. Il eut cinq garçons et cinq filles.

Les prénoms de ses fils étaient Amschel, Salomon,  Nathan, Kalmann (Karl) et Jacobs (James). Son ascension s’accéléra lorsqu’il obtint les faveurs du PRINCE GUILLAUME IX de HESSE-HANAU. Il prit part, en sa présence, à des rencontres de francs-maçons en Allemagne.

Ce prince Guillaume, ami de la DYNASTIE DE HANOVRE, avait des revenus financiers considérables en louant ses mercenaires de Hesse au roi anglais (de Hanovre). Ce furent les mêmes troupes qui combattirent, plus tard, contre l’armée de George Washington dans la « Valley Forge ». Rothschild devint le banquier personnel de Guillaume. Lorsque le prince Guillaume dut s’enfuir au Danemark à cause des troubles politiques, il déposa à la banque Rothschild le salaire des mercenaires, soit 600.000 livres.

NATHAN ROTHSCHILD (le fils aîné de Mayer Amschel) emporta avec lui cet argent à Londres grâce auquel il put ouvrir aussi une banque. L’or qui servit de garantie était issu de la « East India Company ». Nathan obtint une plus-value de 400% en prêtant de l’argent au DUKE OF WELLINGTON qui finançait ainsi ses opérations militaires et en vendant aussi, plus tard, de façon illégale l’or qui devait servir de garantie. Ces transactions furent à l’origine de la fortune gigantesque de la famille Rothschild .

C’est alors que débuta le commerce bancaire international : chaque fils ouvrit une banque dans un pays différent, Amschel à Berlin, Salomon à Vienne, Jacobs à Paris et Kalmann à Naples. Salomon Rothschild était membre des francs-maçons.

MAYER AMSCHEL ROTHSCHILD écrivit son testament dans lequel il indiquait comment la fortune de la famille devait être gérée à l’avenir. La fortune serait administrée par les hommes et ce serait l’aîné qui aurait le pouvoir décisif et trancherait en cas de désaccord. Toutes les tenues de compte devaient rester absolument secrètes, particulièrement pour le gouvernement.

EN 1773, MAYER AMSCHEL ROTHSHILD aurait rencontré en secret dans la maison des Rothschild, à Francfort, douze bailleurs de fonds aisés et influents (en fait les Sages de Sion) pour mettre à l’étude un projet qui contrôlerait toute la fortune mondiale. Aux dires de Herbert G.Dorsey, ces bailleurs de fonds auraient souligné, entre autres, le fait que la fondation de la « BANQUE D’ANGLETERRE » avait permis d’exercer une influence considérable sur la fortune anglaise. Ils déclarèrent aussi qu’il serait nécessaire que cette banque exerce un contrôle absolu afin qu’ils puissent créer les bases qui permettraient de contrôler la fortune mondiale. Ils en retinrent les grandes lignes par écrit.

Selon les documents de Dorsey et William Guy Carr « Pawns in the Game », ce plan aurait finalement été connu sous le nom de « PROTOCOLES DES SAGES DE SION ».

 

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Création du Dollars.

Dollar

 

 » […] Il prononcera des paroles contre le Trés-Haut, il opprimera les saints du Trés Haut, et il espérera changer les temps et la loi; et les saints seront livrés entre ses mains pendant un temps, des temps, et la moitié d’un temps  » ( Daniel 7/25 ).

Cette organisation ( ou secte? ) est d’inspiration Irakienne : la  » Confrérie du Serpent  » d’origine sumérienne ( avant babylone -4000 av JC, actuellement l’Irak ). Les tablettes Mésopotamiennes indiquent que E.A., Prince de la terre, créateur de l’homo sapiens, se rebella, n’acceptant pas les cruautés que ses congénères infligeaient aux hommes, et fonda la  » Confrérie du Serpent « . Mais la confrérie fut vaincue par d’autres groupes régnants… Les Illuminati descendrait directement de cette ancienne confrérie, bien que les intentions aient changées !

Thomas Jefferson (rédacteur de la Déclaration d’indépendance des états Unis d’ Amérique) fut officiellement nommé Ambassadeur en France en 1785. Lorsque Jefferson arriva en France, le régime était encore une monarchie absolue et il vit donc naître la Révolution Française. Il contribua au financement de la revolution francaise par les americains. Plus tard Il était si estimé qu’il fut invité à siéger à l’Assemblée Nationale lors de la rédaction de la Constitution française. Il écrivit, le 4 juillet 1776 ces mots célèbres (et révolutionnaires) :  » all Men are created equal « .

Plus tard il deviendra le 3ème président des état Unis et le premier à siéger à Washington la nouvelle capitale. Il etait membres des  » lumières  » (Voltaire, Rousseau, Diderot, Kant, Benjamin Franklin, etc.) un groupe philosophique influent.

Il est probable que les  » Lumières  » soit la base de la franc-maçonnerie ( et donc des Illuminati ). Les Illuminati, secte luciferiene créee en 1776 a pour but d’instaurer le N.O.M. ( Nouvel Ordre Mondial ). Ce que nous appelons aujourd’hui la mondialisation, soit un système communiste planétaire!

La France serait directement impliquée dans l’organisation d’un nouvel ordre mondial, visant à installer un gouvernement planétaire, depuis le début, il y a 200 ans environ. Tous laisse à penser que les Gaulistes aient un peu plus de mal à entrer dans le complot.

La secte créee le 1er mai 1776 s’inspire directement de la bible et de l’apocalyspe ainsi que de la sorcellerie. Même si cela reste à prouver, plusieurs facteurs démontrent un lien entre le diable et les  » Illuminatis « . Cependant si la secte utilise les religions, lucifer, la mythologie et la symbolique ( par exemple le nombre 666 ), c’est tout simplement pour faire peur ou brouiller les pistes, c’est peut-être aussi la verité. Nous aurions donc affaire à une secte satanique ou à des fous, ou les deux!

Création des illuminati en 1776 ( MDCCLXXVI ). MDCCLXXVI = 1776 = 1110 + 666. Du temps de la première Babylone, l’équivalent du dollar était élaboré sur un système à base sexagésimale, (toujours actuel dans notre monde moderne puisque tout ce qui concerne nos calculs et mesures d’angles est régi selon un système sexagésimal), divisé en 60 cents, donc on peut par exemple considérer 1110 comme un système de référence à l’ancienne Babylone et convertir 1110 en système centésimal comme celui de la Babylone moderne, en divisant par 100 puis en multipliant le résultat obtenu par 60, soit plus simplement : 1110 x 0.60 = 666 ou 666 dollars type Première Babylone + 666 dollars type Nouvelle Babylone. Voici donc la secte du dollar.

L’Ordre des  » illuminati  » a été créée par Adam Weishaupt, un professeur de loi Canonique à l’Université d’Ingolstadt en Allemagne. Etant né dans une famille Juive, puis converti, il devînt Jésuite. Franc-maçon, s’étant séparé de l’Eglise Romaine Catholique, il était lourdement impliqué dans la pratique de la sorcellerie. Adam Weishaupt voulait greffer sur la Maçonnerie ce Nouvel Ordre dont le serait le maître. Cet Ordre visait à : Etablir un Nouvel Ordre Mondial, Détruire toutes les démocraties, Détruire le Christianisme, Introduire un Communisme mondial en abolissant toute forme de droit à la propriété individuelle, et remettre le pouvoir à  » Lucifer « , leur dieu et l’introniser à la tête du Gouvernement Mondial.

Sa philosophie de base était qu’il fallait détruire toute Religion, toute société existante, et abolir la propriété pour y établir un Nouvel Ordre, sorte de paradis où tous les hommes seraient égaux et heureux. Les Illuminatis sont des Membres des loges du Grand Orient qui ont été initié dans  » L’Ordre et la secte des Illuminatis « . Ils sont un petit, mais puissant Groupe qui se compose, à la tête, des banquiers internationaux, des industriels, des hommes de science, des dirrigeants militaires & politiques, des éducateurs, des économistes, etc. Ce sont des hommes qui ont accepté le  » Plan Luciférien  » comme étant préférable pour gouverner la Création. Ils adorent Lucifer comme cela est requis par Weishaupt dans son livre  » Morales et Dogmes « . Ils ne reconnaissent l’autorité d’aucun mortel exepté celle de leur Chef. Ils n’accordent de loyauté à aucune nation. Ils sont en parfait accord pour la  » Continuation de la Conspiration Luciférienne  » afin d’empêcher l’application du  » Plan de Dieu  » pour le Gouvernement de la Création. Certains pensent que c’est le portrait d’ A. Weishaupt et non celui de G. Washington qui est imprimé sur le billet vert.

Adam Weishaupt est mort le 18 Novembre 1830 à Gotha. Ce 18 Novembre était le 322e jour de l’année, nombre que l’on retrouve sur le blason des  » skull and bones  » ( crâne et os ), la société secrète des universités de Yale et Harvard à laquelle appartient le clan Bush entre autre. Les SS portaient aussi le signe crâne et os sur leurs uniformes…

LE ONE DOLLAR

Eléments de la première ébauche en Juillet 1776: La devise latine: « E Pluribus Unum », L’œil dans le triangle, La Nuée glorieuse, La date: MDCCLXXVI, Le nuage. Deuxième mouture en Mars 1780: Les flèches, La branche d’olive, Les 13 étoiles, Le bouclier avec les 13 étoiles. Troisième mouture en Mai 1782: La pyramide tronquée. Design final en Juin 1782: L’Aigle chauve Américain, Les devises latines:  » Annuit Coeptis  » et  » Novus Ordo Seclorum  » . Selon la version officielle, il n’y a absolument rien d’occulte, sur les recto / verso du billet vert.

La secte Luciférienne des illuminatis est à l’origine de la conception du sceau des USA, visible sur le dollar, et de la déclaration d’indépendance des Etats Unis le 4 Juillet dont le pendant Français est le 14 Juillet, fête commémorative d’une révolution qu’ils avaient financée. C’est à cette même date que pour la première fois l’Euro avait été historiquement côté en bourse avec la même parité que le dollar.

Le sceau de la pyramide tronquée comme celle de Kheops ou Gizeh avec 13 degrés est visible sur le recto des billets de 1 dollars. Il a été créé sur l’ordre d’un des membres de la famille Rothschild, qui était et reste toujours une organisation Luciférienne. La politique et les finances sont les deux moyens employés par cette organisation occulte pour instaurer le gouvernement mondial unifié en programmant trois guerres mondiales pour parvenir à ses fins;  » Illuminati  » signifie  » ceux qui sont éclairés  » ou  » ceux qui savent « , ou  » porteurs de lumière  » au sens latin et premier du nom de  » Lucifer « ,  » Lux fero « , celui qui porte la lumière. Le jour exact de la création du Sceau des Etats Unis étant le 1er Mai 1776.

L’inscription d’une année en chiffres romains sur la base indique  » MDCCLXXVI  » soit 1776. La date 1776 est entre autre : La date de la création du  » Grand Sceau  » des Etats Unis, l’année de fondation de la secte des Illuminati et l’année de la déclaration d’Indépendance des Etats Unis le 4 juillet.  » MDCCLXXVI  » est un système constitué de 6 puis 7 lettres-nombres, à savoir : 1 + 5 + 10 + 50 + 100 + 500 = 666

Le nombre 1776 revêt plusieurs conversions alphanumériques suivant la langue Grecque dont les quelques exemples suivants :

1776 =  » l’agneau qui est au milieu du trône « . (Apoc 7/17)
1776 =  » Je suis le rejeton et la postérité de David  » (Apoc 22/16)
1776 =  » Jésus de Nazareth  »
1776 =  » fleuve d’eau de la vie  » (Apoc 22/1)

1776 (37 x 48) représente la sommation du 4e verset de la Genèse:
 » […] Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.  » (Genèse 1/3 et début de 1/4).

Le motif du sceau avait été adopté par le Congrès le 20 Juin 1782 à l’origine et apposé sur le dollar en 1935. L’œil au centre de la pierre de faîte de la pyramide est l’un des plus vieux symboles maçonniques. George Washington, un franc-maçon, premier président des Etats Unis d’Amérique, le portait déjà en blason sur son tablier de maçon. L’impression sur le dollar du sceau s’était faite sur ordre de Henry Agard Wallace (1888-1965), qui fût par la suite Vice-President des Etats Unis, aux commandes en second derrière le Président Roosevelt, de 1940 à 1944. Henry Agard Wallace, franc-maçon de son état au 32e°, était persuadé qu’il avait une dimension Messianique et que l’Amérique avait été choisie par Dieu pour établir le futur Nouvel Ordre des Ages connu à présent sous le nom de Nouvel ordre Mondial.

Le nombre 153 est, entre autres, un symbole de réunification du troupeau rassemblé par son berger, au moment de l’enlèvement de l’Eglise auprès de Jésus-Christ, juste avant le règne de L’Antéchrist sur la terre entière et sa domination sans partage et tolérée par DIEU puisque ce pouvoir lui  » est donné  » et non pris comme a pu le faire n’importe lequel de ses prédécesseurs dictateurs de notre siècle. Il représente donc une étape importante des événements qui se dérouleront à la fin de notre temps et c’est un signe d’espérance pour les chrétiens. Le  » Grand Architecte  » est le Dieu ( ou GOD ) de la Franc-maçonnerie sur le dollar Américain. Selon les nombres  » Le Grand Architecte  » donne 153 et en anglais:  » The illuminati  » donne aussi 153.

Le nombre 153, n’apparaît qu’une seule fois dans la Bible :
 » […] Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons ; et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point « . (Jean 21/11)

Avec le décalage horaire d’été, la 153 ème heure correspond à la véritable 151e heure solaire. Ainsi à titre d’exemple, de Mars à Octobre 1999, bon nombre de cultes se déroulaient de 10h à 12h du matin de la fin de la 153 ème heure calendaire à la fin de la 153e heure solaire donc. Le passage à l’heure d’hiver s’étant établi dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 octobre 1999, veille de la Toussaint, il est bon de souligner que ce week-end était aussi celui d’Halloween, la (Nouvelle) grande Fête païenne dédiée au Diable et autres Esprits infernaux malfaisants. Le dimanche 31 octobre 1999 avait 25 heures. Dés le début de la semaine précédente, certains supermarchés avaient déjà installé leurs décors de Noël. La confusion s’installe peu à peu, séduction oblige. Il est donc possible à présent de vivre une journée de 23 ou de 25 heures (englobant une période de 217 jours en 1999) au cours d’une année dans la Communauté Européenne il est salutaire de se souvenir que le calendrier avait été recomposé pendant la Révolution Française et que Daniel avait prophétisé que le Dernier Grand Séducteur changerait les lois et le temps :

 » […] Il prononcera des paroles contre le Trés-Haut, il opprimera les saints du Trés Haut, et il espèrera changer les temps et la loi; et les saints seront livrés entre ses mains pendant un temps, des temps, et la moitié d’un temps.(Da 7/25)

L’utilisation donc de cette date pour la déposition officielle du sceau emblématique des Etats Unis d’Amérique est une grossière parodie d’un Plan d’unification planétaire touchant tous ceux qui accepteront la marque de la Bête et son système mondial qui les contrôlera dans leurs actions et leurs pensées.

L’  » étoile de David « , ou  » sceau de Salomon  » est aussi d’origine occulte et en rien Biblique. Elle est composée de deux triangles équilatéraux superposés et opposés. Ce triangle dans ce cas présent peut être composé de 153 éléments avec 17 de ceux-ci représentés de chaque côté.

Révélées par l’étoile de David à 6 branches, également constituée de triangles au-dessus de la tête de l’aigle à droite du billet, les lettres  » N « ,  » O  » et  » M  » forment en Français le mot  » NOM « , alors qu’il s’agit d’une expression rédigée en latin  » Novus Ordo Seclorum  » ( le Nouvel Ordre des Siècles ). Ces lettres frappées sur un clavier de téléphone font apparaître la séquence numérique ‘de la bête:  » 666 « .

L’ oeil d’Horus qui apparaît dans le triangle suspendu car séparé, au sommet de la pyramide est un symbole Luciférien, d’origine Babylonienne et inspirée par les Néphilim, les fameux Géants d’origine angélique rebelle et déchue dont les descendants avaient tant effrayé les deux espions de Moïse en reconnaissance sur la terre promise.

La pierre de faîte qui demeure suspendue au-dessus de la pyramide représente une puissance supranationale, les connaissants inconnus,  » ceux qui savent  » et manipulent à leur gré les éléments comme les finances internationales pour opérer des transferts de richesses. Sur le haut de la pyramide tronquée, la pierre de faîte symbolisée par un triangle séparé ( attendant d’être accolée? ), rayonne comme une étoile. Elle représente un Collège occulte de régnants qui ne sont pas réellement de notre monde tel que l’homme commun peut le concevoir (l’homme commun est celui qui a été créé à l’image de DIEU à l’origine). Un oeil y est inscrit, c’est celui du Dieu Egyptien Horus, ou de Lucifer pour les sociétés occultes, l’oeil qui voit tout. Il s’inscrit dans un triangle.

La pyramide en elle-même, ( comme celle du Louvre ou de Kheops ) comporte 153 couches de pierres de la base au sommet revêt des symbolismes multiples de mesures, de références astronomiques, de hiérarchie… Cette pyramide est l’Eglise occulte de l’Adversaire, l’ensemble de toutes les sociétés dites  » secrètes  » œuvrant pour la Globalisation et le Mondialisme. La réunion de la pierre de faîte à l’ensemble des degrés représentera le royaume de L’Antéchrist, accaparé par celui qui l’a suscité, Satan, aux dépends de son propriétaire légal, Jésus-Christ, pendant un temps très exactement compté en jours.

L’aigle du grand sceau ( que l’on retrouve aussi dans le grand sceau du président des Etats Unis, presque identique à celui-ci ) a été choisi comme symbole de la victoire pour deux raisons : d’abord, parcequ’il n’a pas peur de charger sa proie, il est fort et est assez futé pour voir au-dessus de lui.
Deuxièmement, parcequ’ il ne porte aucune couronne matérielle, le jeune état venant juste de se débarasser du roi d’Angleterre. A noter aussi que le bouclier est sans support, ce la veut dire que ce pays peut maintenant se tenir seul.

Au dessus du bouclier il y a une barre blanche signifiant le congrès, un facteur d’unification : Nous venons ensemble en tant qu’une nation.

Dans le bec de l’aigle il y a l’inscription,  » E PLURIBUS UNUM « , c-a-d « une nation de beaucoup de gens « . Au-dessus de l’aigle 13 étoiles représentant les treize colonies originales.

Symboliquement sur le grand sceau de l’aigle des Etats Unis il y a 13 flèches dans la pate droite de l’aigle et aussi 13 feuilles dans la branche de la patte gauche. Et encore 13 rayures sur le bouclier central. Surement les 13 colonies encore. Le numéro 13 symbolise aussi la révolte de Lucifer. Il y a aussi 33 plumes sur chacune des ailes, symbolisant les 33 degrés de franc-maçonnerie. La fleur du type symbole de la vie sur le dessus contient un hexagrame

La date 1789 visible sur le dollar US rappelle en sous main que la Révolution Française a été ourdie et financée par les Illuminati, 13 ans après leur Déclaration d’Indépendance en 1776, comme prélude de leur programme de mise en place de leur Agenda pour instaurer le Nouvel Ordre Mondial et l’Avènement de leur Antéchrist.

Thomas Jefferson contribua au financement de la revolution francaise par les americains. Plus tard Il était si estimé qu’il fut invité à siéger à l’Assemblée Nationale lors de la rédaction de la Constitution française. Il écrivit, le 4 juillet 1776 ces mots célèbres (et révolutionnaires) :  » all Men are created equal « . Il devint le 3ème président américain et le 1er à sieger à Washington.

Au-dessus du nombre 1789 ( un hommage à la révolution? ), on peut compter 13 trous sur le compas maçonnique. Cette date est portée sur le dollar US et 1776 + 13 = 1789.

Le billet cache de manière beaucoup plus discrète une  » chouette « , à l’opposé de l’aigle qui supporte la lumière solaire de face, dont l’utilisation dans le monde occulte est connue de tous.

A chaque sorcier sa chouette. La chouette est ainsi souvent le symbole de groupes sataniques.

Le  » Bohemians club  » a pour symbole la chouette, c’est très certainement de celle-ci dont il s’agit sur les billets verts de 1 dollar.

UN PLAN VISANT A ETABLIR LE N.O.M

L’expression  » IN GOD WE TRUST  » ( en dieu nous croyons ) peut prêter à confusion car il ne s’agit pas du DIEU d’Abraham mais du  » Faux Christ Solaire porteur de Lumière « , c’est à dire LUCIFER, celui que les hommes inconvertis de la terre, séduits par les Puissances d’égarement, adoreront de façon universelle en lui portant un culte. A ce stade, on comprendra que si le 1er mai 1998 est considéré comme une date hautement historique avec la reconnaissance de l’EURO comme monnaie unique de 11 pays de l’UE, la nomination du Directeur de la BCE à Francfort pour sa mise en place, la disparition programmée et acceptée des devises est en conformité avec un Plan visant à établir le N.O.M., le Nouvel Ordre Mondial avec à sa tête future, le SUR-homme, aux compétences EXTRA-ordinaires assurant pour un temps une paix universelle illusoire car il lui manquera une dimension essentielle: L’AMOUR, celui du Créateur pour l’ensemble de ses créatures :
 » […] afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle « . (Jean 3/1516)

Même si l’accomplissement de la promesse semble tarder à venir, c’est conformément aux Ecritures :
 » […] Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance « . (2 Pe 3/9)

L’association de DIEU avec un billet de banque :
 » […] Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! « . (Ac 8/20)

La description en Apocalypse de la Jérusalem céleste permet de l’apparenter soit à la structure d’un carré, soit à celle d’une pyramide en termes mathématiques puisque ses côtés sont égaux entre eux et à la hauteur de l’édifice.

Le Nouvel Ordre Mondial est un retour vers Babel alors que Babel a été dispersée par Dieu en Genèse 11.9 .
La date du 11.9 s’écrit en sens inverse, soit 9.11 aux USA et le numéro d’appel d’urgence ( emergency ) à New York est le 911.
C’est le 11 Septembre 1990 que Bush senior a employé le terme  » Nouvel Ordre Mondial  » lors du 666 ème amendement de l’ONU, quelques mois avant la guerre du Golfe contre l’Irak. 11 ans plus tard c’est un 11 Septembre 2001 que Bush junior joue son rôle avec les événements du World Trade Center. Si les tours forment un 11, c’est au chapitre 11 de l’Apocalypse que II témoins prophétisent pendant 1260 jours, auteurs de fléaux pour faire entendre : la Parole de Dieu. Voir : 11 septembre

AGENTUR ET GOYIM

Les  » AGENTUR « sont des personnes exceptionnellement intelligentes que les Illuminatis choisissent dès leur jeune âge ; qu’ils éduquent ; puis endoctrinent dans l’idéologie d’un Matérialisme séculaire. Par la suite, ceux-ci sont spécialement entraînés, et rendus capables d’agir en tant qu’experts et spécialistes dans les coulisses des tous les Gouvernements : (légitimes et subversifs), aussi bien qu’à tous les niveaux du monde politique, économique et industriel, ainsi que celui des sciences sociales et du religieux.

En exercant un tel contrôle, ils (ces agents-espions des Illuminatis) peuvent ainsi persuader, ou forcer les Exécutifs à adopter des politiques qui permettront de réaliser leurs propres plans secrets en vue de la constitution d’Un Gouvernement Mondial pour lequel ils sont organisés, et même prêts à usurper les Pouvoirs.

Parmi ceux qui savent qu’ils travaillent pour l’établissement d’Un Super Gouvernement Mondial, et ceux qui ne le savent pas, beaucoup ne sont pas du tout conscients qu’ils travaillent pour Satan. Ils sont pour la plupart, gagnés à l’idée du Futur Gouvernement Mondial ! Plusieurs d’entre eux d’ailleurs, n’ont même pas cherché à savoir Qui pouvait bien se trouver derrière la promotion d’une telle idée.
Ainsi, beaucoup n’ont pas réalisé que toutes les organisations avec des aspirations internationales ont été organisé, financé, dirigé et contrôlé par les Illuminatis depuis 1786.

Les  » GOYIMS  » sont tous ceux n’étant pas du Groupe des Illuminatis donc ceux étant sans importance aucune. En d’autres mots, ce terme est utilisé par les Illuminatis pour indiquer, pour reconnaître tous ceux qui sont marqués pour être soumis, indépendamment de leur race ou de leur Foi comme du bétail humain. Plusieurs sont portés à penser que ce mot que l’on retrouve dans les Protocoles des Sages de Sion signifie Gentils ou non-Juifs. Mais l’interprétation du mot dans les années 1920-30, se reférait plutôt à « bétail ». Il était utilisé d’une manière dégradante pour indiquer tous les peuples, toutes les races et toutes les croyances religieuses (le (crédo-symbole) de toutes les Sectes) qui ne sont pas éduqués, et entraînés par les membres Agenturs appartenant aux Illuminatis.

SOURCES :
L’EXCELLENT SITE SECRETE BASE
http://secretebase.free.fr/complots/dollars/dollars.htm

 
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Publié par le 21 février 2010 dans Création du Dollars., NOUVEL ORDRE MONDIAL

 

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La famille Rockefeller.

 

L’INTERNATIONALISME DES ROCKEFELLER

1re partie

par Will BANYAN

Tout au long du XXè siècle et jusqu’à nos jours, la famille Rockefeller, par sa politique de philanthropie et de pouvoir, a eu un rôle prépondérant dans l’avènement de ce qu’on nomme aujourd’hui le « Nouvel Ordre Mondial ».

Les visions des Rockefeller sur le Nouvel Ordre Mondial, de 1920 à 2002

Les plus riches ont manifesté depuis longtemps la suffisance de considérer que leur vaste fortune et le pouvoir politique qu’elle entraîne, leur confèrent le droit de changer le monde. La maison Rothschild, par exemple, la plus puissante des dynasties de la banque du XIXè siècle, utilisa sa puissance et son influence sur la sphère politique à l’occasion de nombreuses tentatives (pas toujours heureuses) de remodeler le paysage politique européen dans le but d’empêcher le déclenchement de la guerre. Ce qui lui valut. dans certains milieux, une réputation de « pacifiste militante ». « Ce que dit Rothschild est décisif », concédait un diplomate autrichien, « et il ne donnera pas d’argent pour la guerre. »

L’attitude de cette famille fut encore mieux résumée par l’affirmation suivante présumée avoir été exprimée par la femme de Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), fondateur de la dynastie: « La guerre n’aura pas lieu, mes fils n’en fourniront pas les moyens financiers. » Il faut comprendre que les motivations des Rothschild à empêcher les hostilités étaient loin d’être désintéressées, la fortune et le pouvoir de la maison reposant sur la stabilité du marché obligataire international, il s’agissait d’une question de survie économique. « Vous ne pouvez avoir la plus petite idée de ce qui arriverait si nous avions la guerre, à Dieu ne plaise ! », se lamentait un des fils de Mayer Amschel en 1830, « il serait impossible de vendre quoi que ce soit. « 1 Les investissements ne sont acceptables que s’ils sont rentables. Aussi banale était la cupidité ainsi affichée.

Au cours du siècle dernier, cependant, la classe sociale des puissants a manifesté plus clairement sa volonté. En fait, l’utilisation de l’argent pour provoquer des changements globaux est alors devenue une noble entreprise, de celles qui suivent habituellement une épiphanie spirituelle, lorsque des décennies de collecte impitoyable de biens débouchent sur un désir soudain d’œuvrer pour le bien commun plutôt que sur une inclination au luxe.

Un pionnier célèbre de cette approche fut Andrew Carnegie (1835-1919), un des dits « barons-voleurs » de « l’âge doré » de la fin du XIXè siècle, alors que l’économie américaine était dominée par les « trusts », dont la compagnie Carnegie Steel. Après avoir vendu sa société au magnat J. P. Morgan en 1901, Carnegie dédia le reste de sa vie et de sa fortune à une croisade pour la paix dans le monde.

Aujourd’hui célébré comme le père de la philanthropie, Carnegie pensait que seule la minorité la plus riche avait prouvé sa capacité à changer la société et que la multitude devait être exclue de telles décisions. « La richesse aux mains de quelques-uns » écrit-il, « peut devenir une force bien plus efficace pour l’élévation de notre espèce que si elle est redistribuée en petites sommes au peuple. « 2 C’est une logique similaire qui guide beaucoup des acteurs de la philanthropie sociale d’aujourd’hui, dont Ted Turner, Bill Gates et George Soros, qui consacrent leurs milliards aux causes « honorables » qui soutiennent leur propre vision d’une société mondiale « juste ».

Cela nous amène naturellement à la famille Rockefeller, qui utilisa sa fortune, dont l’origine remonte au XIXè siècle, pour établir un réseau relationnel philanthropique qui eut une importante influence sur les politiques gouvernementales mises en œuvre sur la planète depuis près d’un siècle.

Ce fait est reconnu depuis longtemps par les spécialistes de la question du « Nouvel Ordre Mondial », qui estiment que les membres de la famille Rockefeller figurent parmi les acteurs clés, sinon les architectes et commanditaires, de ce qui est désigné comme un occulte complot destiné à établir un « Gouvernement Mondial » de nature dictatoriale.

En 1970, par exemple, Gary Allen déclarait dans son livre « The Rockefeller File » (Le dossier Rockefeller) : « l’objectif majeur des Rockefeller aujourd’hui est la création d’un Nouvel Ordre Mondial – un gouvernement unique contrôlant l’ensemble de l’humanité ». Les chercheurs actuels dans le domaine ne sont pas moins affirmatifs sur la responsabilité des Rockefeller. Le très controversé David Icke les décrit comme une famille pivot au sein de la « hiérarchie de lignée génétique » qui s’efforce de mettre en œuvre « l’agenda de la fraternité » visant l’établissement d’un « contrôle centralisé de la planète ». Sans les Rockefeller et leur « manipulation aux États-Unis et au-delà », écrit Icke, « il existerait une liberté bien plus grande aux USA et dans le monde en général ».3

Que l’émergence d’un Nouvel Ordre Mondial soit le produit des décisions prises sur instructions de l’élite du pouvoir, dont font partie les Rockefeller, n’est pas ici discutable, dans la mesure où les preuves en sont considérables. Cependant, certaines questions clés demeurent floues, comme celle qui divise les « anti-mondialisation » sur la question de savoir si ce Nouvel Ordre découle d’un processus habile de renversement des souverainetés nationales (y compris les USA) par des institutions supranationales « socialistes », ou s’il s’agit d’un processus de « capitalisme corporatiste » multinational mené par les USA reléguant les organisations internationales au second plan.4

En examinant les projets spécifiques aux Rockefeller, on peut observer que pour l’élite dessinant le Nouvel Ordre, il ne s’agit pas de choisir entre les institutions mondiales et le marché mondial mais bel et bien d’une combinaison prudente des deux approches, pour laquelle les blocs régionaux servent de tremplins à l’assise d’un système autoritaire et mercantile de « gouvernance mondiale ».

En fait, la famille Rockefeller s’est placée aux avant-postes de l’effort contracté dans le but de convaincre, de flatter et de coordonner l’action des gouvernements en soutien de son projet au cours de la plus grande partie du XXe siècle et ce, jusqu’à nos jours. En effet, les stratégies communément associées à la fois aux deux modèles « libéral » et « collectiviste » de gouvernance mondiale, c’est-à-dire le leadership américain, les Nations-Unies, le libre marché, le néolibéralisme, les institutions financières internationales, les
marchés de libre échange, le contrôle démographique, la réglementation environnementale mondiale, I’Alliance Atlantique et le fédéralisme que les Rockefeller ont soutenus depuis presqu’un siècle, l’ont été soit directement, soit par le biais de diverses organisations de conseil politique de l’élite qu’ils ont financées, fondées ou contrôlées.

Le propos de cet article est de préciser les origines et l’évolution de l’idéologie internationaliste des Rockefeller, depuis John D. Rockefeller Junior, à travers ses fils les plus influents : John D. III, Nelson, Lawrance et David – jusqu’à leur progéniture, couvrant la période de 1920 à nos jours.

John D. Rockefeller, Jr, et l’héritage de Woodrow Wilson

L’histoire de l’intérêt porté par les Rockefeller à l’internationalisme ne débute pas avec des spéculations hasardeuses sur leurs origines reptiliennes ou avec John D. Rockefeller Senior (1839-1937) – le patriarche incorruptible et fondateur de la Standard Oil, fondement du pouvoir de la dynastie, mais avec John D. Rockefeller, Junior (1874-1960), qui contrôla la fortune des Rockefeller pendant la première moitié du XXè siècle. Cela peut sembler contraire aux théories orthodoxes prévalentes et à certains récits plus distrayants, mais les Rockefeller n’ont pas souscrit à l’idéologie mondialiste avant l’époque de John D. Junior.

Malgré ses nombreux voyages en Europe et ses tentatives d’accaparer les marchés étrangers du pétrole (qui eurent pour résultat une scission avec les Rothschild à un certain moment), Rockefeller Senior avait montré peu d’intérêt pour les affaires internationales.
Hormis son immense fortune (équivalant à environ 200 milliards de dollars d’aujourd’hui), le seul autre héritage durable laissé à sa grande famille fut une philosophie et une philanthropie au service de son intérêt déclaré pour l’amélioration de l’humanité, et par extension le concept de Nouvel Ordre Mondial.

Le fondement de la philanthropie de Rockefeller Senior, selon son biographe Ron Chernow, était sa « foi mythique en l’idée que Dieu lui avait donné sa richesse pour le bénéfice de l’espèce humaine ». Il était un fervent Baptiste et sa religion déterminait l’essentiel de sa philanthropie précoce. Il fut aussi influencé par l’argument de Carnegie selon lequel les riches devaient employer leur argent pour atténuer les tensions sociales résultant des inégalités croissantes, plutôt que laisser leurs héritiers le gaspiller à assurer un style de vie hédoniste.

Carnegie écrivit dans la North American Review (1889) que « celui qui meurt riche meurt disgracié ». Inspiré par la devise de Camegie, Rockefeller s’engagea dans un programme philanthropique énergique bien qu’il évitât de faire des dons directement aux nécessiteux. Invoquant le besoin « d’abolir le mal en le détruisant à la source », il investit son argent dans les institutions éducatives en espérant que leurs diplômés « répandraient leur culture largement et sur de longues distances », Rockefeller ne souhaitait pas bouleverser la hiérarchie sociale, souscrivant au point de vue darwinien justifiant la situation de certains au début de la chaîne alimentaire par les défauts de personnalité et une « faiblesse du corps, de l’esprit ou du caractère, de la volonté ou du tempérament »- il pensait cependant développer par sa générosité les « fortes personnalités » nécessaires à une plus large redistribution des richesses »6. Pour lui, changer la façon de penser des gens plutôt que leur condition matérielle était le moyen le plus efficace.

Mais il existait derrière le développement de l’empire philanthropique des Rockefeller des calculs plus pragmatiques. Après l’acerbe histoire de la Standard Oil écrite par Ida Tarbeil dans le McClures Magazine en 1902, « il était obsédé par l’amélioration de son image publique. En institutionnalisant ses dons, il espérait « démontrer que les riches hommes d’affaires pouvaient honorablement se décharger du fardeau de leur richesse » tout en atténuant de futures investigations sur l’origine de sa fortune. L’autre raison qui émergea après que Woodrow \Vilson ait mis en œuvre l’impôt sur le revenu en 1913 fut que les dons à but philanthropique étaient défiscalisés. Ainsi, la création de la fondation Rockefeller en 1913 protégea la plus grosse part de sa fortune des taxes de succession. Cela préoccupait grandement Rockefeller qui s’opposa même à l’impôt sur le revenu de 6 % récemment adopté, déclarant « que lorsqu’un homme a amassé une somme d’argent, le gouvernement n’avait aucun droit de redistribuer ses gains ».7

Au milieu des années 1890, Rockefeller se retira graduellement de la gestion publique de la Standard Oil tout en injectant une bonne part de sa fortune dans la fondation Rockefeller et dans d’autres œuvres caritatives. En 1915, il fit don du reste à son fils et héritier : Junior. A la différence de la sagacité et de la brutalité de son père, Junior était de caractère timide, tourmenté par le dégoût de soi-même et à l’évidence étouffé par le poids des attentes de son père en ce qui concernait la gestion des affaires de la famille et de ses investissements philanthropiques.
C’est dans le but de l’aider dans cette tache incommensurable que Junior engagea en 1920 le juriste Raymond B. Fosdick (1883- 1972) comme conseiller stratège clé.8

Le très convainquant Raymond B Fosdick

On peut s’étonner que le nom de Fosdick soit absent de la plupart des études portant sur le concept de Nouvel Ordre Mondial, dans la mesure où sa relation avec Junior est déterminante à la compréhension de la façon dont les Rockefeller y sont impliqués. Comme l’un des plus proches
confidents de Junior, aussi bien que comme administrateur (1921-1948) puis plus tard Président (1936-1948) de la fondation Rockefeller, Fosdick eut un rôle pivot. C’est lui qui pressa Junior d’embrasser la doctrine internationale libérale du Président Wilson. Il n’est pas surprenant que Fosdick ait été toute sa vie un supporter de Wilson, le reconnaissant lui-même lors d’une conférence donnée en 1956 à l’université de Chicago: « du premier jour de notre rencontre (Wilson) jusqu’à sa mort, ma profonde admiration et mon respect lui restèrent acquis ». Il affirma également avoir formé avec lui « une longue et parfois proche collaboration » depuis 1903, lorsqu’il commença ses études à l’université de Princeton, alors que Wilson était Président.9

Cette première rencontre fut le début d’une longue et productive association et Wilson eut dans les années qui suivirent un rôle moins que passif dans la carrière de Fosdick. Lors de la campagne présidentielle de 1912. ce dernier fut engagé comme secrétaire et commissaire aux comptes du comité de la commission nationale du parti démocrate. Il occupa ensuite divers postes dans l’administration Wilson dont celle de président de la Commission on Training Camp Activities, à la fois dans les départements de la Navy et de la Défense. II accompagna Wilson à la conférence de paix de Paris de 1919 comme conseiller civil. A cette époque, il entretint également de proches relations avec l’énigmatique conseiller du Président, le colonel House.

À l’évidence, Fosdick eut alors une influence importante illustrée par la demande que lui fit Wilson d’accepter l’offre du secrétaire général de la Ligue des Nations, Sir Eric Drummond. concernant le poste de sous-secrétaire. En bon supporter de la Ligue, il accepta avec enthousiasme et prit ses fonctions en juillet 1919. Ce fut une avancée importante qui fit de lui un des deux sous-secrétaires de la Ligue (l’autre était le technocrate français Jean Monnet, futur fondateur de la Communauté Européenne), ainsi que l’Américain le plus haut placé au sein de l’organisation.10
Mais la réalisation des rêves de Fosdick devait être écourtée par l’opposition du Sénat à l’adhésion américaine à la Ligue des Nations qui atteignit son paroxysme avec les tentatives persistantes du sénateur Henry Cabot Lodge d’américaniser l’organisation internationale cette même année. Bien qu’il soit persuadé que les prises de position de Lodge résultaient d’un « degré d’immaturité de nos idées et de notre pensée ». Fosdick savait que la controverse avait rendu sa position intenable, le poussant à démissionner en janvier 1920. Se déclarant lui-même soulagé d’un « fardeau lourd de silence », Fosdick, amer et déçu, était résolu à « dire ses convictions au monde entier ». Réaliser la vision de Wilson d’un Nouvel Ordre Mondial devint alors son obsession.11

À ce point de développement de notre exposé, il est important de revoir ce que signifiait la vision originale de Wilson d’un Nouvel Ordre Mondial.
Trois composantes essentielles l’animaient :
– La première et la plus connue était la Ligue des Nations, conçue par le Président comme une « communauté de pouvoir » et une « paix commune organisée », l’organisation servant de forum permettant d’arbitrer les conflits territoriaux et détenant le pouvoir de renforcer ces résolutions. Selon Henry Kissinger, cette vision audacieuse « traduite institutionnellement revenait à un gouvernement mondial ».12
– La seconde était l’idée de libre marché commercial international défendue par Wilson, comprenant parmi les Quatorze Points de sa doctrine l’exigence d’un total « égalitarisme du marché » et d’une « suppression de l’ensemble des barrières économiques ». Wilson tentait de réaliser la doctrine britannique du libre marché, défendue au XIXè siècle par des économistes comme Richard Cobden et « l’école de Manchester », qui favoriserait l’avènement d’un monde unifié par les liens commerciaux dont toute guerre serait bannie. Mais Wilson considérait également que l’industrie américaine s’était « développée à un point exigeant pour sa survie un libre accès aux divers marchés de la planète ». Enraciner le libre marché par un traité mondial, raisonnait-il, sauvegarderait les producteurs américains.13
– Troisièmement, Wilson était un supporter de l’intégration transnationale, à la fois aux niveaux économique et politique. Ceci apparaissait dans sa proposition avortée du « Pan-American Pact » de 1914-2015 dont le propos, selon son conseiller, le colonel House, était de « souder les deux continents américains au sein d’une union plus forte ». Wilson et House pensaient aussi que le Pan-American Pact servirait de modèle à l’organisation politique de
l’Europe. puis du monde.14
– Quatrièmement. Wilson pensait que les USA devaient assumer le rôle de leader mondial auquel ils étaient destinés « et étendre leur suprématie sur les autres nations pour garantir la paix et la justice partout dans le monde ».15

L’évocation faite ici de « la paix et la justice » doit être bien sûr envisagée avec la vigilance que mérite toute rhétorique politique, spécialement aux vues des nombreux paradoxes qui ont jalonné la carrière politique de Wilson. Après tout, c’est bien lui qui mena campagne pour la présidentielle de 1911-1912 soutenant qu’il resterait ferme face aux « maîtres du gouvernement des États-Unis… que sont les capitalistes et les industriels. » Pourtant il dépendait lourdement de ces mêmes « maîtres du gouvernement », compte tenu que le tiers du financement de sa campagne était assumé par seulement 40 personnes. Parmi eux, les banquiers de Wall Street Jacob Schiff (Kuhn. Loeb & Co.) et Cleveland Dodge, l’agent de change Bernard Baruch et de nombreux industriels, dont les propriétaires de l’International Larvester Company connu aussi sous le nom de  »Harvester Trust »). C’est le même Wilson qui exprima son opposition au « credit trust » des banquiers tout en fondant le système de la Federal Reserve (banque centrale), satisfaisant le double objectif de Wall Street d’internationaliser le dollar américain et de contrôler la création de la monnaie et du crédit aux États-Unis.16

Étant donné que Wilson était lui-même prisonnier des « trusts » qu’il avait publiquement attaqués, il était probablement inévitable que l’un de ses plus dévoués partisans se consacre au service de l’un des plus importants de ces conglomérats.

Guidé par le désir de voir l’ambitieux modèle d’ordre mondial de Wilson devenir réalité, Fosdick avait plaidé en faveur de l’implication américaine au sein de la Ligue des Nations en créant l’Association de la Ligue des Nations en 1923. En janvier 1924, il rendit visite à Woodrow Wilson, alors souffrant, en mal d’inspiration et de guidance. Il ne fut pas déçu, comme Gene Smith le relate dans When the Cheering Stopped (Lorsque les acclamations cessèrent) : Wilson dit à Fosdick qu’il était impensable que l’Amérique fasse obstacle au progrès humain ou qu’elle reste à l’écart car elle ne peut trahir l’espoir de l’espèce. Sa voix se brisa, devint rauque et il murmura que l’Amérique allait apporter son énergie spirituelle à la libération de l’espèce humaine. Celle-ci fera un pas en avant, un pas grandiose : l’Amérique ne pourrait par rester à la traîne. Fesdick était jeune et lorsqu’il se leva pour partir, il fit le serment au nom de la jeune génération qu’ils mèneraient à bien le travail commencé.17

Il est évident que ce testament que fit Wilson – il mourut un mois plus tard – renforça le zèle mondialiste de Fosdick. Absolument convaincu que la seule façon de garantir la paix dans le monde était d’établir une forme de gouvernement mondial et que seul le leadership des États-Unis pouvait en permettre l’avènement, Fosdick dévolut toute son énergie à essayer d’orienter l’opinion publique et celle de l’élite dans cette direction. En 1928, il publia The Old Savage in the New Civillization (Le vieux sauvage au sein de la nouvelle civilisation), qui avalisait les concepts de « conscience planétaire » et « d’intelligence collective. » Il y soutenait que pour que les nations puissent coexister pacifiquement »… nous devons disposer d’un système centralisé, d’une procédure institutionnalisée, par laquelle nous pourrons déterminer des principes et des règles de vie commune… La revendication de la souveraineté absolue des États est devenue à notre époque la suprême anarchie. » 18

Un élève de bonne volonté

Le meilleur atout de la croisade de Fosdick, menée dans le but de ramener les USA dans le schéma d’ordre mondial hérité de Wilson, allait être le très pieux, coupable et influençable John D. Rockefeller Junior. Bien qu’héritier désigné de la fortune de la Standard Qil, la nature impitoyable et la finesse du père manquèrent au fils. Fidèle aux préjugés de son père, Junior s’était affirmé en Républicain convaincu, rejetant à la fois Wilson et la Ligue des Nations, quoique les massacres de la première guerre mondiale l’eussent amené à flirter avec les idées de la coopération internationale. Il avait embrassé l’interconfessionalisme, participant au Mouvement Mondial Inter-églises qui avait cherché à combiner les ressources des confessions chrétiennes protestantes dans une tentative de « Christianisation du monde ».

En Junior, Fosdick affirma avoir trouvé un « homme remarquable » « d’une grande sincérité, muni d’un vif sens des responsabilités » qui « cherchait à être convaincu et non soumis. » D’une façon logique, convaincre Junior de rallier l’idéologie mondialiste devint l’un des buts de Fosdick.19
Bien qu’il ne l’admette pas dans ses mémoires, il fut très efficace à remodeler la vision du monde de Junior. La biographie servile de Junior qu’écrivit Fosdick suggère que l’internationalisme croissant de Rockefeller résultait uniquement d’un mélange inspiré par ses voyages de jeunesse autour du monde et par une « conscience religieuse de la bonté humaine et des liens qui unifient le monde. » Pourtant, compte tenu du rôle de proche conseiller qui lia Fosdick à Junior des années vingt aux années quarante, on remarque une tendance évidente chez Junior, inexplicable par ailleurs, à mani-fester des sentiments internationalistes de plus en plus sophistiqués. Ainsi en vint-il à soutenir la
Ligue des Nations et à fonder le premier corps de l’establishment de l’Est des USA : le Council on Foreign Relations (CFR). Inexplicable uniquement si l’on ignore la connaissance tacite qu’avait Fosdick du caractère très malléable de Junior – « ses opinions étaient invariablement marquées par la tolérance, et l’inflexibilité ne faisait pas partie de son caractère » – et ainsi donc ouvert à ses suggestions20.

Les preuves de la conversion de Junior à l’idéologie de Fosdick abondent. L’une de ses initiatives pendant les années vingt fut la création de Maisons Internationales ouvertes aux étudiants étrangers des universités américaines, Junior y voyait « un laboratoire de relations humaines, un monde en miniature dans lequel une ambiance de camaraderie pouvait se développer. » En 1924, lors d’un discours aux étudiants étrangers, Junior fit part de son espoir qu’un jour… plus personne ne parle de « son pays » mais de « notre monde ».

Inévitablement, poussé par Fosdick, Junior devint plus prompt à soutenir la Ligue des Nations. Fosdick présenta Junior à Arthur Sweetser, un des quelques Américains travaillant encore au sein de la Ligue, qui motiva également son intérêt pour cette organisation mondiale. L’enjeu était clair, amener Junior qui gérait la Fondation Rockefeller à verser des subsides à l’organisme sanitaire de la Ligue et plus tard à faire don de 2 millions de dollars de ses fonds propres pour la création de la bibliothèque de la Ligue. Au cours des années vingt, il attribua également 1 200 dollars annuels au CFR, contrôlé alors par des supporters de Wilson et participa à hauteur de 50 000 dollars à l’établissement du même organisme dans ses nouveaux quartiers de l’immeuble Harold Pratt à New York.21

L’influence durable de l’internationalisme wilsonien de Fosdick est également évidente dans un courrier adressé par Junior en 1938 dans lequel il rit de nombreuses observations au sujet de l’impact des progrès technologiques et de l’interdépendance croissante. En effet, il y prédisait la fin de l’Etat-Nation et y retraçait le cours de l’évolution que ses fils s’efforceront de réaliser, telle une prophétie de leur propre prospérité :
Chaque jour passant, avec son lot de nouvelles inventions augmentant la rapidité des transports et faci1itant la communication, la coopération entre les hommes et les nations devient plus importante. Les nations sont rendues plus interdépendantes que jamais. Les aiguilles de l’horloge de l’histoire ne pourront plus faire marche arrière. L’ancien ordre mondial de l’isolement géographique, de l’autosuffisance personnelle et nationale est définitivement obsolète. Le futur de la civilisation humaine sera déterminé par le degré de succès de l’apprentissage de la coopération et du savoir vivre ensemble des hommes et des nations.22

L’adhésion de Junior à l’internationalisme de Fosdick culmina avec la décision prise à la fin 1946 de faire donation à la ville de New York du terrain accueillant le quartier général de la nouvelle ONU, toujours utilisé aujourd’hui. Mais on peut dire que l’héritage essentiel de Junior reste l’impact de son récent zèle mondialiste sur ses enfants. Son effet fut double : premièrement, il fit évoluer la philosophie philanthropique de son père qui employait la richesse familiale au changement de la société vers une intégration à une pléthore d’institutions et d’organisations qui donnèrent aux Rockefeller « une influence inégalée sur les affaires nationales »23, et deuxièmement il établit une croyance durable en l’idéologie de coopération et de gouvernance internationale de Fosdick, héritée de la vision qu’avait Woodrow Wilson de la Ligue des Nations.

Junior eut six enfants : une fille : Abby, et cinq fils : John, Nelson, Lawrance, Winthrop et David, dont quatre vont continuer à jouer un rôle essentiel dans l’avènement d’un Nouvel Ordre Mondial… et c’est vers eux que je me tournerai pour la suite de mon étude.

Au sujet de l’auteur:
Will Banyan, licencié ès lettres, diplômé en sciences de l’information, est un auteur spécialisé en économie politique de la mondialisation. Il a travaillé pour divers Etats et pour le gouvernement fédéral américain ainsi que pour plusieurs organisations internationales, comme plus récemment sur des objectifs mondiaux pour une société privée. Il travaille actuellement sur une histoire révisée du Nouvel Ordre Mondial et peut être contacté à : banyan007@redifmail.com .

Traduction : David Dennery
Revue Nexus n°28

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1- Citations de Niall Ferguson, The House of Rothschild : Mo-ney’s Prophets, 1798-1848, Pen-guin Books, 2000, pp 231-232

2- Peter Krass, Carnegie, John Wiley & Sons, 2002, pp 242, 410-411

3- Gary Allen, The Rockefeller File, 76 Press, 1976, p77 ; and David Icke, The Biggest Secret, Bridge of Love, 1999, p1-2, 267-268.

4- La littérature sur ces deux interprétations est considérable pour de récents exemples de « corporatisme mondialiste » : David Korten, When Corpora-tions Rule the world, Kumarian Press, 1995 ; Naomi Klein, No Logo, Flamingo, 2000 ; Paul Hellyer, Stop Think, Chimo Media, 1999, et Anita Roddick (ed), Take it Personallv : how globalisation affects you-and powerful ways to challenge it. Harper Collins, 2001. Pour de récents et classiques exemples de la théorie du « gouvernement socialiste mondial » : Gary Allen, None DareCall it Conspiracy, Concord Press, 1972 : James Perloff, The Shadows of Power ; Western Islands, 1998 ; William F. Jasper, Global Tyranny… Step bv Step, Western Islands, 1992 ; Gary Benoît, « Globalism’s Growing Grasp », The New American du 28 février 2000 et William F. Jasper, « Global Tyanny… Boloc by Bloc », The New American du 9 avril 2001.

5- Pour de récents exemples de cet agenda combiné, complété de l’inévitable rhétorique sur la protection de la démocratie, voir : The Commission on Global Governance, Our Global Neighbourhood, Oxford University Press, 1995 ; George Soros, Open Society ; Reforming Glo-bal Capitalism, Little, Brown & Co, 2000 ; et Peter Singer, One World : The Ethics of Globalization, Text Publi-shing, 2002.

6- Rockefeller et Carnegie, cité par Ron Chernow, Titan : The Life of John D. Rockefeller, Sr, Warner Books, 1998, pp 467, 313-314, 469.

7- ibid, pp 468, 566

8- ibid, p 638

9- Raymond B. Fosdick, « Personal Recollections of Woodrow Wilson », EarI Lathal (ed), The Philosophy and Polocies of Woodrow Wilson, University of Chicago Presse, 1958, pp 28-29. Remarquez que Fosdick était aussi membre de tous les bureaux philan-thropiques créés par John D. Rockefeller Jr, dont le Rockefeller Institute for Medical Research, le General Education Bo- ard, l’lnternational Edu-cation Board, le Laura Spelman Rockefeller Memorial, le China Me-dical Board et le Spel-man Fund of New York.

10- Arthur S. Link, Wil-son: The Road ta the White House, Princeton University Press, 1947, p 479 ; Fosdick, « Personal Recollections », pp 29, 35, 39-41 ; et Raymond B. Fosdick, Chronicle of a Generation : An Auto-biography, Harper & Brother Publishers 1958, pp 188-189, 195-196.

11- Fosdick, Chronicle of a Generation, pp 204, 211.

12- Wilson cité par Tho-mas J. Knock, To End AIl Wars: Woodrow Wilson and the Quest for a New World Order, Princeton University Press, 1992, pp98, 112 ; Henry Kissinger, Diplomacy, Touchstone 1994, p 234.

13- Link, Wilson: The Road to the White House, p 24 ; et Wilson cité dans Ross A. Ken-nedy, « Woodrow Wilson, World War I, and an American Conception of National Security », Di-plomatic History, Winter 2001, p 23.

14. House cité par Char-les Seymour (ed), The Intimate Papers of Co. Lonel House, vol 1, Ernest Benn Ltd, 1926, p 215.

15- Wilson cité par Knock, To End All Wars, p 112.

16- Link, Wilson : the Road to the White House, pp 524-525, 490, 403, 485 ; Wilson cité par Lester V. Chandler, « Wilson’s Monetary Re-form », Latham, Woodrow Wilson, p 126, et J. Law-rence Broz, « Origins of The Federal Reserve System : International In-centives an the Do-mestic Free-Rider Pro-blem « , Harvard Univer-sity, May 1998, pp 27-34.

17- Gene Smith, When The Cheering Stopped : The Last Years of Woodrow Wilson, Bantam Books,1964, pp 230-231.

18- Cité dans Fosdick, Chronicle of a genera-tion, pp 215-216, 224-225 227.

19- ibid, pp 215-216 ; Raymond B. Fosdick, John D. Rockfeller, Jr : A Portrait, Harper & Brothers Publishers, 1956, pp 205-207.

20- Fosdick, John D. Rockfeller, Jr, 388-390 ; et John Ensor Harr et Peter J. Johnson, The Rockfeller Century, Charles Scribner’s Son’s, 1988, pp 155-156.

21- Rockefeller cité dans Fosdick, John D. Rocke-feller Jr, pp 390-394 ; Harr & Johnson, The Rockefeller Century, p 156 and « The Library Benefactor : John D. Ro-ckefeller Jr, at UNOG Library website http:// http://www.unog.ch

22- Rockefeller cité dans Fosdick, John D. Rockefeller Jr, pp 397-398.
23- Peter Collier et David Horowitz, The Rockefel-ler : An American Dynas-ty, Holt Reinhart & Wins-ton, 1976, pp 486-487.

Sources : http://www.nonalaguerre.com/articles.htm

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2è partie

Assoiffé de pouvoir, Nelson Rockefeller, second fils de John D. Rockefeller Junior, avait établi pour le Nouvel Ordre Mondial un plan qui rendrait les États Nations obsolètes.

Nelson A. Rockefeller, le « publiciste » (1908-1979)

Dans les années quarante et cinquante, l’élite américaine au pouvoir concevait de grandes ambi-tions pour les cinq fils de John D. Rockefeller Ju-nior. (Pour illustrer les préjugés de l’époque, sa fille Abby fut exclue de ces délibérations.) Des livres, comme par exemple le bel exercice de brosse à reluire d’Alex Morris : Those Rockefeller Bro-thers : An Informal Biography of Five Extraordina-ry Young Men (1953), spéculèrent ouvertement sur la façon dont la progéniture de Junior ferait évoluer l’œuvre philanthropique de la famille. Certaines se vérifièrent exactes. John D. III et Laurance semblèrent tous deux enclins à endosser ce style de vie patricien trempé de philanthropie, tout en tentant d’influer sur la politique gouvernementale depuis les coulisses.

David, bien sûr, le prit de beaucoup plus haut, en conciliant cela avec une carrière de banquier, alors que Winthrop prit le chemin opposé, touchant un peu aux affaires puis exerçant comme gouverneur de l’Arkansas, poste relativement obscur du paysage politique américain.

Ce fut Nelson, second de la fratrie, qui brisa le moule de façon décisive. Contrastant avec ses frères plus réservés et en désaccord avec les at-tentes familiales, Nelson entreprit énergiquement une carrière qui le propulsa aux plus hauts niveaux du gouvernement, d’abord comme officiel puis comme homme politique.

C’était inévitable et à la mesure de sa personnalité dominante au sein de cette nouvelle génération. Il était extraverti et semblait immunisé contre les restrictions et interdits puritains de son père. Nelson possédait également un vaste appétit de pouvoir mais déviait des traditionnels efforts de la famille à calmer les craintes populaires concernant le pouvoir des Rockefeller en gardant un profil bas, et cherchait à être largement connu comme puissant personnage.

Ce fut donc Nelson qui éclipsa l’aîné, John D. III, pour prendre une position centrale dans la conduite des affaires de la famille, décidé à contrôler le réseau philanthropique. Ainsi, après une carrière erratique et peu satisfaisante au gouvernement, il tenta maladroitement de gagner le poste suprême : la Maison Blanche.

Ainsi, pour Nelson, le mérite se mêla à la frustration et le prix qu’il paya fut élevé ainsi que le dommage subi par le nom de la famille. Même David finit par voir en lui, non plus  » un héros qui ne pouvait se tromper, mais un homme prêt à sacrifier presque tout à son ambition démesurée « .24

DU TECHNOCRATE AU POLITICIEN

Spéculant sans réserve sur le nom des Rockefel1er, Nelson ouvrit les portes qui lui permirent de poursuivre une carrière variée au sein du gouverne-ment, aux affaires étrangères dans les administrations Roosevelt, Truman et Eisenhower, bien que son passé ne se caractérisât pas par un sens aigu de la diplomatie.

Sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, il remplit les fonctions de coordinateur du bureau des affaires Inter-Amériques (1940-44), celle de président de la commission Inter-Amérique (1940-47) et de sous-secrétaire d’État pour l’Amérique Latine (1944-45). Sa bonne fortune s’effrita avec Harry Truman qui démit Nelson du Département d’État, apparemment à la demande insistante du nouveau secrétaire d’Etat Dean Acheson qui supportait mal ses efforts fructueux à établir un courant de sympathie pour l’Argentine au sein des Nations Unies. C’est un Nelson assagi qui se retira dans la philanthropie, accepta uniquement les appointements symboliques de président de l’international Deve-lopment Board (1950-51).

Sous Dwight Eisenhower, son étoile brilla à nouveau et il occupa le poste d’assistant aux affaires étrangères du Président (1954-55), puis se retrouva à la tête du  » Forty Committee  » chargé de superviser les opérations secrètes de la CIA. Il avait été à deux doigts d’obtenir une position supérieure au ministère de la défense. Mais une opposition conjointe des autres membres du cabinet présidentiel avait pu convaincre – avec raison – Eisenhower de son intention d’augmenter drastiquement le budget de la défense, provoquant la fin abrupte de sa carrière publique.

Ces expériences furent néanmoins salutaires à son ambition. Ses relations houleuses avec l’establishment technocratique, qui fit à l’évidence une allergie à son intrusion dans sa sphère, ouvrirent son appétit pour un pouvoir politique plus important. Nelson ne se satisfaisait pas d’opérer depuis les coulisses comme le faisaient ses frères et ne pouvait envisager de continuer à subir les humiliations inhérentes aux postes de fonctionnaire moyen.

D’après l’auteur Stewart Alsop, Nelson réalisa finalement  » qu’il n’y avait qu’une seule façon pour un homme très riche comme lui d’obtenir ce qu’il avait toujours recherché – le vrai pouvoir et la véritable autorité politique « 25. Pour lui, cet ultime but était représenté par la présidence des États-Unis.

En 1958, s’appuyant sur son vaste héritage, il lança sa carrière politique, battant W. Averell Harri-man à l’issue du  » combat des millionnaires  » et devint Gouverneur de l’État de New-York, un poste qu’il garda jusqu’en 1973. Comptant sur cette position pour lui servir de tremplin vers la présidence, Nelson fit campagne pour obtenir la représentation des Républicains en 1960, 1964 et 1968, mais échoua trois fois, dont deux contre Richard Nixon.

Ironiquement, ce fut à la suite de la démission de ce dernier lors du Water Gate qu’il réussit finalement à entrer à la Maison Blanche, mais comme Vice-Président d’un Président de transition, Gerald Ford. La survie de Ford à deux tentatives d’assassinat signifie qu’il fut deux fois à un cil d’accéder à la présidence, sans jamais y parvenir. Si près et pourtant jusqu’ici… il n’est pas de mystère quant à la réponse sèche que donnait Nelson, à la fin de sa vie, à la question de savoir ce qu’il aurait souhaité le plus réaliser :  » être Président  » 27.

INTERNATIONALISME OU IMPERIALISME

Il existe deux interprétations concurrentes concernant la vision des affaires étrangères qu’entretint Nelson Rockefeller tout au long de sa carrière politique. La première lui attribue une perception ultra-conservationniste et anticommuniste qui lui valut de la part de quelques journalistes le sobriquet de  » guerrier le plus froid de tous « . Elle voit en lui un impérialiste et militariste qui pensait que les USA devaient  » réagir agressivement à tout événement dans le monde qui menace les intérêts propres au pays  » (Chapman). Les dé-fenseurs de cette perception s’appuient sur  » l’ambition nécrophile  » de Nelson (Fitch) de pourvoir chaque foyer américain d’un abri antiatomique, sur son appel à l’augmentation de 10 % du budget de la défense en 1960, sur ses reproches adressés à Eisenhower d’avoir laissé l’Union Soviétique dépasser les USA lors de la fameuse (mais illusoire) course à l’armement des missiles inter-continentaux et sur son apparente absence de scrupules à utiliser l’arme nucléaire contre l’insurrection communiste.28

La seconde interprétation, de façon contrastée, présente Nelson comme un  » leader dans la campagne qui vise à noyer la souveraineté américaine sous l’hégémonie d’un super-État mondial « .29  »

3Je pense que Nelson Rockefeller a clairement été engagé pour essayer de réduire les USA à une partie d’un gouvernement mondial socialiste  » déclarait en 1958 Robert Welch, fondateur de la John Birch Society.30 On dépeint ici en Nelson un supporter insidieux d’un complot ourdi par la classe dominante et visant à utiliser le communisme pour subvertir la souveraineté des USA et des autres pays du  » monde libre « .

Mais ces théories aussi caricaturales échouent à cerner la véritable nature de la stratégie de Nelson à l’égard de l’ordre du monde. Celle-ci cherchait sur le court terme à assurer à l’Amérique une suprématie militaire garantissant la victoire sur le communisme soviétique et envisageait à long terme que les USA emploient leur statut de superpuissance à dessiner un  » nouvel ordre mondial  » basé sur un fédéralisme planétaire organisé autour de blocs régionaux et le libre échange commercial entre les nations.

Les influences qui fondèrent la politique étrangère de Nelson furent nombreuses, débutant avec celle de son père et de Fosdick et continuant au travers de la pléthore de conseillers politiques en relations internationales qu’il employa. Mais il est essentiel de tenir compte des diverses origines de chaque approche.

Concernant sa véhémente conception anticommuniste du court terme, on découvre une surprenante source. Après son départ peu inspirant de l’administration Eisenhower en 1955, Nelson a employé le Dr Henry Kissinger, partisan à la pointe de la Realpolitik et étoile montante de l’establishment. Ce dernier est large-ment considéré comme adepte d’un gouvernement mondial mais cette assertion résulte de façon primaire d’une analyse grossière pêchant par association déductive hâtive de son appartenance au CFR (Council of Foreign Relations) comme preuve de cette tendance. Il n’y a aucun doute sur le caractère détestable, au mieux égoïste, fourbe et opportuniste de sa personnalité31, mais il n’a jamais été partisan d’un gouvernement mondial.

Par exemple, dans son premier livre issu de son activité au CFR, Nuclear Weapons and Foreign Policv, Kissinger rejette explicitement l’option du gouvernement mondial en la qualifiant de  » guère réaliste « , ajoutant qu’il ne pouvait y avoir d’échappatoire aux responsabilités de l’âge du thermonucléaire par l’établissement d’une autorité supranational « .32
Malgré cela, Kissinger était utile à Nelson, fournissant un support consistant à ses fantasmes anticommunistes belliqueux. D’après Joseph Persico, auteur de ses discours depuis quelques années, « la solide conception qu’avait Kissinger d’un monde maintenu par l’équilibre des pouvoirs convenait parfaitement à Nelson « .33 Mais l’influence qu’eut Kissinger ne doit pas être surestimée. D’une part, son adhésion au principe de l’équilibre de la terreur résultait de son anticommunisme instinctif qui stigmatisait le bloc soviétique comme menace première pour l’Amérique. C’est donc cet équilibre de la terreur à l’œuvre de cette époque et par conséquent les vues froides de Kissinger qui convenaient à Nelson.
Cependant, dans une perspective à long terme. Nelson était incontestablement un internationaliste libéral Wilsonien, couleur qu’il avait déjà manifestée de façon intermittente depuis 1940. Par exemple. il joua un rôle décisif, à travers la controverse générée par la pression qu’il exerça en faveur de l’adhésion de l’Argentine aux Nations Unies, dans l’adoption de l’article 51 (autorisant les alliances inter-étatiques dans le cadre d’une riposte à une agression) dans la charte des Nations Unies.34 Mais dans le même temps, mécontent de la présence soviétique dans l’organisation internationale et déterminé à  » purifier l’Amérique Centrale et Latine de toute  » influence commerciale étrangère « , Nelson était un ardent supporter des blocs régionaux, particulièrement dans la perspective d’un hémisphère occiden-tal unifié sous la houlette des USA « .

Durant la présidence Eisenhower, Nelson fut un des plus féroces défenseurs du concept d’Union Atlantique, en dépit de l’opposition patronnée par le secrétaire d’Etat John Foster Dulles qui qualifiait l’idée de  » prématurée « .36
C’est aussi dans cette période de la fin des années quarante, début des années cinquante, que Nelson, en soutien de son objectif d’encourager l’avènement d’un hémisphère occidental unifié – ou, plus précisément de la domination économique américaine sur l’Amérique Latine – créa I’American International Association for Economic and Social Development (AIA) et l’Interna-tional Basic Economy corpo-ration (IBEC). L’AIA était ostensiblement destinée à promouvoir le développement économique de l’Amé-rique Latine et à combattre  » la pauvreté, la maladie et l’illettrisme « , tandis que I’IBEC était censée encourager l’investissement financier.

Président fondateur des deux institutions, Nelson les conçut na-turellement pour servir son objectif de développement. Mais en vérité, il était guidé par le but moins élevé de rompre les barrières nationales s’opposant à la pénétration des sociétés américaines en relation avec le glissement de la fortune Rockefeller du secteur pétrolier vers ceux de la banque internationale et de l’investissement dans le Tiers-Monde.37

Lorsqu’il décrivait les activités de l’AIA et de l’IBEC, il employait une terminologie retrouvée ensuite dans la bouche des adeptes de la mondialisation.  » Aujourd’hui « , statuait-il à la fin des années quarante, le capital doit aller là où il peut produire le plus de biens, rendre les meilleurs services, rencontrer les besoins les plus pressants des gens.  » Au sujet des actions menées par I’IBEC en Amérique Latine, Nelson faisait remarquer qu’en raison des  » gros problèmes  » auxquels est confronté  » notre mode de vie « , il était essentiel qu’elles démontrent  » que les entreprises américaines peuvent… aider à les résoudre, au bénéfice de notre vie quotidienne et de notre position dans le monde des affaires « . Il déclarait que les USA avaient besoin de maîtriser de tels problèmes  » s’ils souhaitent que leur système survive « .38

De l’ensemble de cette rhétorique de l’aide destinée aux peu-ples, au final, ce qui restait primordial aux yeux de Nelson était de protéger et d’étendre « notre système ».

TROIS SOURCES D’INSPIRATION

Afin de comprendre la plus définitive des expressions de l’internationalisme libéral de Nelson, il est nécessaire d’examiner sa carrière de candidat à la Présidence, du milieu des années cin-quante jusqu’à 1973. On peut noter alors, qu’à l’instar de l’influence qu’eut Fosdick sur son père, au moins trois sources d’inspiration guida la vision de Nelson durant cette période.

– La première fut le rapport de 1959 émanant du Rockefeller Brothers Fund, Prospect for America. Epaulé par Da-vid, Laurance, Winthrop et l’argent de la famille, Nelson avait mobilisé près d’une centaine de membres de l’establishment de la côte Est pour participer à ce projet spécialement conçu pour ses campagnes présidentielles. Les participants étaient divisés en six groupes : trois se focalisaient sur les sujets de démocratie intérieure, l’éducation et l’art contemporain alors que les trois autres s’intéressaient à la défense, la politique étrangère américaine, le commerce international et le développement économique.

Nelson donnait largement dans ce rapport des recommandations détaillées pour établir le leadership des USA lors de la mise en place des accords économiques régionaux, des principes fondant le commerce international et dans la consolidation des institutions internationales.

Les conseils politiques du Prospect for America renforçaient le consensus wilsonien internationaliste libéral de l’establishment, recommandant à l’Amérique de se fixer pour objectif d’établir  » un monde de paix, basé sur diverses entités politiques membres d’une communauté unifiée « , s’agissant pour elle de saisir alors  » l’opportunité de façonner un nouvel ordre mondial « . Celui-ci consisterait en l’existence  » d’institutions régionales subordonnées à une organisation internationale dont l’autorité croîtrait – conçue de sorte à posséder la capacité de traiter les problèmes que les États nations seraient de moins en moins en mesure de résoudre seuls « .

Pour accélérer le programme concernant le libre échange, le rapport arguait que les USA devaient encourager la formation de  » systèmes d’accords commerciaux régionaux partout dans le monde libre « , dont un  » marché commun de l’hémisphère occidental  » comprenant les Amériques du Nord, Centrale et du Sud. Le document avait également loué les Nations Unies comme  » élément constitutif de notre conviction que les problèmes d’impact mondial devaient être traités par des ins-titutions d’envergure internationale. « 39

– La deuxième source d’influence, moins connue, s’incarnait en la personne de Emmet John Hugues (1920-1982). C’était l’auteur des discours d’Eisenhower, conseiller supérieur en relations publiques au Rockefeller Brothers Fund (1960-63), et le chef de campagne de Nelson en 1968. Hughes est décrit par certains récits, non comme une personnalité de premier rang mais comme l’un des  » hommes de confiance  » les plus proches de Nelson, exerçant comme  » idéologue en chef » ou comme  » théoricien de campagne  » à l’occasion de ses campagnes présidentielles manquées.40

C’était également un internationaliste libéral. Dans son livre de mémoires de l’époque passée au service d’Eisenhower, The Ordeal of Power (1963), il se vantait d’avoir inséré dans les discours d’Eisenhower les expressions de « support américain au droit international, les Nations Unies, désarmement et réorientation des efforts en direction d’un allégement de la pauvreté dans le monde  » – Vision révélée également dans le discours  » The Chance for Peace  » prononcé par Eisenhower le 16 avril 1953, au cours duquel il exhortait les Américains à soutenir un programme réunissant  » toutes les nations  » dans l’allocation des capitaux économisés par le désarmement à un  » fonds pour l’aide et la reconstruction du monde « .41

– La troisième source d’influence était représentée par un proche ami et conseiller, Adolf Berle (1895-l97l), dont l’action se solda par d’importantes contributions à l’idéologie de l’internationalisme de Nelson. A la fin des années quarante, sa vision de la guerre froide comprenait la création d’une « politique de bon voisinage organisant les relations communautaires des nations libérales » pour s’opposer à l’URSS. Il s’opposa à l’OTAN arguant que  » le langage des alliances militaires était dépassé « , et soutint à la place le principe de sécurité collective assumé par les Nations Unies. Berle croyait aussi dans les vertus de l’intégration internationale économique, mises en exergue dans son livre paru en 1954, The 20th Century Capitalist Revolution, qui soutenait l’idée d’une dynamique économique capitaliste rendant obsolète l’entité Etat-Nation.

Il participa également au projet Prospect for America, établissant les lignes de recherche des divers groupes de travail et insista sur le besoin de développer  » une philosophie partagée  » pour les affaires étrangères. De plus, Berle collabora avec Kissinger à l’écriture du rapport final, et sa marque peut être perçue dans les sections les plus franchement favorables aux institutions supra-nationales et à l’intégration économique internationale.42″

LE « NOUVEL ORDRE MONDIAL » DE NELSON ROCKEFELLER

Ces diverses influences constituèrent dans les faits une version légèrement mise à jour du modèle d’ordre mondial édicté par le binôme Wilson-Fosdick qui comprenait déjà les notions de libre marché, d’institutions supra-nationales, de suprématie américaine et de défaite du communisme. Nelson souscrivit volontairement et d’une faon répétée, à ce leitmotiv politique au long de sa course pour la Maison Blanche. L’idée que le changement mondial, en particulier en termes d’interdépendance économique, rendant le concept d’État Nation redondant, se trouvait au centre du credo Nelsonien.

Dès 1951, il utilisa le terme « d’interdé-pendance  » pour caractériser les relations économiques entre l’Occident et les pays en voie de développement.43 Mais ce fut dans son essai Foreign Affairs, en 1960, qu’il déclara penser que  » le fait essentiel de notre temps était la désintégration du système politique hérité du XIXe siècle…, la grande idée de cette époque étant celle de monde non pas en com-pétition mais en coopération « .44

De la même façon, au cours de ses conférences sur le fédéralisme à l’université d’Harvard en 1962, il affirmait :
Aucune nation ne peut aujourd’hui défendre sa liberté ou satisfaire les besoins de sa population depuis l’intérieur de ses frontières et par ses seules ressources propres,… 1’État Nation, comme entité séparée, menace, à bien des titres, de devenir aussi anachronique que l’État Cité des Grecques antiques…45

Nelson soutenait que l’État Nation devenait de moins en moins compétent pour assurer ses rôles politiques internationaux, les structures de l’ordre international prévalantes avaient volé en éclat laissant un vide politique historique « .46 L’ancien ordre mondial basé sur l’équilibre des pouvoirs du XIXe siècle n’était plus alors que les  » relations internationales étaient devenues véritablement planétaires  » – ceci exigeait la définition d’un « nouveau concept de relations entre les pays  » sous forme d’un « cadre dans lequel les aspirations de l’humanité puissent être satisfaites pacifiquement… « 47

Simultanément, Nelson critiquait le rôle joué par les Nations Unies, estimant qu’elles  » n’avaient et n’étaient pas capables de mettre en place le nouvel ordre mondial que les événements exigeaient de façon irrésistible « . Il reprochait à l’Union Soviétique et à ses alliés d’avoir affaibli les Nations Unies. Il affirmait que le bloc communiste était dévolu à « la manipulation du processus démocratique des Nations Unies d’une façon suffisamment astucieuse et déterminée pour contrecarrer leur rôle et leur pou-voir « . Mais la menace représentée par le bloc communiste allait au-delà des dommages aux Nations Unies et attentait à la réalisation de ses propres « cruels desseins… regardant l’ordre mondial « . Les communistes avaient  » pris nos mots, nos appa-rences, nos propres symboles d’aspirations et d’espoirs et, … les avaient corrompus, trompés et trahis au profit de leur quête pour la domination du monde « .48

Cependant, au cours des primaires de la présidentielle de 1968, Nelson était moins pessimiste au sujet des Nations Unies, maintenant que l’organisation internationale n’était pas en panne.  » En complément, affirmait-il lors d’un dîner de soutien du parti républicain, les données recueillies montrent que la force des Nations Unies a grandi… » La question était cependant ambiguë :  » Jusqu’à quel point les Nations Unies sont-elles propres à servir l’intérêt des USA, et comment peuvent-elles effectivement favoriser un ordre mondial plus stable… ? » La réponse de Nelson : assurance de la prise en compte de ces deux aspects du sujet. Bien que les USA ne pussent espérer contrôler l’organisation totalement, celle-ci pourrait agir dans  » l’intérêt na-tional  » américain (code habituel pour définir l’intérêt du monde des affaires) en maintenant un ordre mondial qui emploie les ressources d’autres Etats membres. Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, disait-il,  » ont constitué une contribution vitale en faveur de la construction d’un ordre mondial plus stable  » et ont réalisé  » multilatéralement ce que les USA auraient dû réaliser eux-mêmes à un coût bien supérieur « . Les interventions menées par les Nations Unies étaient souvent  » le meilleur moyen de contrôler les crises dangereuses « . alors que les « actions unilatérales  » comme le Vietnam ont tendance à avoir des conséquences « boomerang « .

Il était  » parfaitement clair  » que les interventions des Nations Unies « ont consolidé l’ordre mondial et… également fait progresser les objectifs des USA « .49 Il était donc dans l’intérêt de l’Amérique, selon Nelson, de  » prendre l’initiative du renforcement du rôle des Nations Unies comme médiateur et promoteur de la paix » « , alors  » qu’elles peuvent et doivent être employées comme instrument primordial  » dans la recherche d’un  » monde meilleur « . En support de cet objectif, Nelson pré-conisait que les USA prennent l’initiative en  » amenant les conflits devant les Nations Unies avant qu’ils n’atteignent un point critique « , tout en  » encourageant un fort leadership  » de la part du Secrétaire Général en mettant l’accent sur la  » diplomatie préventive et paisible  » et moins de référence aux votes en faveur des objectifs américains. Insistant sur le nécessaire renforcement des fonc-tions de maintien de la paix des Nations Unies, Nelson encouragea la participation des troupes de plus petits pays à ses opérations, et soutint l’idée du développement de leur financement. »50

Si les principes de Nelson semblent familiers en ce moment, c’est parce qu’ils furent largement repris par le rapport de 1992 du Secrétaire Général Boutros Boutros-Ghali, « An Agenda for Peace « . Boutros-Ghali y faisait réellement écho aux recommandations de Nelson dont les notions de diplomatie préventive, de paix et en faveur d’un équipement prêt à servir pour l’ONU dans tout pays. En dépit d’un bouleversement bref de l’activité durant les années quatre-vingt-dix, ce type de propositions se trouve loin d’être réalisé, spécialement étant donné la suspicion de l’administration Bush à l’égard des capacités de maintien de la paix de l’ONU.

Le  » monde meilleur  » que Nelson avait à l’esprit, censé remplacer le système existant d’États Nations, était essentiellement un monde fédéré réunissant les nations non-communistes. Dans son livre Unity, Freedom & Peace, Rockefeller soutenait en 1968 que l’idée fédéraliste – telle qu’elle fut mise en œuvre par les  » pères fondateurs de l’Etat américain… par leur acte de création constitutionnelle du XVIIIè siècle  » – pouvait s’appliquer  » au contexte plus large de la sphère des nations libres « , au profit d’une  » liberté garantie et d’un ordre stable dans le monde libre « .51

Lors de sa conférence à Harvard, Nelson révéla qu’il avait  » depuis longtemps pressenti que la route de l’unité des nations libres passait par la création de confédérations en Occident et autour de l’Atlantique, peut-être même en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie « .52

Pour atteindre son objectif, il approuva l’extension de la Communauté Européenne comme  » processus d’intégration à la communauté nord-atlantique. « 53  » L’unité politique européenne serait un premier pas  » vers la formation d’une  » communauté atlantique « , affirma-t-il.54
De plus, en encourageant ce type de développement aux Amériques, les USA pourraient prendre la tête de la formation d’une  » Union économique Pan-Américaine  » qui serait alors devenu le marché commun le plus important du monde.55

Mais Nelson était très clair en considérant ce type d’arrangement comme un moyen d’atteindre ses fins ; tenant compte de la menace communiste et des problèmes mondiaux,  » notre progression vers l’unité doit maintenant s’étendre à des actions aussi bien à l’intérieur des régions qu’entre elles ».56 Ainsi, les nouveaux accords régionaux doivent être vus comme l’étape sur le chemin menant à une intégration mondiale :
L’unité en Occident implique un acte de création politique – comparable à celui engagé par les  » pères fondateurs  » de notre pays -peut-être d’une originalité, d’une audace et d’un dévouement plus grands encore. A notre époque, c’est le défi qui nous guide, nous contraint, nous inspire l’élaboration d’une grande alliance nord-atlantique, un regroupement au sein d’une confédération nord-atlantique, qui mènerait à une union mondiale des pays libres.57

Plus tôt, à Harvard, il avait évoqué un danger plus important à ne pas réussir cette unification :
« Le choix historique qui nous fait face n’est pas moins que le suivant : soit les nations libres du monde prendront l’initiative d’adapter le concept fédéral à leurs relations, soit nous serons conduits, un par un, à nous retirer dans un périlleux isolationnisme – politique, économique et intellectuel – si ardemment recherché par la politique soviétique du « diviser pour mieux régner ».58

Nelson Rockefeller fit sien le vieil argument libéralo-internationaliste selon lequel les USA devaient promouvoir le libre marché mondial pour renforcer le système de la libre entreprise et relier ainsi les autres parties non-communistes du monde. Il déclara qu’il devait exister une « expansion et une continuité de la politique commerciale libérale américaine  » dans la mesure où elle bénéficierait non seulement aux pays en voie de développement mais aussi à l’économie des USA.59 Et Dans une dé-marche qui continue aujourd’hui à être connue sous le nom de « régionalisme ouvert « . Nelson soutenait que la formation de regroupements régionaux de libre marché pouvait être un bon moyen d’établir le libre marché mon-dial :
Les accords régionaux en Europe et en Occident doivent être utilisés comme modèles pour l’organisation économique des autres parties du monde. Compte tenu du point clé voulant qu’aucune nation ne puisse réaliser ses aspirations par ses seuls efforts, les regroupements régionaux, développant alors entre eux des politiques encore plus libérales, constitueront alors une étape vers 1’objectif d’un système mondial de libre échange! 60
Reprenant plus tard cet argument lors d’un discours donné au Executive Club en 1964, Nelson recommandait que Washington utilise son influence po-litique pour « établir des règles au sein du GATT, qui puissent garantir que les accords économiques régionaux évolueront vers une libéralisation progressive du commerce plutôt qu’une partition du commerce mondiale selon les préférences et la discrimination « .61

Nelson était également favorable à la formation d’une « banque centrale mondiale  » qui pourrait  » empêcher les crises monétaires et contribuer au progrès économique mondial « , suggérant que le rôle du FMI soit  » élargi dans cette optique « .62
Le thème le plus récurrent de l’idéologie internationaliste de Nelson était l’importance du leadership américain. Les USA, déclarait-il lors de nombreux fo-rums, doivent prendre l’initiative lors du processus de création d’une fédération mondiale, tout comme ils étaient nés « pour l’amour de l’idée » que « l’homme devait être libre pour suivre sa destinée unique et indi-viduelle – une croyance reposant sur notre foi infaillible en la fraternité, attribut de l’humanité entière « .63  » Le tumulte dans le monde ne s’essoufflera qu’avec l’émergence d’un système international plus ou moins généralement accepté » écrivait-il en 1968. « L’objectif est l’ordre… cependant, si nous ne pouvons créer cet ordre seuls, il ne peur être établi sans nous.  »

Pour Nelson, l’Amérique était trop interconnectée pour échapper à ses obligations : en fait,  » les réels in-térêts de l’Amérique sont interdépendants de ceux des autres nations du monde libre « . Les implications étaient ainsi évidentes :
Nous devons assumer un rôle de leadership digne des États-Unis et proportionnel à nos intérêts et à ceux du monde libre qui doivent être considérés comme un tout.

Même la chute du communisme ne libérerait pas les USA de cette charge : « Nous faisons face à des tâches qui seraient, pour l’essentiel, identiques même si le communisme n’avait jamais existé. Il nous est demandé d’œuvrer avec les peuples du monde afin de développer une réelle communauté planétaire. »66

Alors que les années soixante-dix avaient vu ses espoirs de gagner la Maison Blanche anéantis, Nelson Rockefeller recherchait toujours une reconnaissance politique et se toqua d’environnementalisme, développant à nouveau une tendance internationaliste. Dans son livre, Our Environment can be Saved (1970), Nelson invoquait les implications politiques inévitables de la nécessité d’anticiper la dégradation de l’environnement, soutenant que la prévention de la crise écologique imminente pourrait  » devenir un terrain de coopération accrue entre les nations « . A cette fin, il recommandait que les USA  » participent à coordonner la planification de contrôles internationaux « .67

VICE-PRESIDENT PAR ACCIDENT

Le sort voulut que l’autodestruction politique et personnelle de son adversaire Richard Nixon donnât une valeur nouvelle à Nelson et en décembre 1974, après un long processus de révélations et de confirmation au sein d’un Congrès suspicieux, il devint Vice-Président de l’administration juste née de Gérald Ford. Malgré le fait que Nelson fut le prochain en ligne pour accéder à la présidence, ses déclarations de politique étrangère furent rares et très prudentes dans cette période. Avec son protégé au poste de secrétaire d’État aux relations extérieures, Nelson avait envisagé d’exercer un contrôle sur la politique intérieure. Il eut, cependant, des démêlés avec le chef de cabinet de Ford, Donald Rumsfeld, qui était déterminé à maintenir le manque de pouvoir du Vice-président
Bien qu’appointé en fait comme Vice-Président du Conseil des Affaires Intérieures (Domestic Council), Nelson se retrouva largement écarté des prises de décision. Au sujet de sa situation. Nelson raillait : « Je vais aux enterrements et aux tremblements de terre. »70

Sa contribution aux politiques extérieure et intérieure se limitait à officier dans la Commission gouvernementale pour l’organisation et la conduite de la politique étrangère en 1974, et de façon plus controversée comme président de la commission sur les activités intérieures de la CIA en l975.71
En analyse finale, cependant, son rôle quelque peu marginal dans l’administration Ford eut en soi peu de conséquences dans la mesure où le programme wilsonien libéral internationaliste fut adopté par Ford et Kissinger de toute façon, bien que ce soit plus attribuable à l’influence de David Rockefeller.

Sous l’égide de la Trilateral Commission, David avait mobilisé l’establishment contre la Realpolirik de l’administration Nixon avec grande efficacité. Fini le leitmotiv nixonien de  » monde plus sûr  » par l’équilibre des superpuissances et le dédain de l’ONU qui l’accompa-gnait.72 Il était maintenant remplacé par une adhésion inhabituelle (spécialement pour Kissinger) au droit international, à la coopération institutionnalisée entre les pouvoirs industriels (plutôt que des alliances), aux notions de « communauté mondiale  » et « d’interdépendance mondiale croissante « .73

En effet, comme le faisait observer en 1976 l’introduction du texte de « Projet pour les années quatre-vingt » du Council on Foreign Relations, « les prises de positions enthousiastes du président Ford aux sommets de Rambouillet et de San Juan, à l’instar des récents discours de Kissinger, pourraient avoir émané des pages du Trialogue (Journal de la Trilateral Commission)… »74

L’internationalisme des Rockefel1er avait encore laissé sa marque, même si très ironiquement, Nelson, malgré un poste de Vice-Président, n’y joua qu’un rôle périphérique. Sa marginalité s’accrut encore lorsqu’en novembre 1975, sur l’injonction de Ford, Nelson retira sa candidature de Vice-Président lors des élections présidentielles de 1976. Ce fut l’œuvre de Rumsfeld ; pensant qu’il représentait un handicap électoral, le chef de cabinet zélé fit pression pour que Nelson soit débarqué du train présidentiel. Au lieu de constituer la marche finale qui débouchait sur le bureau ovale, comme Nelson le croyait, la Vice-Présidence fut l’impasse dont ne ressortirait plus sa carrière politique.

D’après David Rockefeller,  » la décision de Ford descendit Nelson » et lui fit perdre tout intérêt pour la politique. De plus, « échouant alors que le gros lot semblait à portée de main », Nelson finit sa carrière politique comme un homme amer et aigri ». Il retourna dans la sphère familiale où, dans un dernier sursaut, il tenta de prendre le contrôle de la Rockefeller Brother Foundation des mains de ses frères et échoua.75

La fin de Nelson Rockefeller fut soudaine et controversée à souhait ; l’ex-politicien de 70 ans est rapporté être décédé en plein rendez-vous amoureux avec une de ses employées sexuelles. Néanmoins, son trépas en 1979 provoqua un important et pieux émoi dans les médias contrôlés par les corporations. Time Magazine déclara  » Il était guidé par la vocation à servir, à améliorer et à élever son pays « , alors que le New York Times louait en lui le  » phare de l’internationalisme  » et « l’extraordinaire envergure de l’intérêt et de l’effort qu’il consacra au pays « .76 Kissinger fut encore moins restrictif et fit l’éloge de son bienfaiteur en le qualifiant de  » plus grand américain que j’ai connu « , de  » génie pragmatique qui  » aurait pu faire un grand Président « . C’était en fait une « tragédie pour le pays » qu’il n’ait pu atteindre son but. Kissinger affirmait aussi que l’influence de Nelson sur les politiques nationale et internationale américaines était plus grande que le supposaient beaucoup de gens :
…au final, ce fut souvent Nelson qui établit le programme mis en œuvre ensuite comme politique nationale. Le travail intellectuel de base qui déboucha sur beaucoup d’innovations était le sien… Le destin a voulu qu’il laisse sa marque durable sur notre société, même si c’est d’une manière presque anonyme qu’il conçut ses programmes, qu’il promut ses valeurs et changea la vie de beaucoup.
Si on laisse de côté l’éloge servile et quelque peu imprécise de Kissinger, la montée et la chute de Nelson révèle que sa contribution à l’élaboration du Nou-vel Ordre Mondial fut au mieux marginale. Nul doute que s’il avait été élu Président, ne serait-ce que pour quelques années, il aurait mis en mouvement les plans mondialistes qu’il avait soutenus au long des années soixante. Heureusement, bien que certaines figures de l’establishment ne soient pas de cet avis, cela n’arriva pas.
Mais l’échec de Nelson à accéder au bureau ovale le réduisit effectivement à n’être que le pu-bliciste de la vision du Nouvel Ordre Mondial de sa famille. Il fit la promotion des politiques favorables à une gouvernance mondiale, mais ne fut jamais en mesure de commander à leur mise en œuvre. Alors que Nelson était incapable de s’assurer l’accès au bureau si ardemment désiré et restait largement à l’écart des institutions philanthropiques, spécialement la RBF et la Rockefeller Foundation qui donnaient à la famille son réel pouvoir, l’amertume de ses dernières années n’est pas une surprise.
Comme nous le verrons dans les parties suivantes, ses frères furent alors les plus impliqués dans ces buts philanthropiques, par les fondations et les organismes politiques soutenus par les finances de la famille. Ils eurent l’impact décisif sur la formulation de l’idéologie du Nouvel Ordre Mondial et sa mise en œuvre. Et à leur tête, bien entendu, David…

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NOTES :
24. David Rockefeller, Me-moirs, Random House, 2002, p. 191. Il faut ici remarquer que, d’une façon quelque peu improbable, ce qui déclencha le moment de lucidité chez David fut le divorce de Nelson avec sa première femme, Mary Toci-hunter Clark en 1961, et non sa course impitoyable vers le pouvoir ou ses brimades envers ses frères pour le contrôle des finances de la famille afin de financer ses campagnes électorales. De plus, l’explication de David néglige le coût politique de ce divorce pour la campagne de Nelson en 1964.

25. Stewart Alsop, Nixon & Rockefeller : A Double Portrait, Doubleday, 1960, p. 80.

26. Comme Jonathan Vankin le fait remarquer : « s’il n’y avait eu cette paire de pistolets enrayés, Nelson Rockefeller aurait réalisé son rêve de devenir Président sans même gagner une seule voix ; voir Vakin, Conspi racies, Cover-ups and Crimes : From JFK to the CIA Terrorist Connection, Dell Pu-blishing, 1992, p. 259.

27. Cité dans Cary Reich, The Life of Nelson A. Rockefeller : Worlds to Conquer 1908-1958, Doubleday, New York, 1996, p. xvii.

28. Stephen Chapman, « Rocky as St Sebastian », The New Re-public, 10 février 1979, pp. 12-14 ; Robert Fitch, « Nelson Roc-kefeller : An Anti-Obitaary », Monthly Review, juin 1979, p. 13.

29. Gary Allen, The Rockefeller File, 76 Press, 1976, p. 50.

30. Robert Welch, The Blue Book of the John Birch Society, Western Islands, 1961, p. 113.

31. Pour une revue mordante des offenses de Kissinger dont de possibles crimes de guerre, voir Christopher Hitchens, The Trial of Henry Kissinger, Text Publi-shing, 2001.

32. Henry A. Kissinger, Nuclear Weapons and Foreign Policy, Council on Foreign Relations/Harper & Brothers, 1957, pp. 219-221.

33. Joseph Persico, The Imperial Rockefeller : A Biography of Nelson A. Rockefeller, Simon & Schuster, 1982, pp. 82.

34. Alsop, Nixon & Rockefeller : A DoublePortrait, pp. 88-89.

35. Peter Collier and David Horowitz, The Rockefellers : An American Dynasty, Holt Reinhart & Winston, 1976, pp. 230, 236-238.

36. George E. G. Catlin, The Atlantic Commonwealth, Penguin, 1969, p.49.

37. Blanche W. Cook, The Declassifled Eisenhoower : A Divided legacy of Peace and Political Warfare, Penguin Books, 1981, pp. 295-296.

38. Ferdinand Lundberg, The Rich and the Super-Rich : A Study in the power of Money Today, Lyle Stuard Inc ; 1968, pp. 593-594.

39. Rockefeller Brothers Fund, Prospect for America : The Rockefeller Panel Reports, Double- day, 1961, pp. 24, 26, 34, 35,188, 228 (emphasis added).

40. Peler Collier and David Horowitz, The Rockefellers, pp. 340, 344, Persico, The Imperial Rockefeller, p.7l.

41. Emmet John Hughes, The Ordeal of Power: A Political Memoir of the Eisenhower Years, Atheneum, 1963, pp. 1021H (including speech quote) 218-221.

42. Jordan A. Schwarz, Liberal : Adolf A. Berle and the Vision of an American Era, The Free Press, 1987, pp. 304-305, 311-312.

43. Nelson A. Rockefeller, Widening Boundaries of National lnterest, Foreign Affairs, July 1951, p 527.
44. Nelson A. Rockefeller, « Purpose and Policy », Foreign Affairs ; 1960, p. 383.

45. Nelson A. Rockefeller, The Future of Federalism: The God-kin Lectures at Harvard University 1962, Harvard University Press, 1962, pp.63-64.
46. ibid., pp.67, 64.

47. Nelson A. Rockefeller,  » Policy and The People  » Foreign Affairs, Janvier 1968, pp. 237- 238.

48. Rockefeller, The Future of Federalism, pp. 64-66.

49. Nelson A. Rockefeller, « The Unitel Nations : A Balance Sheet », Viral Speeches of the Day, 15 octobre 1968, pp. 18, 21, 20.

50. ibid., pp.19, 2l.

51. Nelson A. Rockefeller, Unity, Freedom & Peace : A Blue-print for Tomorrow, Vintage, 1968, p. 133.

52. Rockefeller, The Future of Federalism, pp. 75-76.

53. Rockefeller, « Purpose and Policy », p. 383.

54. Nelson A. Rockefeller, « Our Foreign Policy : What is it ? », Vital Speeches of the Day, 15 avril 1964. p. 405.

55. Rockefeller, « Purpose and Policy », pp. 383, 386.

56. Rockefeller, The Future of Federalism, p.76
57. Rockefeller, Unity, Freedom & Peace, p. 146

58. Rockefeller, The Future of Federalism, pp. 68-69.

59. Rockefeller, « Purpose and Policy », p. 384.

60. ibid., p. 386.

61. Nelson A. Rockefeller, « World Trade : The GAU Conference », Vital Speeches of the Day, 1er juin 1964, p. 495.

62. Rockefeller, « Purpose and Policy », pp. 386- 387.

63. Rockefeller, The Future of Federalism, p. 82.

64. Rockefeller, « Policy and The People », p.240.

65. Rockefeller, « World Trade », p. 497.

66. Rockefeller, « Purpose and Policy », p. 390.

67. Nelson Rockefeller, Our Environment Can Be Saved, Doubleday, 1970, pp. 152-153.

68. Le processus d’entérinement révéla alors que la fortune de Nelson A. Rockefeller s’élevait à 179 millions $ (un audit de l’ad-ministration réévalua plus tard la somme à 218 millions $), ce qui est considérablement plus que ce qu’il avait laissé entendre ; mais Nelson n’était pas milliardaire, comme c’était le cas des super-riches des années 70 comme John Getty ou Aristote Onassis. Voir Collier et Horowitz, The Rocke-fellers, pp. 485-486.

69. Michael Turner, The Vice President As Policy Maker: Roc-kefeller in the Ford White House, Greenwood Press, 1982, pp. xv, 158-163.

70. Cité par Persico, The Imperial Rockefeller, pp. 261-262.

71. Turner, The Vice President As Policy Maker, pp. 146-149.

72. « An Interview with the President : « The Jury Is Out », Time, 3 janvier 1972, p. 9.

73. Voir, par exemple, du secrétaire d’État Henry Kissinger, « International law, World Order, and Human Progress », Departement of State Bulletin, 8 septembre 1975 ; Secretary Kissinger, « Building International order », Department of State Bulletin, 13 octobre 1975 ; and Secretary Kissinger,  » The Industrial Democracies and the Future « , Department of State Bulletin, December 1975. Il est à noter que Kissinger chan-gea rapidement de rhétorique une fois écarté du pouvoir.

74. Richard Ullman, « Trilateralism : ‘Partnership’ For what ? », Foreign Affairs, Octobre 1976, p. 11.

75. David Rockefeller, Memoirs, p. 337.

76. Time et New York Times cités dans Chapman, « Rocky as St Sebastian », p. 12.

77. Henry Kissinger, « Nelson Rockefeller : In Memoriam » par Henry Kissinger dans : For The Record : Selected Statements, 1977-1980, Weidenfeld & Nicolson & Michael Joseph, 1981, p. 171.

Au sujet de l’auteur:
Will Banyan, licencié ès lettres, diplômé en sciences de l’information, est un auteur spécialisé en économie politique de la mondialisation. Il a travaillé pour divers Etats et pour le gouvernement fédéral américain ainsi que pour plusieurs organisations internationales, comme plus récemment sur des objectifs mondiaux pour une société privée. Il travaille actuellement sur une histoire révisée du Nouvel Ordre Mondial et peut être contacté à : banyan007@redifmail.com .

Traduction : David Dennery
Revue Nexus n°28

Sources : http://www.nonalaguerre.com/articles.htm

 
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Publié par le 21 février 2010 dans NOUVEL ORDRE MONDIAL, Rockefeller

 

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